La Danse Corps et Graphies - Une Vie de Danseuse -Conclusion

Une vie de danseuse en mené[e]s, la pointe d'Auguste Ehrhard… Parcours [en]chassé[s] l’Histoire de la danse, Et Fanny Elssler, elle [de]Vienne au tour du monde : pages [dé]tournées - des tournées - du XIXème siècle.


Table des Matières

  • Chapitre Ier : Les années d'apprentissage
    - Vienne en 1815. - La cour et la société. - Fête générale. - La musique ; les concerts ; les théâtres ; la danse. - Le ballet d'enfants de Horchelt. - Mademoiselle Bigottini. - Fanny Elssler type de l'Autrichienne. - La famille Elssler et Haydn. - Légendes sur les origines de Fanny. - Son éducation technique. - Aumer et l'école française. - Barbaja et Rossini. - Apprentissage en Italie : l'école italienne. - Fanny danseuse classique. - Saisons à Vienne et à Berlin. - Opinions de Rahel Varnhagen et de Wolfgang Menzel. - Saison à Londres.
  • Chapitre II : La dernière passion du Chevalier Frédéric de Gentz
    - Le caractère de Gentz. - Sa vie à Berlin. - Ses amours à Vienne. - Son activité politique. - Sa prodigalité. - Portrait physique. - Première rencontre avec Fanny Elssler. - Confidences à Prokesch von Osten et à la comtesse Fuchs. - Les lettres de Gentz à Fanny. - La révolution de 1830 ; Gentz chez le prince de Metternich. - Départ de Fanny pour Berlin. - Lettres de Gentz à Rahel Varnhagen. - Fanny chez Rahel. - Lettres de Rahel à Gentz. - Retour de Fanny à Vienne. - Lecture de Henri Heine. - Mélancolie de Gentz. - Sa mort. - Nature des sentiments de Fanny pour lui. - Légende des amours de Fanny et du duc de Reichstadt ; les Mohicans de Paris ; l’Aiglon.
  • Chapitre III : L'Opéra de Paris sous la direction de Louis Véron
    - Contre-coup de la révolution de Juillet sur l'Opéra. - L'invasion de l'esprit bourgeois à l'Opéra. - Louis Véron type du bourgeois. - Véron journaliste et homme politique. - Son portrait physique. - Conception bourgeoise de l'administration de l'Opéra. - Aménagement de la salle de la rue Le Peletier. - Le public. - Les livrets de Scribe. - Robert le Diable. - Rénovation du décor et de la mise en scène. - Les "principes" de Véron. - La claque ; Auguste. - La presse ; Charles Maurice. - Les bals de l'Opéra. - Véron jugé par ses contemporains.
  • Chapitre IV : Le ballet à l'Opéra vers 1830
    - Conception du ballet par Véron. - Le vieux répertoire. - Besoin de rajeunissement ; campagne contre le ballet académique. - La routine des maîtres de ballet. - Les danseurs au dix-huitième et au dix-neuvième siècle. - Auguste Vestris. - Perrot. - Les danseuses. - La vieille garde. - Mme Montessu. - Lise Noblet. - Mademoiselle Legallois. - Pauline Leroux. - Les sœurs Fitz-James. - Mesdemoiselles Roland, Forster, Coquillard. - Louise Duvernay. - Ce qui manquait à ces artistes
  • Chapitre V : Marie Taglioni
    - La dynastie des Taglioni. - Philippe Taglioni. - Conception romantique du ballet. - Les deux écoles : Taglioni et Vestris. - Education technique de Marie. - Ses débuts à Vienne. - Premiers succès en Allemagne. - Débuts à Paris. - Marie Taglioni et Perrot dans Flore et Zéphire. - Le Dieu et La Bayadère. - Robert Le Diable. - La Sylphide. - Révolution romantique dans le ballet. - Causes du succès extraordinaire de Marie. - Une revanche de l'idéalisme. - Les panégyristes de Marie ; Jules Janin. - Hommages des poètes ; Méry. - Succès dans toute l'Europe. - Critiques de Rahel Varnhagen. - Caractère de Marie. - Sa prodigalité. - Son mariage avec Gilbert de Voisins. - Difficultés avec la direction de l'Opéra. - Nécessité d'engager une autre danseuse
  • Chapitre VI : Les Débuts de Fanny Elssler à Paris
