La Danse Corps et Graphies - Parade [au ballet moderne] -Premier numéro : aux tours de Jean Cocteau

ce ballet fait partie des œuvres dont l'audace est " à l'intérieur ".

Raymond Radiguet : "Parade", Le Gardois, 25 décembre 1920(1)

A l'avant-scène, le "manager" des Ballets Russes, donna [une] Parade, sur les planches du Théâtre du Châtelet, en mai 1917.
Jean Cocteau, avait invité, pour ce "Pas de Trois", Erik Satie, pour la composition ; pour les décors et les costumes, Pablo Picasso. Un autre "tour" de la Parade allait se jouer sur les tréteaux forains, souvenirs de Petrouchka mu au Pan teint d’avant-garde…

Artistes…
Igor Stravinsky, Serguei Diaghilev, Jean Cocteau, Erik Satie par Michel Larionov

"Entrez mesdames et messieurs !"

Par la composition orchestre et de notes sonores des temps modernes, par le fantasque des corps - décor et costumes, par le sujet "fantastique", les artistes de [la] Parade firent l'extraordinaire, la nouveauté, l'inattendu promis par les trois managers.

"- Choral

"Il y a là un travail de cheval".
Erik Satie - lettre à Jean Cocteau, le 2 mai 1916

Au tomber du rideau sur Le Dieu Bleu, Jean Cocteau songeait encore à un nouveau ballet, David, une "parade" de music-hall, qu’il avait soumis à Igor Stravinski en janvier 1914.

Au printemps de 1916, le poète découvrait la personnalité d'Erik Satie au cours d'une conférence de Roland Manuel à la société Lyre et Palette. Il fit du compositeur des Morceaux en Forme de Poire le successeur de Stravinski pour son projet dansé…

Dessin Dessin
Erik Satie par Jean Cocteau - 1917

Passez la souris sur le texte afin de l'écouter par Jean Cocteau.



Satie avait fait ses études à la Schola Cantorum. Et il était arrivé… Il vivait parmi les impressionnistes, mais sa musique s’opposait à la musique impressionniste parce que… Au lieu d’être… Heu… floue, et… et frissonnante, et… et… et en sourdine, sa musique était… linéaire et sans sauce ! Sans sauce, sans voile. Au point que quand les musiciens d’orchestre répétaient Parade, ils croyaient répéter de la musique de bastringue. J’étais obligé d’aller chercher Ravel, d’amener Ravel pour qu’il leur dise que cette musique était une manière de chef-d’œuvre.

Et là, il s’est passé une chose très drôle : un flûtiste s’est levé et à dit à Satie : "Monsieur Satie, il paraît que vous me trouvez idiot". Et Satie répond : "Non, non, je ne vous trouve pas idiot, maintenant je peux me tromper !"

"Essayez d'en inclure le plus possible, dans l'ordre que vous voudrez - ces pages vous appartiennent. Elles proviennent du Cap de Bonne- Espérance, un poème important que nous aimerons."
Jean Cocteau - lettre à Erik Satie

L'inspiration de Jean Cocteau : comme en arrière plan, David, bien sûr, et puis les vers encore inédits d'un poème, le Cap de Bonne Espérance, au premier plan.

"Hop en selle
Et forte au revolver
La téléphoniste de Los Angeles
Ressuscite
Un vieux galop

Les Indiens sur leurs petits poneys
Locomotive 1203"

Jean Cocteau - Le Cap de Bonne Espérance

"La téléphoniste de Los Angeles à la fin - l'express 144 - les Sioux "
Jean Cocteau - notes à Erik Satie

Portrait
Erik Satie par Pablo Picasso

"Triste que vous ne veniez pas, besoin de vous pour mille raisons. […] Faire comprendre à cher Satie en pénétrant les brumes d'apéritif que je suis tout de même pour quelque chose dans Parade et qu'il n'est pas seul avec Picasso ."
Jean Cocteau - lettre à Valentine Gross du 4 septembre 1916

Dessin
Jean Cocteau par Pablo Picasso - 1917

C'est à l'été 1916 que Jean Cocteau convaint le troisième "Manager" de [la] Parade Pablo Picasso mais, le peintre, en harmonie même avec le compositeur, souffla le chapiteau en construction, transforma le théâtre…

Passez la souris sur le texte afin de l'écouter par Jean Cocteau.



