La Danse Corps et Graphies - Adolphe Adam de bals habiles en balabiles - Acte III

Sa blanche Giselle fut telle une maîtresse, l’accroche à la croche; pour Piotr Ilitch Tchaïkovsky dans ses dansées compositions, il fut un maestro…
Adolphe Adam, au hasard des scènes, des voies porté, des pas et des voix, à l’air célèbre dans les plus grands théâtres, comme dans les maisons les plus petites, de matinée en soirée et en "Minuit Chrétien", cantique de Noël dont il fit l'air sur une prière de Placide Cappeau.

Fragments de chapitres au pupitre de feuilletonistes, son temps en quelque art y a noté l'"aria"…

sculpté
Buste d'Adolphe Adam à l'Opéra Garnier…
© Delmaet et Drandelle

Coupures de proses

" Les chants inspirés tombent du ciel, il ne s'agit que de se trouver dessous. Adolphe Adam a remarqué l'endroit, il s'y était placé lorsqu'il a composé la musique de Giralda."
Applaudit M. Zimmermann…
Morceaux choisis d'arioso en adagio, de créations en reprises, Théophile Gautier et Hector Berlioz "feuillettent" quelques partitions du Maître.

De la fosse à la scène, l'orchestre et les voix accompagnent, dans un fauteuil, le frisson de la plume soliste sur les feuillets froissés ; la musique s'accorde aux illustrations… Passez la souris sur chaque image pour l'écouter.

OPÉRA : GISELLE

Giselle ou les Wilis, ballet fantastique en deux actes, livret de Gautier, en collaboration avec MM de Saint-Georges et Coralli, décoration de M. Ciceri, musique de M. Adolphe Adam, première le 28 juin 1841.

[…]

La musique de M. Adam est supérieure à la musique ordinaire des ballets ; elle abonde en motifs, en effets d’orchestre ; elle contient même, attention touchante pour les amateurs de musique difficile, une fugue très bien conduite. Le second acte résoud heureusement ce problème musical du fantastique gracieux et plein de mélodie.

Théophile Gautier : La Presse, 5 juillet 1841



La Reine des Wilis
Adèle Dumilâtre, Myrtha à l’acte II de Giselle - 1843

OPÉRA : LA JOLIE FILLE DE GAND



Scène
La Jolie Fille de Gand, scène première à l’acte III - 1842

La Jolie Fille de Gand, ballet-pantomime en trois actes et neuf tableaux, livret de Saint-Georges, chorégraphie d'Albert, musique d'Adam, première le 22 juin 1842.

[…]

La partition de M. Adam est écrite avec le soin qu'il apporte à ses musiques de ballet. Il y a là-dedans en motifs la matière de trois opéras-comiques. Le pas des clochettes, l'acte de la kermesse, le galop du bal masqué, qui sera populaire comme le galop de Gustave, sont des morceaux d'une mélodie charmante et d'un rythme très heureux. Il faudrait un feuilleton tout entier pour désigner les jolies phrases qui abondent dans La Jolie Fille de Gand.

Cette prodigalité est d'autant plus méritoire que la musique des ballets est proportionnellement très peu rétribuée quoique le travail en soit fort considérable.

Théophile Gautier : La Presse, 2 juillet 1842

THÉÂTRE DE L’OPÉRA-COMIQUE : LE TOREADOR

Première représentation du Toreador, opéra bouffon en deux actes, de MM. Sauvage et Adam. — Débuts.

[…] M. Adam avait fait représenter à l’Opéra-comique le Toreador, opéra bouffon dont j’aurais pu parler déjà longuement si je l’eusse voulu.

[…]

Le Toreador est un opéra-arlequinade, un opéra-pasquinade, un opéra bouffon, un opéra de la foire, dans le style de Collé, de Vadé ; le titre m’est égal, le genre n’y fait rien, le Toreador est amusant. On n’y trouve que trois personnages : Colombine, Arlequin… c’est-à-dire Coraline, Tracolin et don Belflor.

[…]

Sur ce canevas, fort divertissant je puis l’assurer, et sur ces scènes dialoguées d’une façon extrêmement spirituelle, quoiqu’à lire le récit que j’en ai fait il n’y paraisse guère, M. Adam a brodé de fines et charmantes arabesques. Sa musique est gaie, sémillante, bouffonne, et même, quand le sujet l’exige, agréablement démoralisante. On remarque dans sa partition un charmant trio, bien conduit et habilement développé. Le motif de l’allegro : Vive la bouteille ! a beaucoup de piquant et d’entrain. La romance et l’air de Tracolin sont d’une expression juste, d’un tour mélodique gracieux, et l’instrumentation en est remarquable. On y rencontre en outre plusieurs modulations délicieuses et originales. Le passage :
Dans une symphonie,
Combien est dangereux
Un flûtiste amoureux !