    - Le voyage de Véron à Londres. - Engagement des sœurs Elssler. - Leurs appointements. - Réclame tapageuse. - Appel aux bonapartistes. - La Tempête ; les répétitions ; dépenses pour la mise en scène. - Première représentation le 15 septembre 1834. - Physionomie de la salle. - Succès de Fanny. - Opinions de la presse. - Incompétence de Jules Janin. - Encore la légende des amours du duc de Reichstadt et de Fanny Elssler. - Orgueil de Véron. - Elssléristes et taglionistes. - Reprise de La Sylphide. - Débuts de Thérèse. - Le bal de Gustave. - Les deux sœurs dans Don Juan. - Les recettes de La Tempête. - Une parodie. - La mode
  • Chapitre VII : Le Diable Boiteux
    - L'année 1835. - La Juive. - Campagne des taglionistes contre Fanny Elssler. - L'île des Pirates. - L'attentat de Fieschi. - Insuccès du nouveau ballet. - Duponchel succède à Véron. - Qualités de Duponchel. - Les deux sœurs Elssler à Berlin. - Retour à Paris. - Première représentation des Huguenots, le 29 février 1836. -Vogue de l'Espagne et des danses espagnoles. - Grillparzer à Paris ; son jugement sur les sœurs Elssler. - Première représentation du Diable Boiteux, le premier juin 1836. - Succès complet de Fanny. - La cachucha. - Rentrée de Marie Taglioni dans La Sylphide. - Deux principes opposés. - La Fille du Danube. - Les sœurs Elssler à Bordeaux. - Retour à Paris ; accident de voiture. - Grave maladie de Fanny
  • Chapitre VIII : Victoires et revers
    - Les danseuses à l'église Notre-Dame-de-Lorette. - La statuette de Fanny par Barre fils. - Popularité de la cachucha. - Rentrée de Fanny dans le Diable Boiteux. - Adieux de Marie Taglioni. - Nourrit et Duprez. - Les sœurs Elssler à Vienne en août 1837. - Les feuilletons de Théophile Gautier sur Fanny. - La Chatte métamorphosée en femme. - Premier portrait de Fanny par Th. Gautier. - Les portraits du duc d'Orléans et de Fanny Elssler au salon de 1838. - Représentation à bénéfice du 5 mai 1838. - Second portrait de Fanny par Th. Gautier. - Fanny Elssler et Marie Taglioni aux fêtes du couronnement à Londres. - Fanny dans La Sylphide à l’Opéra. - Le scandale du 22 octobre 1838. - La Gitana à Saint-Pétersbourg et La Gypsi à Paris. - Vogue de Chicard. - La Tarentule. - Nouvelle rencontre à Londres avec Marie Taglioni. - Campagne contre Fanny. - Résolution de partir pour l'Amérique ; le mirage américain. - Adieux à Paris le 30 janvier 1840.- Une lettre de Th. Gautier à Fanny. - Fanny à Londres
  • Chapitre IX : Le voyage en Amérique
    - Caractère improvisé de la tournée. - La traversée. - Itinéraire des quatre campagnes effectuées par Fanny. - Situation des théâtres aux Etats-Unis vers 1840. - Sommes perçues par Fanny. - Les cadeaux. - Reliques de cercueils illustres. - Formes de l'enthousiasme américain au théâtre. - Harangues de Fanny aux spectateurs. - Honneurs officiels ; Fanny au Congrès à Washington ; réception par le président de la République. - Visites de navires et d'une prison. - Attitude du clergé. - Hommages rendus par l'aristocratie et le peuple. - La presse. - Conflits de nationalités. - Les pompiers de la Nouvelle-Orléans. - La civilisation américaine vers 1840. - Insuffisance de l'éducation esthétique. - Vraies raisons du succès de Fanny. - Ses actes de bienfaisance. - Nostalgie de l'Europe
  • Chapitre X : Le coucher de l'astre
    - Fâcheux effet produit à Paris par les nouvelles d'Amérique ; violent article de la Revue des Deux Mondes contre Fanny. - Le procès de Fanny avec l'Opéra. - Rupture avec Paris. - Tournées en Europe. - Représentations de Fanny à Vienne. - Ovations à Berlin ; le poète Rickert ; les feuilletons de Rellstab. - Londres, Bruxelles et Budapest. - Dangers d'une tournée en Italie ; haine contre les Autrichiens. - Fanny à Venise ; sa glorification par Prati. - A Rome ; Pie IX et la danseuse. - Foligno et Naples. - A Florence ; moulage de la jambe de Fanny. - Les passions politiques à Milan ; la révolution. - Anathème lancé par Carducci. - Les soirées de Saint-Pétersbourg et de Moscou. - Adieux à la scène, le 21 juin 1851, à Vienne. - Poésie de Grillparzer. - Séjour à Hambourg. - Fanny retirée à Vienne ; sa maison ; ses amis. - Bonheur de sa vieillesse. - Sa mort, le 27 novembre 1884
  • Conclusion