J’ai pensé qu’il fallait, avec Satie, avoir Picasso. Et c’est alors que j’ai demandé à Picasso de collaborer avec nous. Je le lui ai demandé entre la rotonde et le dôme, au milieu de la rue - c'est-à-dire qu’il n’y avait pas beaucoup de voitures -, et il m’a dit "ben, puisque nous allons faire un…" - Nous allions à Rome rejoindre Diaghilev - "puisque nous allons faire un voyage de noces, nous allons aller annoncer notre voyage de noces à Gertrude Stein." Nous avons été chez Gertrude Stein, rue de Fleurus, et nous lui avons dit : "Voilà, nous partons en voyage de noces". Nous avons été à Rome, et nous avons, aidés par les [un mot inaudible], fait le ballet Parade. Mais Satie n’était pas avec nous.

Dans un article, en forme épistolaire adressé au Directeur de la revue Nord-Sud, paru en juin-juillet 1917, repris dans ses "Notes autour de la musique" publiées sous le titre Le Coq et L'Arlequin en 1918, Jean Cocteau rapporte " La collaboration de Parade ".

La Collaboration de Parade"

Mon cher ami,

Vous me demandez quelques détails sur Parade. Les voici trop en hâte. Excuser le style et le désordre.

Chaque matin m'arrivent de nouvelles injures, quelques-unes de fort loin car des critiques s'acharnent contre nous sans avoir vu ni entendu l'œuvre ; et, comme on ne comble pas les abîmes, comme il faudrait reprendre à partir d'Adam et Eve, j'ai trouvé plus digne de ne jamais répondre. Je consulte donc du même œil surpris l'article où on nous insulte, l'article où on nous méprise, l'article où l'indulgence le dispute au sourire, l'article où on nous félicite tout de travers.

En face de cette pile de malentendus, de myopies, d'incultures, d'insensibilités, je pense aux mois admirables où nous avons, Satie, Picasso et moi, aimé, cherché, ébauché, combiné peu à peu cette petite chose si pleine et dont la pudeur consiste justement à n'être pas agressive.

L'idée m'en est venue pendant une permission d'avril 1915 ; (j'étais alors aux armées) en écoutant Satie jouer à quatre mains avec Vines ses Morceaux en Forme de Poire. Le titre déroute. Une attitude d'humoriste, qui date de Montmartre, empêche le public distrait d'entendre comme il faut la musique du bon maître d'Arcueil. Alors que les compositeurs de l'époque coupaient la poire en douze et affublaient chaque morceau d'un titre avantageux, promenant Mallarmé dans le jardin de l'Infante (!) Satie inventait des mélodies profondes et baptisait le tout Morceaux en Forme de Poire.

Une sorte de télépathie nous inspira ensemble un désir de collaboration. Une semaine plus tard je rejoignais le front, laissant à Satie une liasse de notes, d'ébauches, qui devaient lui fournir le thème du Chinois, de la petite Américaine et de l'Acrobate (l'acrobate était alors seul). Ces indications n'avaient rien d'humoristique. Elles insistaient au contraire sur le côté occulte, sur le prolongement des personnages, sur le verso de notre baraque foraine. Le Chinois y était capable de torturer les missionnaires, la petite fille de sombrer sur le Titanic, l'acrobate d'être en confidence avec les astres.

Peu à peu vint au monde une partition sobre, nette, où Satie semble avoir découvert une dimension inconnue grâce à laquelle on écoute simultanément la Parade et le spectacle intérieur.

Dans la première version les Managers n'existaient pas. Après chaque numéro de Music-hall, une voix anonyme, sortant d'un trou amplificateur (imitation théâtrale du gramophone forain, masque antique à la mode moderne) chantait une phrase type, résumant les perspectives du personnage, ouvrant une brèche sur le rêve.

Lorsque Picasso nous montra ses esquisses, nous comprîmes l'intérêt d'opposer à trois personnages réels comme des chromos collés sur une toile, des personnages inhumains, surhumains, d'une transposition plus grave, qui deviendraient en somme la fausse réalité scénique jusqu'à réduire les danseurs réels à des mesures fantoches.

J'imaginais donc les "Managers" féroces, incultes, vulgaires, tapageurs, nuisant à ce qu'ils louent et déchaînant (ce qui eut lieu) la haine, le rire, les haussements d'épaule de la foule, par l'étrangeté de leur aspect et de leurs mœurs.