Est ramené avec le plus rare bonheur. Je trouve au contraire assez faible l’air de basse de don Belflor dont le thème manque d’originalité. Le trio final, où revient le thème varié : A [h !] vous dirai-je maman, est supérieurement construit musicalement et dramatiquement parlant. Quant aux vocalises, aux traits, aux arpèges, aux voltiges de toute espèce dont le compositeur a tissu le rôle de Coraline, on peut dire qu’ils sont tous pleins d’élégance et de verve. M. Adam d’ailleurs a supérieurement traité le quatrième personnage de son opéra, c’est-à-dire la flûte ; de plus, en homme averti que ce qui vient par la flûte s’en retourne souvent par le tambour, il s’est abstenu cette fois complètement d’employer la grosse caisse. Et Le Toreador n’en a pas moins eu un grand succès. Il y a deux ans à peine un compositeur qu’on eût forcé d’écrire un opéra sans grosse caisse se fût regardé comme perdu, il n’eût jamais cru, sans le secours de cet instrument, pouvoir moraliser seulement la première banquette du parterre.

H. Berlioz : Le Journal des Débats, 9 juin 1849



Aria
Cécile Merguiller dans Le Toreador
Franck - 1880

OPÉRA : LA FILLEULE DES FÉES

La Filleule des Fées, ballet-pantomime en trois actes et sept tableaux, livret de Saint-Georges, chorégraphie de Perrot, musique d'Adam et d'A. de Saint-Julien, première le 8 octobre 1849.

[…]

De la musique, nous dirons qu'elle est d'Adam, qui a fait la délicieuse partition de Giselle. Pour un ballet, c'est une rare bonne fortune qu'une musique d'Adam ; on peut compter sur des motifs charmants, un rythme parfait, une facilité gracieuse qui ne se fatigue jamais, un travail d'orchestre soigné sans pédanterie, des valses entraînantes, des airs de danse légers, amoureux, pleins de volupté et de grâce ; il sait aussi, lorsque la situation l'exige, mettre du sentiment dans ce qui paraît en comporter le moins, des pirouettes et des jetés-battus. L'adjonction d'un collaborateur, M. de Saint-Julien, n'a rien ôté aux qualités habituelles d'Adolphe Adam.

Sa nouvelle partition vaut les aînées, et nous ne lui reprocherons que d'avoir abusé un peu des timbres et des clochettes ; ces sons, qui se lient mal à ceux des autres instruments, ont besoin d'être justifiés par quelque chose ; un effet de carillon, une horloge qui tinte, etc. ; leur effet n'est charmant qu'à la condition d'être rare.

La Filleule des Fées, avec Carlotta et Perrot, son prestigieux clair de lune et sa charmante musique, aura un long et fructueux succès.

Théophile Gautier : La Presse, 15 octobre 1849



La Filleule des Fées
Carlotta Grisi dans La Filleule des Fées
Auguste Legrand - 1850

THÉÂTRE DE L’OPÉRA-COMIQUE : GIRALDA



Aria
Mlle Meyer, la reine, dans Giralda
Maison Martinet (Paris) -1850

Première représentation de Giralda, ou la Nouvelle Psyché, opéra-comique en trois actes, de MM. Scribe et Adam. - Montmorency. - Idylle. - Concours du Conservatoire. - Malheur arrivé à M. Erard.

[…]

La partition de M. Adam est facile jusqu’à l’excès ; immense éloge, étant reconnue depuis longtemps la vérité de cet aphorisme : L’excès en tout est une qualité.

L’ouverture commence par une courte introduction, et finit par une valse d’un mouvement modéré qui gagnerait peut-être à de moindres développements.

Le premier chœur est joli ; on remarque dans cette scène un solo des soprani du chœur annonçant l’arrivée de Giralda. Les glaneurs de réminiscences ramassent celle du chœur dansé de Robert le Diable : "Accourez au-devant d’elle." Les couplets de Giralda et le duo suivant ont semblé moins saillants ; l’air de don Manuel avec solo de violon est un peu froid ; mais le duo syllabique : "C’est dans l’église du village", est d’une vivacité charmante et parfaitement en scène. Il a été redemandé et répété au milieu d’applaudissements gantés. J’aime beaucoup l’effet musical qui donne au cortège de la noce une couleur triste, justifiée par la répugnance avec laquelle Giralda s’avance vers l’autel. Il faut citer dans cet acte un petit chœur religieux de femmes et l’élégant dessin diatonique avec lequel une flûte et une clarinette, disposées à l’octave l’une de l’autre, accompagnent le chant de Giralda. Le thème du final a vraiment trop de facilité. Ici l’excès est poussé jusqu’à l’héroïsme.

Après un air chanté par Sainte-Foix et accompagné par les violonistes frappant sur leurs cordes avec le bois de l’archet, vient le duo entre Giralda et don Manuel. Ce duo a été horriblement applaudi. Au final, une pédale sur la dominante produit un très bon effet. La valse de l’ouverture y revient ; mais les roulades éclatantes de Giralda désolée paraissent (au point de vue de la musique dramatique expressive) peu convenables.

