La Danse Corps et Graphies - Arthur Saint-Léon sur quatre cordes aux quatre vents page -3

TROISIÈME MOUVEMENT… Intermèdes chorals

Pas d’action…

Cependant, le galant homme demeura à Paris et exerça ses fonctions de chorégraphe et compositeur pour le Théâtre-Lyrique. Il y créa plusieurs pièces, dont, en 1852, Le Berger Aristée et les abeilles, ou Le Lutin de La Vallée, en 1853.

Le Lutin de La Vallée…
Arthur Saint-Léon dans Le Lutin de La Vallée en 1853…

Le Lutin de La Vallée…
Arthur Saint-Léon et Marie Guy-Stéphan dans Le Lutin de La Vallée, lithographie d’A.F.

Le théâtre Lyrique vient de rencontrer un véritable succès de vogue. Le Lutin de La Vallée, c'est-à-dire Saint-Léon et Mme Guy-Stéphan, car la pièce n’existe pas en elle-même et peut se résumer en quatre lignes ; mai elle fournit à la danse un cadre heureux, et c’est tout ce qu’il faut.
[…]
On voudra aussi entendre ce merveilleux morceau de violon exécuté par Saint-Léon, qui, comme chacun sait, est un virtuose distingué, et tire de son Guarnerius des effets étonnants Le lutin, déguisé en vieux ménétrier, joue d’abord un thème naïf et populaire ; et, comme on le lui fait répéter, il le complique d’une foule de variations extraordinaires, imitant les bruits rustiques d’une basse-cour. Sous la mélodie imperturbablement continuée, caquette la poule, glapit le coq, glousse le dindon, grogne le porc, brait l’âne, meugle le veau, nasille le canard, et dans le haut du ciel tirelise l’alouette pour poétiser toute ces rumeurs rurales ; cette charge musicale exige une prodigieuse habileté d’exécution, et il faut être un violoniste de première force pour s’y risquer.

Théophile Gautier, La presse 1er février 1853, Théâtre-Lyrique : le lutin de la vallée La Sténochorégraphie

Il fut aussi Le Danseur du Roi, dans son ballet éponyme, la même année.

Le Danseur du Roi…
Arthur Saint-léon dans le Danseur du Roi

Rien n’est plus prodigieusement absurde que cet aimable ouvrage, dont on fera bien de couper les deux premiers actes ; excusez du peu, mais ce ne sera pas long. Il s’agit d’un certain Cramoisi, dansomane forcené qu’on ne peut calmer qu’à grand coup de balai et en lui faisant croire qu’il est le danseur du roi. Le troisième acte, exclusivement chorégraphique, nous montre un bouquet de jeunes et fraîches danseuses : Mlles Lisereux, Nathan, Aranywary, Lilienthal, qui vient de Berlin, et Mlle Yalla, qui arrive de Vienne en passant par l’Angleterre ; tout cela danse une foule de tarentelles, de cracovienne, de Gigues, de Cachuchas d’une vivacité entraînante.

Théophile Gautier, La presse, 31 octobre 1853, Théâtre-Lyrique : Le Danseur du Roi