A cette phase de Parade trois acteurs, assis à l'orchestre, criaient, dans des porte-voix, des réclames grosses comme l'affiche KUB, pendant les poses d'orchestre.

Dans la suite, à Rome, où nous allâmes avec Picasso rejoindre Léonide Massine pour marier décor, costumes et chorégraphie, je constatai qu'une seule voix, même amplifiée, au service des managers de Picasso choquait, constituait une faute d'équilibre insupportable. Il eût fallu trois timbres par manager ce qui nous éloignait singulièrement de notre principe de simplicité.

C'est alors que nous substituâmes aux voix le rythme des pieds dans le silence.

Rien ne me contenta mieux que ce silence et que ces trépignements. Nos bonshommes ressemblèrent vite aux insectes dont le film dénonce les habitudes féroces. Leur danse était un accident organisé, des faux pas qui se prolongent et s'alternent avec une discipline de fugue. Les gênes pour se mouvoir sous ces charpentes, loin d'appauvrir le chorégraphe, l'obligèrent à rompre avec d'anciennes formules, à chercher son inspiration, non dans ce qui bouge mais dans ce autour de quoi on bouge, dans ce qui remue selon les rythmes de notre marche.

Aux dernières répétitions, le cheval tonnant et langoureux, lorsque les cartonniers livrèrent sa carcasse mal faite, se métamorphosa en cheval du fiacre de Fantômas, en monture de Charlie Chaplin. Notre fou rire et celui des machinistes décidèrent Picasso à lui laisser cette silhouette fortuite. Nous ne pouvions pas supposer que le public prendrait si mal une des seules concessions qui lui fussent faites.

Restent les trois personnages de la Parade, ou plus exactement les quatre, puisque je transformai l'acrobate en un couple d'acrobates permettant à Massine de tendre la parodie d'un Pas de deux italien derrière nos recherches d'ordre réaliste.

Contrairement à ce que le public imagine, ces personnages relèvent plus de l'école cubiste que nos managers. Les managers sont des hommes-décor, des portraits de Picasso qui se meuvent, et leur structure même impose un certain mode chorégraphique. Pour les quatre personnages, il s'agissait de prendre une suite de gestes réels et de les métamorphoser en danse sans qu'ils perdissent leur force réaliste, comme le peintre moderne s'inspire d'objets réels pour les métamorphoser en peinture pure sans pourtant perdre de vue la puissance de leurs volumes, de leurs matières, de leurs couleurs et de leurs ombres.

Car la seule réalité, même bien recouverte, possède la vertu d'émouvoir.

Le Chinois tire un œuf de sa natte, le mange, le digère, le retrouve au bout de sa sandale, crache le feu, se brûle, piétine pour éteindre les étincelles, etc.

La petite fille monte en course, se promène à bicyclette, trépide comme l'imagerie des films, imite Charlot, chasse un pick pocket au revolver, boxe, danse un ragtime, s'endort, fait naufrage, se roule sur l'herbe un matin d'Avril, prend un Kodak, etc.

Les acrobates (avouerai-je que le cheval portait un manager et que ce manager tombant de sa selle nous le supprimâmes bel et bien la veille du spectacle ?), les acrobates, benêts, agiles et pauvres, nous avons essayé de les revêtir de cette mélancolie du cirque, du dimanche soir, de la Retraite qui oblige les enfants à enfiler une manche de pardessus en jetant un dernier regard vers la piste.

L'orchestre de Erik Satie balaye le fondu et le flou. Il donne toute sa grâce sans pédales. C'est un orphéon chargé de science. Il ouvrira une porte aux jeunes musiciens un peu fatigués de la belle polyphonie impressionniste. Écoutez-le sortir d'une fugue et la rejoindre avec une liberté classique. J'estime que la partition de Parade est un des chefs- d'œuvre de la musique latine.

J'ai composé, disait modestement Satie, un fond pour certains bruits que le librettiste juge indispensables à préciser l'atmosphère de ses personnages. Satie exagère, mais les bruits jouaient en effet un grand rôle dans Parade. Des difficultés matérielles (suppression de l'air comprimé entre autres) nous ont privés de ces " trompe-l'oreille ", dynamo - appareil Mors - sirènes - express - aéroplane - que j'employais au même titre que les trompe-l'œil, journal, corniche, faux bois, dont les peintres se servent pour localiser les transfigurations voisines.