Mlle Meyer, dont la voix se forme et prend de la puissance et du charme, chante d’agréables couplets : "Je suis la reine." Dans le quintette, le récit syllabique en mouvement de valse est d’un bon comique. Et je cite encore la phrase gracieuse du dernier duo : "Amour et mystère." […]

H. Berlioz : Le Journal des Débats, 30 juillet 1850

THÉÂTRE-LYRIQUE : SI J'ÉTAIS ROI



Affiche
Si J’Etais Roi

[…]
Théâtre-Lyrique.

[…]

La haute poésie me fatigue ; je reviens à la prose pour vous dire que je n’ai pas assisté à la réouverture du Théâtre-Lyrique, j’étais absent de Paris ; que je ne connais point la nouvelle partition de MM. Adam, Dennery et Brézil ; que le sujet de Si J’Etais Roi est emprunté au dormeur éveillé des Mille et une Nuits ; que la musique n’est pas empruntée du tout, qu’elle a au contraire des allures fort libres ; de plus, que je n’irai pas voir cet opéra. A l’inverse d’un de nos grands peintres, qui, ne voulant pas entendre Guillaume Tell, disait : "On prétend que cette musique est belle, et je serais bien fâché de l’admirer", si par malheur j’allais dire moi : On prétend, etc., je serais désolé de trouver que c’est vrai.

Il y a, quoi qu’on die, succès, et grand succès surtout pour le débutant Laurent, très remarquable baryton, au dire des connaisseurs, et qui remplissait le rôle du roi.

H. Berlioz : Journal des Débats, 11 septembre 1852

THÉÂTRE-LYRIQUE : LE POSTILLON DE LONGJUMEAU - REPRISE



Scène
Mariage du Postillon de Longjumeau à l’acte Ier
Maesani - 1837

. "Joli mariage, nous voici donc unis;
L'Amour seul nous engage.
Pour nous plus de souci…

Reprise du Postillon de Longjumeau. - Rentrée de Chollet.

Malgré toute la vogue et la juste popularité de cet opéra de M. Adam, on ne saurait disconvenir que les postillons ne soient à cette heure dans une assez mauvaise passe. La vapeur les asphyxie, les immobilise, les met à pied ; quand viendra le règne de la puissance électrique, et ce règne est proche, ce sera bien pis. L’électricité les foudroiera, les mettra en poudre. Enfin à l’avènement de l’aérostation dirigée, avènement auquel nous nous obstinons à croire, le nom de ces joyeux conducteurs de chevaux sera devenu un vieux mot de la langue française dont la signification échappera complètement à l’intelligence de la plupart des voyageurs. Et quand en passant au-dessus de Longjumeau le ballon-poste de Paris contiendra quelque lettré savant, s’il s’avise de s’écrier, en considérant ce village avec sa longue-vue : " Voilà le pays du postillon qu’un ancien compositeur a rendu fameux », les dames occupées à jouer au volant dans le grand salon du navire aérien interrompront leur partie pour demander au savant ce qu’il veut dire. Et le savant répondra :

"[…] Or, en ce hameau de Longjumeau, vécut naguère un postillon fameux. Ses aventures fournirent le sujet d’une de ces pièces de théâtre où l’on parlait et chantait successivement, et qu’on désignait alors sous le nom d’opéra-comique. La musique de cet ouvrage fut écrite par un compositeur à la verve facile, célèbre en France sous le nom de Dam ou d’Edam (quelques historiographes le nomment Adam), et qui fut, cela est certain, membre de l’Institut. De là l’illustration du hameau de Longjumeau, qu’on apercevait à l’ouest tout à l’heure, et que vous ne voyez plus.

Quoi qu’il en soit des opinions de nos arrière-neveux sur les postillons, il faut convenir que Chollet a fait, pour leur conserver la vogue, plus que ne firent MM. Laffitte et Caillard. Il leur a donné la grâce, la gaîté, l’entrain ; il en a fait de jolis garçons à la voix douce et agile, des hommes à bonnes fortunes, de charmants mauvais sujets. Et c’est avec la joie la plus vive que les habitués du Théâtre-Lyrique ont revu Chollet l’autre jour dans son rôle favori, toujours vif et gai, avec une ou deux notes légèrement affaiblies dans sa voix et aimant toujours un peu trop les portamenti. On l’a acclamé, applaudi, rappelé ; malheureusement on lui a aussi jeté des bouquets. Ce genre d’ovation est aujourd’hui tombé en discrédit. L’Opéra-comique ne l’emploie plus ; et la plupart des acteurs y renoncent.

H. Berlioz : Le Journal des Débats, 10 novembre 1852

OPÉRA : LE CORSAIRE - REPRISE



Affiche
Le Corsaire… - 1856

Le Corsaire, ballet-pantomime en trois actes et cinq tableaux, livret de Saint-Georges, chorégraphie de Mazilier, musique d’Adam, première le 23 janvier 1856, reprise le 21 octobre 1867.

[…]

La musique d’Adam est une excellente musique de ballet ; elle a l’entrain, le rythme, la rapidité, et, çà et là, des phrases charmantes dans leur négligence, des motifs et des mélodies dont plus d’un opéras se ferait honneur.

Théophile Gautier : Le Moniteur Universel, 28 octobre 1867

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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