La Danse Corps et Graphies - Phèdre à l'Opéra Page-2

Décor et graphies

Si les scènes de l'"argument chorégraphique" sont fidèles à la trame racinienne, il reste que Jean Cocteau ranime son héroïne de la même Grèce de pacotille où fut conçu son Orphée. Il a toujours aimé l'excès et on songe à Edwige Feuillère, mythique impératrice de L'Aigle à Deux Têtes ; à Edith Piaf, déchirante dans Le Bel Indifférent … Ce sont aussi les fiévreuses créations de Jean Babilée qui ont donné l'idée du Jeune Homme et La Mort ; C'est la théâtralisation à outrance des rôles dansés par Tamara Toumanova qui a fait "re"naître Phèdre…sur scène s’exprime cette splendide reine de mélodrame qui n'a plus rien à voir avec le "jeu classique" originel des tragédies de Jean Racine. Serge Lifar lui-même, s’il a lu la pièce, l’a-t-il vu interprétée ? Il a parfaitement adhéré aux idées de Jean Cocteau qui a développé une stylisation pseudo-antique, en partie soulignée par un décor fait de croquis, et des costumes qui sont presque des déguisements… Le Classicisme rigoureux s'en trouve comme colorisé et de cinq actes n'en reste qu'un : le jeu de la danse embrasse l'intensité de la tragédie.

Couleurs de sens

Les costumes, dessinés par Cocteau, exécutés par Karinska, au-delà de leur grande simplicité, devaient contribuer à la caractérisation des personnages.

Costume
Maquette de costume par Jean Cocteau - Bibliothèque Musée de L'Opéra

Vêtue d’un collant et d’une longue robe noire, un pan gris plissé déployé dessus, Phèdre venait en scène avec une grande cape rouge, accessoire lié à ses gestes… Au dernier tableau, on en couvrait son cadavre. Miroir de cette flaque de sang : le maquillage très accentué du visage, masque blême aux yeux et aux lèvres soulignés de noir et de rouge et encadré par sa coiffe, ornée d’un diadème : une perruque bleue. Déclinaison de ces atours, en violet et jaune : ceux de sa confidentes Œnone.

Le personnage d’Aricie pourrait paraître une nymphette des années cinquante, coiffée en queue de cheval, vêtue d’un collant académique rose et d’une courte jupette.

Pour les costumes masculins, Jean Cocteau choisit des collants académiques, des tuniques et des petites capes dans des teintes pastel. Hippolyte en jaune, ses compagnons en orange et vert. Et sur leurs têtes, les perruques blanches, très travaillées, comme pour rappeler la sculpture des bustes antiques…

Tableaux vivants

C’est un procédé déjà utilisé nottament dans Le Rendez-vous de Roland Petit, qui fut retenu pour l’agrément des décor "minimalistes" choisis par Jean Cocteau pour qu'y éclate la couleur, soutien de la tonalité dramatique : la projection de photographies de Brassaï où se dessinent des ruines… Cependant le noir et blanc des images était effacé par la vive polychromie dont Jean Cocteau avait bariolé les costumes, mus sur le fond blanc de son décor, planté seulement d’un petit théâtre peint de teintes claires et sur lequel on lisait le titre du ballet en lettres grecques.

L’artiste a ainsi bientôt dû obtenir de remplacer ces clichés par des tableaux vivants représentés sur le petit castelet, au milieu et au fond de la scène et qui synthétisent les actions qui ont lieu hors du décor unique, équivalents des "récits" de la tragédie racinienne.

Décor
Maquette de décor par Jean Cocteau - Bibliothèque Musée de L'Opéra

Jean Cocteau présente le ballet, avant que le rideau rouge de la scène ne laisse place à la rouge cape de l'héroïne, dans un entretien accordé à la presse.

Pour Jean Cocteau Phèdre sera le miracle de l’artisanat français

Jean Cocteau n’assistera pas à la première de Phèdre ce soir à l’Opéra. Il était sur le point de s’envoler pour Nice ce matin, quand nous avons réussi à le joindre, dans son "demi-castor" de la rue Montpensier.

Malgré le peu de temps dont il disposait, il nous a pourtant, avec sa courtoisie habituelle,, dit quelques mots sur son œuvre.

"Cette fois ci, dit-il, je ne suis l’auteur que du découpage, des costumes et des décors. Dans Le Jeune Homme et la Mort, j’avais aidé Roland Petit à tracer le dessin de sa chorégraphie. Mais pour Phèdre, j’ai surtout travaillé avec ces artisans admirables, les perruquiers, les costumiers, les peintres, les machinistes. Jamais je n’ai été si bien compris. C’est en fait grâce à ces artisans que Phèdre sera telle que je l’ai conçue, simple et riche à la fois.

Tamara Toumanova sera une Phèdre remarquable, ajoute Jean Cocteau. Elle a compris Que cette œuvre, qui dépasse de beaucoup les cadres du ballet était un divertissement dramatique, et Toumanova est à la fois une grande danseuse et une grande tragédienne.

Lycette Darsonval est aussi excellente que la petite Lyane Daydé, , une Aricie remplie de finesses.

Tous des gens qui aiment leur métier. Alors, moi, je les aime."

Mlle Toumanova
Tamara Toumanova (photographie : Lipnitzki - Roger Viollet)

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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