A peine pûmes-nous faire entendre des machines à écrire.

Voici, bien informe, le récit superficiel d'une collaboration désintéressée que couronne le succès malgré la colère unanime, tant il est vrai que depuis des siècles les générations se passent un flambeau par-dessus la tête du public sans que son souffle parvienne à l'éteindre.

Jean Cocteau : "La collaboration de Parade", Nord-Sud, 4-5, juin-juillet 1917

- Prélude au Rideau Rouge

"Parade en trois tours d'une très belle pièce en trois actes qui se joue à l'intérieur".
Jean Cocteau

Sur le modèle de son David ébauché, Jean Cocteau [re]monta, [en] Parade, un spectacle en trois parties…

Livret de Parade

Cocteau
Picasso
Satie

1916

Personnages

Les trois Managers Nègres Prestidigitateur Chinois Petite Fille Américaine

Trois tours de parade se succèdent sur un tréteau forain.
Un prestidigitateur chinois.
Une petite fille américaine et un acrobate.

Pendant les trois tours trois managers nègres essayent de faire entrer le monde qui se contente de regarder la parade.

A la fin, morts de fatigue et d'angoisse les trois managers s'effondrent les uns sur les autres.

La même parade qui recommence les redresse et la toile tombe sur leurs vociférations inutiles.

Détails

1. Parade est en quelque sorte une "Fantaisie" (au sens "forme" technique du terme) qui occupe le point d'orgue entre une exposition, un divertissement et une contre-exposition de fugue austère.
Le sujet (exposition) et la reprise du sujet (contre-exposition) ouvrent et bloquent le spectacle, en face du rideau rouge.

2. Chaque Tour de la parade est coupé en deux par un silence d'orchestre. L'orchestre s'arrête comme au cirque avant un exercice difficile.
Les cris du Premier Manager remplissent le silence du Chinois, un texte en langage morse le silence de la Petite Fille, un fou rire du Manager de la Petite Fille le silence de l'Acrobate.
Les cris des managers se placent n'importe où selon la mise en scène, soutenus par l'orchestre au même titre que les bruits de sirènes, de machines à écrire, de revolvers, de dynamos, d'aéroplanes, etc. etc.
- Un timbre électrique traverse toute la danse de la Petite Américaine.

3. Le piano à quatre mains de Parade ne présente pas l'œuvre exacte mais le fond musical destiné à mettre en relief un premier plan de batterie et de bruits scéniques.

Cris
des
mana
gers
noirs

Cris du Premier Manager

[Il n'y a pas une minute à perdre ! On commence tout de suite ! biffé]
Un homme bien averti en vaut deux !
Si vous voulez devenir riche, si vous vous sentez malade, triste, si vous avez des lang[u]eurs
Entrez voir la sagesse chinoise, les missionnaires, les dentistes, la peste, les gangs, les cochons qui mangent les petits enfants, l'empereur de Chine dans son fauteuil
[Entrez mesdames et messieurs !
Dépêchez-vous
Prenez vos places ! biffé]
Les personnes qui n'ont pas assisté au début de la séance peuvent rester assises
Entrez voir [la merveille du monde biffé] le roi DES drames ! le grand succès de rire et d'épouvante !
La plus belle salle du monde la plus belle scène du monde la plus belle lumière du monde
Madame
Prenez-garde ! L'ennui vous guette !
Monsieur
Vous vous êtes endormi sans vous en apercevoir !
Il siffle.
Réveillez-vous ! [Secouez-vous biffé]
Chacun fait la pièce qu'il écoute
[la pièce que vous allez entendre est de vous biffé] Entrez voir une pièce de vous !

