La Danse Corps et Graphies - Rencontre avec Manuela Noble

Pas chassés, regards croisés, pause et mue, la chair se maquille de l'art de Manuela Noble, artiste peintre, bodypainter, performeuse…

Le mouvement du corps, les graphies des pinceaux… Elle nous a ouvert les portes de son atelier !

Aurélie Dauvin : Quelle artiste êtes-vous, Manuela Noble ?

Manuela Noble : J’ai trouvé dans la performance de la Peinture Corporelle une expression qui correspond pleinement à mes aspirations artistiques. En passant du support inerte au support vivant, je me sens plus libre. Là les artistes composent comme ils vivent, ce qui pourrait laisser à penser que chaque geste et chaque instant est œuvre, échange entre artistes de différents horizons. La danse interfère sur le travail de peinture réalisé, et simultanément interférera sur l’interprétation artistique de la danseuse.

La performance ajoute une dimension qui est celle de vivre pleinement son art au moment présent. La seule conservation du moment est la photo et le film qui sont par eux-mêmes d’autres formes d’art qui vont s’emparer de cet instant. Instant qui appartient à chacun et tous à la fois, de toutes les façons différentes et notions de perception décalées.

De mes voyages, et expériences professionnelles de la traduction et de l’interprétariat, à la peinture sur toile et à la peinture corporelle, je ne fait… qu’un entrechat ! Le lien dans tout ça est à immédiate portée de main : le corps, aussitôt sublimé par le mouvement, la danse, instantanément perçue par notre œil, puis progressivement réinterprétée par la peinture.

A. D. : dans les arts scéniques, le maquillage est un élément de la création, au même titre que le costume ou le décor encore plus peut-être dans les pièces chorégraphiques contemporaines. Dans quelle mesure va-t-il au-delà du "faire valoir" et de la "représentation" ?

M. N. : Il exacerbe les traits. Exagère le personnage, le caricature dans les cas où cette mise en avant du caractère est nécessaire dans la représentation du personnage comme les sorcières, les gentils, les méchants. Certains traits sont accentués, les couleurs participent. Le vert pour les gens malades, le gris, le violacé pour les vieillards, le rose pour la jeune fille, le blanc pour le clown, etc.

A. D. : Ainsi, il a sa part dans le jeu. Dans quelle mesure ?

M. N. : Oui dans le sens où l’acteur se voyant dans le miroir, une fois grimé aura plus de facilités à jouer son rôle. Il est déjà dans le personnage avant même de le jouer.

J’ai travaillé un jour sur la déformation du corps avec des danseuses. Ces déformations étaient essentiellement abstraites, construites par des contrastes. Des tons très clairs et très foncés, des lignes brisées, des masses corporelles ainsi déplacées sur le corps et le visage. Tout allait très bien jusqu’à ce que la danseuse se regarde dans le miroir. Elle a eu un malaise et est restée allongée pendant une bonne vingtaine de minutes en pleine transpiration. Ensuite, elle a recouvré ses esprits, a dansé. Elle a ensuite interprété ce personnage plusieurs fois de suite sur scène et dans la rue.

A. D. : Vous considérez-vous comme une "maquilleuse améliorée" ?

M. N. : Non. Le maquillage et la peinture sur corps sont 2 expressions différentes. C’est comme si vous disiez qu’un peintre est un dessinateur amélioré. Je ne pense pas que l’on puisse penser ça. Les 2 disciplines se rapprochent par différents aspects, mais les techniques sont très différentes, et leur objectif également.

A. D. : Comment définir ainsi proprement l’art du maquillage ?

M. N. : Le maquillage comme son nom l’indique "maquille". Lorsque l’on regarde la définition sur le dictionnaire de maquiller, on trouve d’abord "Modifier de façon trompeuse l’apparence d’une chose". Ensuite en 2. Modifier ou embellir par des procédés et produits appropriés ; en 3. Dénaturer, fausser volontairement pour duper.

Par contre "maquillage" est plutôt assimilé à des produits de beauté.

Par conséquent, on comprend assez vite la connotation négative autour de cela et l’amalgame qui se fait vite entre beauté et falsification par le biais du maquillage.

Le maquillage est une industrie importante. Ses produits sont techniques, et onéreux. Du spectacle il est passé aussi au grand public. Les cours d’auto-maquillage fleurissent. Les marques professionnelles ont toutes des gammes grand public. Dans le monde de la beauté et du luxe, une tenue est complète lorsqu’elle intègre également la coiffure et maquillage complexe, même s’il paraît très naturel et "sans"maquillage. C’est un véritable savoir-faire aux mains de professionnels.

A. D. : Vous peignez le mouvement et "sur" le mouvement…

M. N. : Je peins plutôt en performance sur le mouvement. Ensuite la toile et / ou la photographie.

A. D. : La toile est-elle une sorte de scène pour la chorégraphie offerte au-delà de la photographie ?

M. N. : Non, la toile n’est pas (encore) une sorte de scène. C’est plutôt une prolongation de la performance. C’est l’imprégnation qui en résulte. L’atmosphère.

A. D. : Quelle part considérez-vous de l’"apport" de la peinture ?

M. N. : Ce qui m’intéresse avant tout est la peinture. C’est là le sujet, la motivation. Ensuite c’est le partage avec les autres, l’expression collective de chacun à travers son art, son filtre son interprétation. Des prismes sur un même temps, une même action. C’est une façon de vivre ensemble intensément une aventure. C’est aussi admettre le point de vue des autres, leur façon de penser et de s’exprimer. De là découle le mouvement et l’expression corporelle à travers la danse.

