La Danse Corps et Graphies - Phèdre à l'opéra Page-4

Par la parole ou par la danse

Les danseuses "mythiques" de Phèdre demeurent inoubliées dans leur rôle : Marcia Haydée, après avoir incarné Phèdre au Ballet de Nancy, reste dans une captation intégrale entreprise par Dominique Delouche pour la Chaine FR3 en 1987. Une partie de ce document a été repris par le réalisateur dans son film des Cahiers retrouvés de Nina Vyroubova en 1995. Nina Vyroubova, autre héroïne de la "tragédie chorégraphique" y donne une leçon d'interprétation de la scène de déclaration de Phèdre à Cyril Atanassoff, Delphine Moussin et Yann Saïz.

Les acteurs de Serge Lifar

Scène
Tamara Toumanova et Serge Lifar dans Phèdre , 1950

Claude Bessy, l'une des Phèdre à l'Opéra, raconte, "suite en danse", son souvenir du ballet et des rôles.

La Création

La première fois que serge Lifar nous a fait entendre la musique d’Auric, nous sommes restés sans voix, interloqués. Nous sortions des représentations des Deux Pigeons de Léo Delibes, dansions sur des musiques plus classiques et, subitement, nous avions l’impression d’entendre une cacophonie épouvantable. Je me souviens que lors des premières répétitions, accompagnées au piano, nous n’arrivions pas à comprendre le sens de cette musique… C’était une révolution pour nous.

Ce qui est étonnant, c’est que, lorsque j’écoute cette musique aujourd’hui, elle me paraît claire, évidente et mélodieuse : en résumé, une très belle partition. Ce qui démontre que l’oreille s’habitue, s’éduque et évolue avec le temps. Il est vrai que l’art ne se révèle pas toujours à l’écoute de la première écoute d’une musique ou au premier regard donné sur une œuvre, il se fait désirer en fin de compte…

J'ai assisté à tout le travail autour de la création de Phèdre. Jean Cocteau était très présent aux côtés de Serge Lifar.

C'est lui qui a eu l’idée de cette immense cape rouge, parfaitement portée par Toumanova pendant une grande partie du ballet, et qui accentuait la dramaturgie du personnage.

Il faut dire que Toumanova était une grande actrice : une danseuse, certes, mais aussi un personnage et un caractère tout à fait hors du commun. Elle était très belle, très grande, et elle portait pour le rôle une somptueuse perruque bleue. D’ailleurs, tous les personnages du ballet portaient des perruques différentes, toutes dessinées par Cocteau.

Toujours sur les indications de Cocteau, les suivantes de Phèdre, dont je faisais partie, avaient le visage maquillé en blanc. Nous avions des justaucorps orange et des jupettes jaunes, fendues, très droites. Nous portions d’énormes perruques noires, un peu comme les perruques japonaises, avec une immense queue de cheval qui nous arrivait au milieu du dos et nous gênait énormément pour effectuer certains mouvements.

[…]

Aujourd’hui, malheureusement, on ne donne plus Phèdre. C’est un des très grands ballets de Lifar, avec une scénographie tout à fait moderne.

Claude Bessy : Claude Bessy Présente Les Ballets Classiques de Sa Vie - Chapitre III, octobre 2009

Phèdre
Claude Bessy dans le rôle de Phèdre en 1958 (Photographie : Roger Pic)

L'Etoile insiste sur le jeu dramatique…

Ainsi, j’ai fini par obtenir de Lifar le rôle titre de Phèdre, dont je rêvais pour son contenu dramatique. Personne ne m’y voyait et j’ai créé la surprise lors d’une tournée à Moscou, aidée par un maquillage très spécial qui me rendait méconnaissable.

Tamara Toumanova m’avait laissé un souvenir inoubliable lors de la création de ce ballet en 1950. J’étais distribuée dans une des trois suivantes, et depuis le plateau, j’admirais son énergie, le personnage tout en force qu’elle imposait. Ce fut pour moi une chance de l’avoir ainsi sous les yeux. Elle était danseuse pour la chorégraphie, actrice pour l’action, ce qui avait été réglé était une chose, ce qu’elle en faisait une autre.

Cocteau l’avait beaucoup fait travailler, surtout pour les essais de son long manteau rouge. Il était présent partout à la fois, sur scène pour l’installation du petit théâtre, au service de la couture pour la fabrication des costumes et des perruques, dans la salle de répétition pour régler les groupes de danseurs. Il avait l’œil théâtral et savait parfaitement ce qu’il voulait. Lifar dansant le rôle d’Hippolyte et étant fort absorbé par son personnage, Cocteau prenait les rennes du spectacle.

Comme pratiquement tous les artistes, acteurs, chanteurs, danseurs, j’adorais mourir sur scène. Quelle volupté que ce rite de propitiation, ce choix du trépas ! Dans Phèdre la mort est raideur tandis que le corps se laisse envahir par l’immobilité. Elle n’est pas agitation puis rupture comme dans Giselle, mais une longue montée insidieuse du froid.

Claude Bessy : La danse pour passion, 2004

Dénouement

Dernier tableau
Répétition du tableau final de Phèdre au Foyer de la danse du palais Garnier
Jean Cocteau montre à Tamara Toumanova comment Phèdre meurt, en présence de Serge Lifar dans le rôle d'Hippolyte
- Paris Match-Scoop, J.de Potier


La Mort de Phèdre, avec Marcia Haydée et le Ballet de Nancy
filmée par Dominique Delouche - in Serge Lifar Musagète

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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