Scène

Alors qu'il avait passé une nouvelle saison à Londres, Arthur Saint-Léon fut engagé au Théâtre de Sao Carlos, à Lisbonne. Là, et trois saisons durant, il monta un répertoire pour le Ballet, composé d’œuvres telles que: La Rosière et Lia la bayadère, en 1854 ; La Répétition générale et Saltarello - dont il écrivit la musique…-, en 1855 ou encore Les Saltimbanques, en 1856.
Dans le même temps, il exerça comme professeur au Conservatoire de Lisbonne ; et le roi du Portugal le fit Grand-croix de l’Ordre du Christ…
Cependant, poussé par les difficultés financières du Théâtre Sao Carlos, le Maître reprit ses voyages : il parcourut l’Europe pendant dix-huit mois… C’est alors qu’il fut nommé, en 1859, Maître de Ballet des Théâtres Impériaux de Saint-Pétersbourg, où il succédait à Jules Perrot. Ce poste fut sien jusqu’aux dernières saisons de sa vie. Marius Petipa devait y prendre sa suite en 1869.
Pendant une dizaine d’année, il allait offrir en Russie plusieurs créations et recréations.
Ainsi, dès 1859 Jovita ou les Boucaniers mexicains ouvrit le rideau à Saint-Pétersbourg, à des ballets tels que Graziella ou la Querelle amoureuse, en 1860 ; La Perle de Séville - "facette" des Saltimbanques "d'un bond" venus du Portugal -, en 1861 ; Fiammetta ou l’Amour du Diable - "grandie" dans La Flamme d’amour ou Salamandre à Moscou quelques mois plus tard, avant d’être monté à Paris sous le troisième titre de Néméa ou l’Amour vengé, en 1864, puis sur la scène italienne de Triest… -.

Néméa…
Martha Mouravieva dans le rôle-titre de Néméa, photographie de Disdéri…

C'est aussi à Saint-Pétersbourg qu'il lu le célèbre conte en vers de Piotr Erchov et donna, en 1864, Le Petit Cheval bossu - sans doute le premier ballet inspiré d’un conte russe… Et… Chorégraphié par un Français, avec Marfa Muravieva dans le rôle de la Tsar-Demoiselle et Timofeï Stukolkin dans celui d’Ivanoushka -.
La musique de Ludwig Minkus accompagna Le Poisson doré, dont le livret était inspiré d'une fable d'Alexandre Pouchkine, et la même année- en 1869 -, Arthur Saint-Léon donna encore Le Lys.
Cependant, en Russie, il ne parvint pas à renouveler avec autant de brio, ses succès parisiens : ses nouvelles œuvres y reçurent un accueil bien médiocre, au point que, piqué dans sa fierté, l'artiste défia un critique en duel…

Apothéose

Il n’était pourtant contraint que de passer six mois de l’année à Saint-Pétersbourg et le chorégraphe continua à s'exercer à ses "parcours" pour retrouver notamment Paris où il créa et remonta de nouvelles œuvres…
Maître de Ballet - un titre… - à l'Opéra de Paris, il créa, en 1865 Il Basilico et Don Zeffiro
Et puis, il remonta également l'un de ses ballets créés en Russie, sous le titre nouveau de Néméa où il fit danser une "nouvelle Muse", lors d'une reprise, en 1866.
Un an plus tôt, en effet, le Maître avait revu une jeune danseuse allemande, Adèle Grantzow, qu’il avait admirée sur scène pour la première fois à Hanovre en 1858. Il l'avait faite engager comme "Prima Ballerina" à Saint-Pétersbourg, au Théâtre Bolchoï Kamenny et l'entraîna dans ses "tours de promenade".

Une Muse…
Adèle Grantzow - affiche…

Mlle Grantzow se détache du ciel chorégraphique assez obscur maintenant, et y scintille d’une façon distincte ; il n’y a pas besoin d’un télescope pour la trouver dans son coin d’azur. Ce n’est ni Elssler, ni Taglioni, ni Carlotta Grisi, mais elle a des qualités naturelles et acquises. C’est une danseuse agréable, qu’on peut applaudir et qu’on applaudit en effet. Elle est de taille moyenne, pas trop grande, pas trop petite. Elle a des jambes élégantes, des jolis pieds, des bras charmants. Sa physionomie ne manque pas d’expression, elle mime avec justesse et sentiment. Sa danse est correcte, légère et ne semble lui coûter aucun effort, bien qu’elle exécute des renversés d’une hardiesse et d’une rapidité extrêmes. Dans Néméa, debout sur une espèce de socle, l’orteil en pointe comme un fer de flèche elle risque avec un rare bonheur une de ces périlleuses attitudes auxquelles nous avouons préférer une simple pause de grâce et de volupté décente. La danse, comme le piano, a ses tours de force obligatoires, ses difficultés où l’on attend le virtuose et qu’il est obligé d’aborder pour montrer qu’il les surmonte, ne prêtât-il aucun goût à ses violences gymnastiques. C’est Mlle Eugénie Fiocre qui joue l’Amour non le petit Amour rose et joufflu du XVIIIème, siècle, mais le bel Amour grec, l’Eros antique, l’adolescent divin qui peut être le mari de Psyché et qui sait réveiller après bien des siècles dans son pur marbre de Paros sur son piédestal envahi par les ronces. Jamais rôle ne fut mieux rempli. On dirait, a voir Mlle Eugénie Fiocre, un de ces Dieux Ephèbes, de ces Apollines où le statuaire aimait à fondre la beauté du jeune homme et de la jeune fille.