Cris du Second Manager

Il désigne la salle.
[Là ! Là ! il ne se passe rien
C'est (il désigne le contrôle) ici
qu'on entre voir le drame le plus épouvantable
qui fait dresser les cheveux sur la tête (ses cheveux se dressent)
la farce la plus désopilante
qui décroche la mâchoire (il se la décroche) biffé] Dépêchez-vous ! La séance ne s'arrête pas ! C'est un crime
de tuer en soi la curiosité pour prendre une décision que faut-il une minute ? Il faut une vie pour regretter de ne l'avoir pas prise ! Êtes-vous mort ? Non ? Alors il faut vivre ! Enfoncez-vous bien cette idée dans la tête ! Un homme timide est un homme mort
Entrez apprendre la vie américaine - entrez voir les trépidations, les courts-circuits, les détectives, l'Houdson, le Rag Time, les usines, les chemins de fer qui déraillent et les paquebots qui coulent.
J'étais pâle - maussade - chétif
J'étais pauvre - chauve - seul
[rouge ! Rouge biffé]
Que je devienne un nègre rouge si vous ne sortez pas guéri
[La séance ininterrompue, la suppression immédiate des douleurs, la cure miraculeuse biffé]
Une hésitation peut vous perdre
[Si vous voulez passer vieillesse sans regrets, si vous souffrez d'insomnie, si vous redoutez de vivre cacochymes biffé]
Entrez ! Entrez !
Exigez le K !

Cris du Troisième Manager

[C'est vous — c'est vous le public !
C'est moi ! C'est moi le manager ! Biffé]
Prenez garde madame
Vous allez vieillir !
Attention ! Monsieur
Vous n'êtes plus à la page !
[Montez ! Entrez ! La séance ininterrompue
le grand succès de rire et d'épouvante biffé]
Entrez voir les géométries et les astronomies, les aéroplanes les loopings les ascenseurs et les anges !
Prenez vos jambes à votre cou
Et fuyez l'ennemi qui vous guette !
[Rien ne stimule, n'oblige la digestion, ne supprime la migraine comme de voir un spectacle neuf biffé] ;
Entrez voir le plus beau
spectacle du monde - le passé !
Le présent, l'avenir !
Entrez voir les étoiles, les toupies, les éclipses, les danseurs de corde !
Le Film de cinquante mille mètres ! Le grand succès de rire et d'épouvante !
Un monsieur offre
le remède contre toutes les affections du cœur, du cerveau, de la rate [on ne paye qu'à la sortie biffé]
Ceci est la conséquence d'un vœu
[Les hommes se jubolisent
les femmes se giraldosent biffé]
L'homme moderne entre
chez nous !

Cris des trois Managers ensemble

(rire nègre)
[Entrez
mesdames et messieurs !
Si vous êtes dignes de vivre biffé]
Si
Vous voulez ne plus jamais être malade !
Si
Vous voulez avoir toute la puissance !
Si
Vous voulez plaire !
Si exigez le K
[Vous voulez gagner au jeu biffé]
Si je [un mot illisible]
Vous voulez faire un beau mariage biffé ]
Si !
Si !
Si !

(Il crache)
[Entrez
Mesdames et messieurs !
Si vous voulez vivre vieux biffé]
Si vous voulez voyager pour rien !
Si vous voulez qu'on vous aime !
Madame ! Si
Vous voulez une belle poitrine !
Monsieur ! Si
Vous voulez obtenir une situation prépondérante
Exigez le K
[on vous trompe biffé]
Si !
Si !
Si !

(Il siffle dans ses doigts)
[Entrez
Mesdames et messieurs !
Si vous voulez être riches biffé]
Exigez le K !
Exigez le K !
[Si vous voulez gagner au jeu
[Exigez le K biffé]
Si vous voulez faire un beau mariage !
Si
Exigez le K !
Si !
Si !
Si ! Si ! Si !

(Les trois Managers s'écroulent de fatigue)

Le livret de Parade devint bientôt un simple argument - plus de voix, mais des silhouettes et le rythme, et la plastique…

Le poète l'esquissa d'hésitations - pour le premier tour entre le danseur nègre et le danseur américain ou le prestidigitateur chinois, qu'il choisit ; pour le deuxième tour, entre l'écuyère et la petite fille américaine qu'il convoqua ; le troisième tour revenant à l'acrobate …

Livret

Parade
Ballet réaliste

Avec la collaboration de Picasso pour les décors et costumes et de Erik Satie pour la musique

Représenté au théâtre du Châtelet en 1917 par la Compagnie des Ballets Russes de Serge de Diaghilev

Chorégraphie de Léonide Massine d'après les indications plastiques de l'auteur

Le décor représente les maisons à Paris, un dimanche. Théâtre forain. Trois numéros du music-hall servent de parade.