Conclusion

Après que Fanny Elssler eut quitté Paris, les grandes traditions de la danse furent continuées à l'Opéra par Carlotta Grisi et Fanny Cerrito. Malgré leur charme et leur talent, ces deux artistes ne réussirent pas à conjurer la dépravation du goût public qui se plaisait de plus en plus à des danses de bas tréteaux. A l'Opéra même apparaissaient des symptômes de corruption. A côté de la danse de haut style, on y tolérait d'étranges audaces. Augusta Maywood, fille d'un directeur de cirque américain, rappelait un peu trop ses origines par des façons d'écuyère et des excentricités de clown. Mademoiselle Plunkett se signalait par de tumultueux mouvements de croupe. Un rare degré de trivialité fut atteint par Lola Montés en 1844. Pour ses débuts, cette dame fâcheusement illustre arriva sur la scène d'un bond de panthère, s'arrêta net sur la pointe d'un pied, et, d'une main prodigieusement leste, détacha l'une de ses jarretières qu'elle lança parmi les spectateurs avec des œillades enflammées. La danse s'encanaillait à l'Académie royale de Musique.

La barrière s'abaissait entre le corps de ballet et les virtuoses du cancan ; elle n'existait plus entre Lola Montés et Pomaré, la gloire du bal Mabille.

Les délicats gémissaient de cette déchéance. Théodore de Banville évoquait les splendeurs des années précédentes où Tout le corps de ballet marchait comme une armée.

La danse laissait voir tous les trésors de Flore Sous les plis des maillots, vermeils comme l'aurore ; C'était la vive Elssler, ce volcan adouci, Lucile et Carlotta, celle qui marche aussi Avec ses pieds charmants armés d'ailes hautaines Sur la cime des blés et l'azur des fontaines.

Un autre jour, l'aimable poète envoyait un salut mélancolique aux trois enchanteresses qui avaient fait les délices d'une époque plus raffinée :

Elssler ! Taglioni ! Carlotta, sœurs divines Aux corselets de guêpe, aux regards de houri
O reines du ballet, toutes les trois si belles ! Qu'un Homère ébloui fera nymphes un jour. Ce n'est plus vous la Danse, allons, coupez vos ailes ! Eteignez vos regards, ce n'est plus vous l'Amour !

Plus tard le déclin du ballet s'aggrava encore. La réforme wagnérienne, qui eut parmi ses premiers adversaires en France une danseuse, Mme Ferraris, le bannit de l'opéra. Malgré les glorieux exploits des Rosita Mauri, des Subra, des Zambelli, la danse n'a plus, à côté du drame musical renouvelé, qu'une situation subalterne ; elle a pris, dans la famille des arts, une attitude un peu honteuse de parente pauvre que l'on daigne admettre au bout de la table. Des esthéticiens farouches, en même temps prédicateurs, nous démontreront qu'en la traitant ainsi, nous avons réalisé un double progrès, artistique et moral.