Théophile Gautier, Le Moniteur Universel, 4 juin 1866, Opéra : Adèle Grantzow dans Néméa - Néméa, reprise le 25 MAI 1866

Néméa…
Eugénie Fiocre dans le rôle de l’Amour dans Néméa, photographie de Disdéri…

Néméa…
Louis Mérante dans le rôle du comte Moldor, dans Néméa, photographie de Disdéri…

Arthur Saint-Léon fut le "parrain" d'un compositeur qui allait bientôt débuter, puis briller, dans la musique de ballet : Léo Delibes…
Le 11 novembre 1866 devait avoir lieu à Paris la première de La Source, ballet pour lequel, "encadré" des actes de Ludwig Minkus, il composa ses premiers morceaux "dansants". Adèle Grantzow eût dû y interpréter le rôle principal, Mais - parce qu'elle avait été rappelée par la direction du théâtre à Saint-Pétersbourg - celui-ci fut confié à l’Italienne Guglielmina Salvioni.
Dès 1868, Arthur Saint Léon travailla avec ferveur à ce qui allait être son dernier ballet et sans doute son plus vif succès, Coppélia ou La Fille Aux Yeux d'Email,et dont la Première fut maintes fois retardée, jusqu'au 25 mai 1870, à cause des voyages perpétuels du chorégraphe. Cette pièce, dont le livret, avait été inspiré à Charles Nuitter par un conte d'Ernst Teodor Amadeus Hoffmann, Der Sandmann, soit L’Homme au Sable), permit encore à Léo Delibes de se distinguer par une partition ornée d'un florilège de danses de caractère - mazurkas, czardas, danse espagnole ou écossaise, valse… - qui manifestait encore la préférence d'Arthur Saint-Léon pour la danse au détriment de l’action dramatique. Ce fut encore une italienne, la toute jeune Giuseppina Bozzacchi, qui interpréta le premier rôle, en place d'Adèle Grantzow, malade.

Coppélia…
Giuseppina Bozzacchi dansCoppélia en 1870…

Théophile Gautier écrivit, dans La Gazette de Paris, le 23 octobre 1871, lors de la reprise de Coppélia, le 16 octobre 1871 : "c’est un charmant ballet que Coppélia, vif, gai, spirituel – oui, spirituel, quoiqu’on semble mettre en doute l’esprit des ronds de jambe – et il réalise un idéal très difficile à atteindre, la grâce comique".
Couronnement d'une carrière, le ballet avait pourtant fermé le rideau de l'Opéra : la guerre franco-prussienne obligea a suspendre les activités du théâtre ; il fut l'ultime éclat aussi d'une époque…
Arthur Saint-Léon, dont la santé s'était dégradée depuis 1866, se rendit à Wiesbaden, pour y recevoir des soins, peu après que fût créée sa Coppélia. De retour à Paris, il mourut d’une crise cardiaque, le 2 septembre 1870…
Ce "quatuor de talents" demeure dans l'Histoire de la Danse aux côté des plus grands de son époque…

Le Pas des Déesses…
Fanny Cerrito, Arthur Saint-Léon, Lucile Grhan, Maria Taglioni dans Le Pas des Déessesen 1846…

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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