Prestidigitateur chinois
Acrobates
Petite Fille américaine

Trois managers monstrueux organisent la réclame. Ils se communiquent dans leur langage terrible que la foule prend la parade pour le spectacle intérieur et cherchent grossièrement à le lui faire comprendre.

Personne n'entre.

Après le dernier numéro de la parade, les managers exté¬nués s'écroulent les uns sur les autres.

Le Chinois, les acrobates et la Petite Fille sortent du théâtre vide. Voyant l'effort suprême et la chute des managers, ils essayent d'expliquer à leur tour que le spectacle se donne à l'intérieur.

N. B. - La direction se réserve le droit d'intervertir l'ordre des numéros de la parade.

La chorégraphie de Parade a été faite techniquement par Massine d'après les directives de l'auteur. Les gestes de la vie étant, pour la première fois, amplifiés et magnifiés jusqu'à la danse.

Jean Cocteau

- Prestidigitateur [espagnole]

"Picasso a des idées curieuses et nouvelles pour Parade. Il est merveilleux."
Erik Satie - lettre à Jean Cocteau

Picasso imagina et réalisa - peint à la colle sur toile - le gigantesque rideau de scène, ainsi que les décors et costumes(2) du "Ballet réaliste"…

Bientôt [ci-dessous] les esquisses "prirent formes" - avant la vie.
Un court texte décrit le rideau de scène qui s'ouvre sur les personnages.
Passez à loisir de l'un à l'autre en cliquant sur "précédent" ou "suivant".

Les pans du classique rideau rouge, inspiré par les toiles de fond des théâtres populaires napolitains s'écartent. Ils laissent paraître Un arlequin, un pierrot et une colombine - clin d'œil à la commedia dell'arte -, un marin napolitain - autre hommage à l'Italie -, un picador guitariste - petit salut à sa patrie et ou autoportrait au centre de la toile [?] -, une fille au chapeau pointu, servie par un nègre au torse nu. Tous regardent - sauf Colombine rêveuse sur le cœur de Pierrot -, une sorte de fée aux ailes blanches qui, Debout sur une jument ailée allaitant son poulain, tend la main à un singe perché au sommet d'une échelle bleu, blanc, rouge.
L'ensemble, d'une naïveté concertée et d'une sagesse décorative est "éclate" parfaite dissonance avec le décor - des gratte-ciel délibérément cubistes encadrant un portique de guingois -…

Rideau [rouge]
Rideau de scène

Esquisse…
Esquisse pour le prestidigitateur chinois

Esquisse…
Esquisse pour le prestidigitateur chinois

Esquisse…
Esquisse pour un cheval

Chinois…
Costume du prestidigitateur chinois

Chinois…
Costume du prestidigitateur chinois

Chinois…
Costume du prestidigitateur chinois

Chinois et cheval…
Costume du Prestidigitateur Chinois et [du] cheval

Maquette…
Maquette de costume pour la petite fille américaine

Maquette…
Maquette de costume pour la petite fille américaine

Cheval…
Costume du cheval
(Photographie : Lachmann)

Esquisse…
Esquisse d'acrobate

Acrobate…
Costume d'acrobate

Esquisse…
Esquisse de manager

Maquette…
Maquette pour le manager français

Maquette…
Maquette pour le manager français

Manager…
Costumes du manager français
(Photographie : Lachmann)

Manager…
Costumes du manager français
(Photographie : Lachmann)

Manager…
Costumes du manager américain
(Photographie : Lachmann)

Managers…
Costumes des managers

1. Lors de la reprise de Parade au Théâtre des Champs-Elysées, le 21 décembre 1920.

2. Le rideau de scène, qualifié de « classique » par un journaliste , aussi bien que le décor résument en quelque manière deux grandes périodes de la peinture de Picasso, celle des saltimbanques et des arlequins de la période rose d'une part, celle de l'invention cubiste de l'autre. La plupart des critiques scandalisés par ce contraste n'ont pas vu que c'était une façon de situer le ballet à la frontière de l'ancien et du moderne pour inciter justement les spectateurs à passer d'un monde à l'autre, fidèle en cela au propos fondateur de l'œuvre. Ne s'agissait-il pas en effet de les séduire par les effets faciles et tapageurs d'une parade ordinaire pour les inciter à découvrir que ce rideau dissimule un spectacle autrement dérangeant ?

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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