A. D. : En peignant les corps, vous donnez du mouvement aux traits et aux couleurs…

M. N. : Oui, c’est vrai. Mais je ne me sers pas du corps comme support façon toile. Je rajoute une dimension extérieure à l’expression du mouvement dansé, une espèce de dimension en plus au caractère et à l’interprétation du danseur. Ma peinture doit servir le danseur et l’inverse est vrai. Et cela est fait naturellement. Nous trouvons des chemins à poursuivre ensemble.

A. D. : La création mobile, esquisse vivante ne paraît-elle pas éphémère ?

M. N. : Ephémère, oui et non. La notion du temps dépend d’autres paramètres. Qu’est ce qui est éphémère ou pas ? Nous sommes de toute façon dans l’éphémère. Quelle mesure de temps prendre en considération. Entre l’ère géologique et celle de l’être humain. Ce n’est pas la question ici. Quoi qu’il en soit, c’est vrai que c’est une forme d’expression qui provoque une prise de conscience sur le temps.

Pratiquement, les uns trouvent cela très long (il faut peindre pendant des heures) ou trop court (mais c’est déjà fini ?).

Il est vrai que la peinture fait partie des arts que l’on conserve et que l’on aime passer à la postérité. Justement, c’est pour moi une autre façon de considérer cette technique sans m’embarrasser pour le moment de la conservation de l’œuvre. Elle nait, vit et meurt comme la danse et la musique.

Dans un premier temps Je me suis justement servi de la photographie comme témoignage documentaire de la performance. C’était souvent des photographes intéressés par cette expression qui nous proposaient de nous photographier. A travers leur technique et leur regard, nous avions une autre vision de la performance.

Maintenant, j’utilise la photo moi-même, à la fois comme document témoin, mais aussi comme expression à part entière. Etant imprégnée de la performance et de la peinture qui en découle (sourire), c’est un autre œil que je mets dessus. Pas seulement pour conserver et montrer ce qui a été fait, mais comme nouvelle interprétation et expression voire manipulation de l’image.

A. D. : Une peinture sur corps et ou visage figée peut-elle et doit-elle évoluer ?

M. N. : Oui, c’est intéressant que ça évolue. Cela va dépendre de l’inspiration du moment, de l’endroit et des performers et du rendu visé.

A. D. : Vous vous qualifiez d’artiste transversale. Où se trouverait le point où se croisent les arts visuels pour vous ?

M. N. : A partir du moment où l’on décide de travailler ensemble. Cette décision est mue par une volonté commune, une curiosité réciproque, une envie de vivre et d’exprimer quelque chose ensemble. Le jour de la performance, c’est le résultat de cette transversalité.

A. D. : De quelle manière appréhendez-vous alors les sons, rythmes du mouvement lorsqu’il ne se fige pas ?

M. N. : En qualité de ex-danseuse puisque ayant pratiqué moi-même en amatrice pendant de longues années le classique, le jazz, l’africain, le contemporain, j’appréhende la danseuse dans sa globalité. Le non mouvement est un mouvement en soi. Pour moi n’est pas la question d’être figé ou pas. Tout est mouvement. Il peut être perceptible, ou pas. C’est l’intention qui compte. L’intensité aussi.

A. D. : Voulez-vous nous parler de l'atelier que vous faites vivre à Ex en Provence ?

M. N. : L’Atelier Korear (ex Atelier des Epinaux) est un lieu d’expression tournée principalement sur le corps, le mouvement, la peinture sur le corps et différents supports, la transversalité des arts.

Comme je travaille en performance depuis 2005, je n’accroche plus beaucoup de supports muraux. Ainsi j’ai des murs disponibles que je mets à disposition d’artistes avec qui je collabore, ou des artistes professionnels ou même amateurs (avertis) qui n’ont pas la possibilité d’exposer. Cela permet à nombre d’artistes de voir différemment leur travail. J’ai souvent eu le cas de personnes qui n’avaient jamais exposé. Dans ce cas je les aide. Il est important lorsque l’on produit un travail artistique de penser à sa finalité, de le mettre en œuvre, de le montrer, de se dévoiler, d’assumer le regard des autres. Je m’en sers aussi bien sûr pour exposer mon travail. A ce titre je vais exposer en mai, en juillet et en décembre 2012.

Actuellement l’Atelier fait partie du Gudgi qui est le réseau aixois des galeries indépendantes. Cela permet d’avoir une dynamique. En juillet nous avons la nuit des galeries, en septembre, les journées de l’art contemporain aux portes du patrimoine, en octobre et novembre, le festival PHOT’AIX de photographies à Aix-en-Provence.

En 2012, j’ai invité 5 artistes qui exposeront successivement en mars, avril, septembre et novembre ! Et une artiste créatrice de vêtement de scène qui a exposé de décembre à mars.

L’atelier sert également de studio photo à l’occasion. Certains photographes qui aiment ce travail de peinture sur corps me proposent modèle et séance photo.

C’est aussi à l’atelier que le crée mes projets de performance avec les autres artistes transversaux, danseurs, musiciens, que j’échafaude des projets. C’est là que nous nous rencontrons.

Performance

Nuit Européenne des Musées

Musée d’Histoire Naturelle d’Aix-en-Provence - mai 2011

Performance de Peinture corporelle / bodypainting : Manuela Noble
Performance dansée : Marine Chéravola et Arsène Richard
(Photographies : Yves Chesné

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…Merci à Manuela Noble pour cette "performance" partagée avec Corps et Graphies à l'aube du printemps d'une année 2012 fort riche !

Pour la suivre, rendez-vous sur le blog de Korear

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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