C'est notre tort et c'est notre malheur. Oui, le drame lyrique doit pouvoir se passer du luxe et de l'agrément que le ballet apportait à l'opéra d'autrefois. Mais, pour Dieu ! Que la proscription ne soit pas impitoyable ! Si Tristan et Iseult, de Wagner ; si L’Etranger, de Vincent d'Indy ; si Pelléas et Mélisande, de Debussy, n'ont pas besoin de chorégraphie pour produire un enchantement complet, n'oublions pas qu'il y a des danses dans Les Maîtres Chanteurs, dans Parsifal, et que les évolutions des Filles du Rhin sont des figures de ballet. Songeons ainsi que la tradition française, représentée par Rameau, associe étroitement la danse au drame et que Gluck n'a pas renié cette conception.

Quant au ballet en lui-même, le dédain dont on l'accable n'est-il pas une injustice et le signe d'un pédantisme chagrin ? Ayons le courage de le dire : c'est un spectacle exquis. En faisant mouvoir la beauté vivante selon le rythme musical, il associe deux éléments qui ont une force d'expression singulière. Il ajoute au chef-d'œuvre de la nature toute la magie que le son met au service du génie humain. La femme en est l'âme. Elle devient le rythme incarné, la musique faite visible. Lorsqu'elle apparaît, traduisant une belle phrase musicale en lignes, en poses, en mouvements, s'identifiant à la mélodie qui a passé dans ses veines et qui gouverne ses muscles, devenue tout entière une harmonie, alors c'est une fête absolue, c'est l'enivrante vision dionysiaque.

Les Grecs le savaient. Pour eux, la danse était une des révélations supérieures de la beauté. Qu'était-ce que les cortèges des Panathénées, si ce n'est des ballets merveilleusement composés, où cette race privilégiée faisait évoluer, au son des instruments, les corps admirables de ses éphèbes et de ses femmes ? Et si dans les sculptures qui nous ont transmis le souvenir de ces théories nous contemplons avec ravissement la pureté des formes, la grâce des mouvements, l'harmonieuse ordonnance des groupes, combien la réalité vivante devait être superbe ! Oh ! La sublime symphonie qui réunissait autour du Parthénon, dans un splendide ensemble, les modulations des flûtes, les chants des chœurs et les pas cadencés de magnifiques types d'humanité !

L'époque de Louis-Philippe fut certainement bien loin de l'idéal grec. Le roi n'avait rien de Périclès, et ses ministres, Messieurs Guizot et Thiers, n'étaient point des Alcibiade. Nous haïssons cette société où se carre, au premier plan, une bourgeoisie pleine de vanité et de prétentions, dont l'épais matérialisme et le luxe maladroit font regretter l'élégante frivolité de l'ancienne aristocratie.

Et cependant cette époque ne fut pas entièrement un âge ingrat. Derrière les ventres dorés qui occupent le devant de la scène, derrière les spéculateurs, les financiers, les actionnaires de chemins de fer, nous apercevons avec joie et nous saluons avec respect une cohorte d'artistes, de poètes et de rêveurs. A côté du Veau d'or la Chimère se réserve un coin fleuri.

Le ballet fut une des oasis où se réfugièrent les chevaliers de l'esprit. Si le vulgaire ne demandait à la danse de l'Opéra que d'être une fastueuse exhibition, de fins connaisseurs sentaient la haute valeur de cet art. Encouragées par leur intelligente approbation, des femmes exquises réjouirent leurs yeux par d'harmonieux spectacles.

Ce sont ces fêtes qu'il nous faut envier à la génération de 1830. Félicitons-la d'avoir vu, portés à une rare perfection, des ébats dont nous aurions aujourd'hui si souvent besoin pour égayer nos existences moroses, lourdes d'ennui : les jeux légers du Rythme et de la Beauté.

FIN


O reines du ballet, toutes les trois si belles !
Les Trois Grâces [Marie Taglioni, Fanny Elssler, Carlotta Grisi], par Alfred-Edward Chalon
- Lemercier, Paris, 184[?]

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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