La Danse Corps et Graphies - Arthur Saint-Léon, sur quatre cordes aux quatre vents page -4

QUATRIÈME MOUVEMENT… PORTS DE DANSE

Est-ce parce qu’il évolua au fil d’une époque décadente ? - Bien peu de ses ballets ont survécu à Arthur Saint-Léon. Ne demeurent d’"origine," sur les scènes, que Coppélia, ou bien un fragment de son premier succès La Vivandière, que Pierre Lacotte s’attela à remonter au XXème siècle… La Source doit elle aussi bientôt rejaillir, à l'Opéra de Paris, grâce à Jean-Guillaume Bart…

Note suspendue et grands jetés

Paris…
L'Opéra de la rue Lepéletier vers 1870…

Avec la brillance du Maître, dernier des Grands chorégraphes européens de la première moitié du XIXème siècle s’éteignit aussi celle du Ballet de l’Opéra.
Dès l'aube des années 1850, il avait été fragilisé par les départs de Marius Petipa et de Jules Perrot pour la Russie ou des grandes ballerines, telles qu’Amalia Ferraris et Carolina Rosato ; par la fin tragique d’Emma Livry, dont le costume avait pris feu au contact des becs de gaz au bord de la scène ; par la mort de Joseph Mazillier… Le déclin avait posé ses points de suspension sur le Ballet français comme le crépuscule sur une fleur qui s’incline…
Pourtant, que de couleurs devaient être ravivées par les accents inoubliés d’Arthur Saint-Léon !
Très tôt, le danseur et musicien, puis le chorégraphe avait contribué à étendre la pratique de l’accueil, d’un pays à un autre, d’une ville à une autre, pour les artistes invités et la manière de remonter parfois leurs "anciens" ballets sous des titres neufs…
Il développa aussi l’art de l’inspiration recréatrice … Ainsi, La Rosière reprenait le thème que Charles-Simon Favart avait traité en 1769 dans son opéra-comique La Rosière de Silence
S’il ne fut pas le premier à puiser ses "histoires chorégraphiques" à la source des contes de fées ou des légendes, il en devint maître avec Le Poisson Doré ou Le Petit Cheval Bossu, et guida en quelques sorte les pas de Marius Petipa, qui repris d’ailleurs le sujet du deuxième ballet, comme celui de Coppélia

Le Petit Cheval Bossu…
Le Petit Cheval Bossu par Marius Petipa…

L’artiste avait mis en faveur les danses de caractère, divertissements d'allant et de folklore, au cours des ballets narratifs et son successeur en fit l’une des caractéristiques de ses oeuvres…

Sous la plume en portées

C'est ici une bonne occasion de parler d'un ouvrage écrit par Saint-Léon, car ce diable d'homme embrasse tout dans son habileté panoramique. Cet ouvrage, qui paraît par livraison sténochorégraphie, c'est-à-dire l'art d'écrire promptement la danse. La danse, jusqu'ici, n'a eu ni alphabet ni notation. Ses pas fugitifs ne laissent nulle trace, et ils se transmettent par une routine vague dont la tradition ne tarde pas à s'effacer. On ne possède écrit aucun ballet de Noverre, de Gardel et des autres maîtres de l'art. Saint-Léon a voulu combler cette lacune fâcheuse et donner une manière simple, facile et complète de fixer sur le papier toute la partie chorégraphique du ballet. Avec quelques signes, il rend tous les changements de pieds, toutes les décompositions de mouvements qui forment l'art de la danse. Pour écrire un pas, il se sert de cinq portées formant quatre plans par leur intervalle ; au dessus de ces cinq portées s'étend une sixième qui représente la ligne des épaules ; le spectateur ou le lecteur est placé au bas sous la première ligne, comme s'il était à l'orchestre d'un théâtre ; de cette manière le pas écrit se présente comme s'il était dansé ; la droite de l'acteur est la gauche du spectateur, et réciproquement, ce qui évite tout renversement et toute désorientation.
Maintenant que les portées sont tracées, arrivons aux signes. Les deux jambes à terre, en dehors et tendues, se marquent par deux lignes perpendiculaires aboutissant à la portée et coupées par un tiret noir figurant le buste du danseur. Les cinq positions de la danse se marquent par des chiffres correspondants, 1, 2, 3, 4, 5. On marque la position du pied de derrière par un point placé près du chiffre, ce point est mis tantôt à droite, tantôt à gauche du chiffre, selon que c'est le pied droit ou le pied gauche qui se trouve en avant.
Les jambes à terre en dehors et pliées s'indiquent de la même façon, seulement les lignes forment deux angles représentant à peu près le mouvement et ainsi de suite. Chaque attitude, chaque pas a sa note, et un ballet fixé de la sorte pourra se lire comme une partition musicale, et chaque maître pourra signer et revendiquer son œuvre. Ce sera une sorte de solfège plus aisé à lire que l'autre qu'il faudra faire étudier aux élèves de la classe de danse et qui leur facilitera singulièrement l'exercice de leur profession.
A ces principes de sténochorégraphie, Saint-Léon joint l'historique de l'art, la biographie des maîtres célèbres anciens et modernes. Chose bizarre, et que nous apprenons par cet intéressant volume, la première idée d'écrire la danse appartient à un chanoine, Thoinot Arbeau, ou plutôt Jehan Tabourot, dont ce nom est l'anagramme qui naquit à Dijon en 1509, et écrivit un Traité de l'orchésographie. - Saint Léon cite un pas écrit par l'honorable ecclésiastique, et dont la notation insuffisante pour les besoins de l'art actuel est cependant remarquable et contient plus d'un germe fécond. Espérons que l'ingénieux inventeur de la sténochorégraphie appliquera son invention aux pas et aux ballets charmants qu'il compose et exécute avec tant de perfection, et les sauvera ainsi de l'oubli.

Théophile Gautier : La Presse, 1er février 1853, Théâtre lyrique : le lutin de la vallée La sténochorégraphie

Arthur Saint-Léon inventa ce système de notation chorégraphique et La Sténochorégraphie ou L’Art d’Ecrire Promptement La Danse fut publié en 1852.
Le pas de six de La Vivandière ; une partie du pas de deux des paysans de Giselle ; Il Basilico, un ballet créé à Paris en 1865 pour le Théâtre Italien avant d’être monté à Moscou et Saint-Pétersbourg, furent ainsi notés en livrets.
Poursuivant sa réflexion autour de l’art chorégraphique, le "notateur" fit paraître en 1856, à Lisbonne, un opuscule intitulé De L’Etat Actuel de la danse, dans lequel il décriait le manque d’intérêt suscité par le ballet dans la France de l’époque et critiquait notamment la situation marginale de l’enseignement de la danse au sein de l’éducation générale.

Porcelaine…
Arthur Saint-Léon - Figurine de porcelaine…

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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