La Danse Corps et Graphies - Rencontre avec Nicolas Noël

Après s'être illustré dans le Corps de Ballet de l'Opéra de Paris, qu'il a pourtant quitté en 2008 pour se consacrer notamment à l'enseignement de la danse et à la chorégraphies, Nicolas Noël "reprenait sa place sur scène" avec la Compagnie Julien Lestel, dans Corps et Âmes, en cet été 2011…

C'est avec un sympathique sourire qu'il a accepté de feuilleter, pour Corps et Graphies, l'album d'une carrière commencée très jeune et pleine encore de promesses !

Aurélie Dauvin : Vous débutez la danse avec Palmyre Romanov, à Lyon. Quels souvenirs gardez-vous de ces premiers pas ?

Nicolas Noël : Ma mère voulait que je fasse une activité sportive mais j’étais plutôt timide, et je ne me projetais pas dans un sport de groupe comme le football ou le judo. La danse était un travail plus personnel : je me rappelle la concentration qu’il fallait à la barre pour contrôler mon corps, c’était un travail sur moi qui me donnait beaucoup de satisfaction. A 10 ans j’ai eu l’occasion de monter sur scène et j’ai tout de suite su que j’aimerais cet endroit. Mais c’est ma professeur Palmyre Romanov qui m’a présenté à l’Opéra, sans elle je n’y aurais absolument pas pensé.

A. D. : D’une école à l’autre, quels ont été les moments les plus forts de vos années de "petit rat" ? - car on appelait encore ainsi les élèves de l’Ecole de danse de l’Opéra quand vous y êtes entré -… ?

N. N. : Oui "petit rat" ce n’est pas très joli !

Je garde à la fois un bon et un mauvais souvenir de l’Ecole de danse. J’y ai vécu le pire – l’enfermement à Nanterre – et le meilleur – les tournées internationales. Tout ça dès 11 ans, ce sont des grands bouleversements à cet âge. Mais j’ai appris beaucoup, ressenti des émotions si fortes, notamment sur scène, que je ne regrette rien. Si je ne devais citer qu’un nom, ce serait Gilbert Mayer : c’est peut être à ce professeur que je dois mes plus grands progrès.

Etudes
Nicolas Noël dans Etudes (Photographie : André Chino)

A. D. : Dès votre entrée dans le Corps de Ballet, vous travaillez avec de nombreux chorégraphes et dansez aussi bien le répertoire classique que les pièces contemporaines…

N. N. : C’est la force de l’Opéra, on travaille avec de grands chorégraphes vivants et d’illustres fantômes. Celui qui m’a le plus touché est Maurice Béjart : c’était une star mais il était simple, bienveillant, et terriblement humain. C’est le premier à m’avoir sorti du corps de ballet pour me mettre en avant. Mais j’ai aussi passé de longues heures avec Carolyn Carlson, William Forsythe, Jerome Robbins, Angelin Preljocaj, ou encore Rudolf Noureev. Quand je pense à eux, je sais que j’ai eu énormément de chance, que ce sont des moments inoubliables dont je garde la richesse précieusement.

Elan
Nicolas Noël dans La Fille Mal Gardée (Photographie : André Chino)

A. D. : Vous vous illustrez également dans les concours et notamment à St-Petersburg…

N. N. : A l’époque, j’étais une bête de travail, j’avais envie de tout danser et tout le temps. Mais j’étais nouveau, souvent remplaçant, et je passais plus de temps en coulisses que sur scène. J’ai donc passé des concours pour montrer à l’Opéra de quoi j’étais capable. J’avoue que celui de St-Petersburg a été fort en émotions : le pays, les habitants, les concurrents, et les scènes que j’ai découvertes m’ont bouleversé. Je suis rentré en France bien plus fort.

A. D. : Vous devenez bientôt chorégraphe. D’où vient votre inspiration ; comment avez-vous évolué dans ce domaine ?

N. N. : Ma première chorégraphie, je l’ai faite pour le concours de St-Petersburg, en utilisant un pseudonyme, par manque de confiance. Puis une danseuse est venue me demander une variation, et j’ai pris beaucoup de plaisir à travailler pour elle. La création est un moment magique, c’est un mélange de doutes et de surprises. Créer est vite devenu un besoin, et j’ai eu envie de travailler avec les danseurs que j’admirais, comme Laetitia Pujol, Isabelle Ciaravola, Eve Grinsztajn, Delphine Baey, Guillaume Charlot, et tous les autres à qui j’ai osé demander de danser mes ballets.

A. D. : Vous avez également une formation musicale…

N. N. : La danse est un formidable moyen d’expression, qui pourrait presque suffire à communiquer, mais j’avais besoin de paroles, de mots, de contacts plus proches avec les gens, et j’ai trouvé ça dans la chanson : j’ai fait une infidélité à l’Opéra pendant un an pour suivre des cours et chanter sur scène. Aujourd’hui, je continue à chanter, mais seulement sous ma douche !

A. D. : Qu’est-ce qui vous a amené, en 2008 à quitter l’Opéra ?

N. N. : C’est principalement à cause de problèmes aux genoux. Au quotidien, la douleur était constante, et les répétitions devenaient insupportables. Il me fallait partir, trouver autre chose à faire, changer… Et puis, ça tombait bien, j’aime le changement ! J’avais vécu plus de 20 ans à l’Opéra, j’avais hâte de découvrir un autre monde. Aujourd’hui, je ne suis pas déçu.

A. D. : Comment avez-vous approché l’enseignement de la danse ? Comment l’appréhendez-vous ?

Eclat
Nicolas Noël dans La Fille Mal Gardée (Photographie : André Chino)

N. N. : J’avais passé mon Diplôme d’Etat à l’Opéra, me disant que probablement je ne m’en servirais jamais. Je m’étais trompé : c’est au Centre du Marais que j’ai donné mes premiers cours pour adultes, et que j’ai trouvé ce que je cherchais depuis longtemps : la reconnaissance. C’est incroyable à quel point je suis heureux quand je donne mon cours. Je peux chorégraphier, chanter la mesure, corriger, aider, donner du plaisir, créer l’ambiance dont j’ai toujours rêvé pour travailler, et assister aux progrès des élèves : du bonheur !

A. D. : Vous participez cette année aux spectacles de la compagnie Julien Lestel et dansez Corps et Âmes. Pouvez-vous nous parler de cette aventure ?

N. N. : Je connais Julien Lestel et Gilles Porte depuis l’Ecole de danse. Nous n’avons jamais perdu contact malgré nos routes différentes. Ça faisait quelques années qu’ils me disaient : "si on vient travailler un ballet à Paris tu seras de la partie" : c’est ce qui s’est passé. Me remettre à danser après trois ans d’arrêt n’a pas été simple, mais travailler avec des amis est tellement agréable que les difficultés sont passées au second rang. J’aime aussi la musique de ce ballet et la chorégraphie de Julien que je trouve organique et sensuelle : j’ai pu être moi à l’intérieur de ses pas. Et puis j’ai retrouvé le public, et une envie disparue : celle de le séduire à nouveau.

Je vais donc continuer à danser, à donner mes cours, et me laisser surprendre par l’avenir qui m’annonce déjà de nouveaux projets pour 2012…mais « chut » pour l’instant…

Si vous désirez rester informé de la suite, ça se passera sur mon site :
www.nicolas-noel.com !
merci et à bientôt.

A. D. : Avec plaisir. Grand merci à vous pour cet échange.

Nous vous souhaitons le meilleur et serons attentifs à vos pas !

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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