La Danse Corps et Graphies - Arthur Saint-Léon sur quatre cordes aux quatre vents page -2

DEUXIÈME MOUVEMENT… DUO CONCERTANT

Arthur Saint-Léon et Fanny Cerrito allaient bientôt devenir partenaires sur les planches, former un duo sur les parvis…

Pas de deux

La Vivandière…
Fanny Cerrito et Arthur Saint-Léon dans La Vivandière, lithographie de Magnier Jeune, d’après un dessin de Henry Emy…

A la suite d’une tournée en Italie qui les conduisit à Rome - où Arthur Saint-Léon travailla à une première version d'un ballet alors intitulé La Vivandiera e Il Postiglione -, à Florence et à Parme, le chorégraphe "naquit".

La Vivandière…
Fanny Cerrito, Kathi dans La Vivandière en 1844…

Il monta, avec Fanny Cerrito, La Vivandière ou Le Postillon, sur la musique de Cesare Pugni, dont la première eut lieu le 23 mai 1844. Le ballet fut amplement applaudit, notamment grâce à quatre "pas" rendus célèbres par le couple : le pas de la Vivandière, celui de l’Inconstance, le pas de Six et celui de la Redowa, danse bohémienne, très gaie, sorte de mazurka et qui fit fureur à Londres, avant d’être mise à la mode également en France, dans les bals, vers 1850.

La Vivandière…
Fanny Cerrito et Arthur Saint-Léon dans la Polka Rodowa de La Vivandière en 1844…

Saint-Léon est très applaudi : cela tient à ce que depuis très longtemps l'on a pas vu de danseur proprement dit en France ; la défaveur marquée où la danse était tombée faisait extrêmement réduire dans les ballets la partie chorégraphique confiée aux hommes.[…]Depuis la retraite de Perrot, Saint-Léon est le seul homme qui ait osé faire à l'opéra de la danse pour la danse, et il a surpris un succès.

Théophile Gautier, La presse, 23 octobre 1848, Opéra : la vivandière

La Vivandière…
Fanny Cerrito dans La Vivandière en 1844…

Succès d’une danse, d’un ballet, d’un couple… La Vivandière emmena ses interprètes-créateurs en tournée en Europe ; le chorégraphe offrit, à Londres, en 1845, Rosida ou les Mines de Syracuse, puis Le Bal masqué, en 1846, à Berlin.
Triomphe de l’amour né : Fanny Cerrito et Arthur Saint-Léon vinrent cependant s’unir à Paris, le 17 avril 1845, en l’Église des Batignolles ; charmante pause…

Porcelaine…
Fanny Cerrito et Arthur Saint-Léon - figurine…

Variations brillantes

Alma…
Fanny Cerrito dans Alma Ou La Fille de Feu en 1842…

Alma…
Fanny Cerrito dans Alma Ou La Fille de Feu en 1842…

Alma…
Fanny Cerrito dans Alma Ou La Fille de Feu en 1844…

Alma…
Alma Ou La Fille de Feu - 1844…

Paris… En 1847, Fanny Cerrito entra enfin à l’Opéra, qui la réclamait depuis plusieurs années. La direction de l’institution commanda alors un ballet à l'époux, où la nouvelle Ballerine devait faire ses débuts parisiens. Le chorégraphe remonta Alma, ou La Fille de Feu, une œuvre créée en 1842 par Fanny Cerrito elle-même et André Deshayes, sous le titre La Fille de Marbre. Le ballet remporta un grand succès.

Illustration musicale…
Arthur Saint-Léon et Fanny Cerrito dans La Fille de Marbre, acte I, Lithographie d’après un dessin de Frédéric Sorrieu (Couverture illustrée de partition)

La Fille de Marbre…
Fanny Cerrito et Arthur Saint-Léon dans La Fille de Marbre en 1847…

Saint-Léon a surpris par la hardiesse nerveuse de sa danse et la force avec laquelle il s'enlève : il a su se faire applaudir, ce qui n'est pas aisé dans un temps où la danse virile n'est pas en faveur. Outre ses talents de chorégraphe et de danseur, Saint-Léon joue du violon d'une manière toute magistrale, à ce que disent les personnes qui l'ont entendu. Il serait facile, ce nous semble de trouver une action qui nous le montrerait comme danseur et comme virtuose.

Théophile Gautier, La Presse, 25 octobre 1847, Opéra : La Fille de Marbre

Dès lors, Arthur Saint-Léon créa de nombreux divertissements pour l’Opéra et répondit même bientôt aux attentes de Théophile Gautier…

A la Fille de Marbre succèdera un ballet divertissement, intitulé Tartini ou les fleurs animées. Saint-Léon aura l'occasion de s'y montrer comme violoniste et comme danseur, car on sait qu'il possède ces deux talents à un degré égal. Tartini est le musicien connu par la Sonate du diable qu'il entendit jouer en rêve par un Paganini à pied fourchu assis au chevet de son lit.

Théophile Gautier, La Presse, 9 octobre 1848, Opéra : Retour de Fanny Cerrito - La Fille de Marbre, reprise le 4 octobre 1848

Le Violon du Diable…
Arthur Saint-Léon dans Le Violon du Diable en 1849…

De ces divertissements, l’Histoire retint surtout Le Violon du Diable, dont la première eut lieu le 19 janvier 1849.

Une des principales curiosités de ce ballet c'est d'entendre Saint-Léon jouer du violon non comme un maître de danse qui agace sa pochette, mais comme un virtuose consommé. Un instrument magique n'a rien d'invraisemblable entre ses mains. Ce double talent ne peut manquer de produire un effet sur les recettes, car le Violon du diable a l'attrait d'un concert et d'un ballet ; les morceaux et les pas se valent ; Saint-Léon a les doigts aussi agiles que les jambes.

Théophile Gautier, La Presse, 22 janvier 1849, Opéra : Le Violon du Diable

Le Violon du Diable…
Fanny Cerrito dans Le Violon du Diable en 1849…

Le Violon du Diable…
Fanny Cerrito dans Le Violon du Diable en 1849…

Le Violon du Diable…
Fanny Cerrito et Arthur Saint-Léon dans Le Violon du Diable, lithographie, d’après un dessin de Janet Lange…

Coda

Il offrit aussi, en 1850, Stella ou Les Contrebandiers.

Stella…
Fanny Cerrito dansant La Sicilienne dans Stella, Littographie de Martinez…

Mme Cerrito est charmante de mutinerie boudeuse et de grâce taquine, dans le tableau de la servante ; elle a très bien su s’arrêter sur la limite où le comique tombe dans le bouffon, qui ne fait jamais bon effet à l’Opéra, et garder tout son charme en excitant le rire, chose difficile pour une femme. Dans la tarentelle, elle déploie une verve, une pétulance entraînantes ; il est impossible de voir quelque chose de plus vif, de plus gai, de plus joli, de plus amoureux et de plus charmant.Ce pas, où Saint-Léon la seconde admirablement, fera fureur.Il y a surtout un moment où le danseur avance son pied contre le pied de la danseuse, et où ils partent ensemble sans se séparer et comme soudés par l’orteil, qui est d’une grâce et d’une originalité ravissantes.
Saint-Léon semble vouloir aller rejoindre, dans les frises, l’ombre de Paul(1), l’Ancien Zéphyr. Il s’élève si haut que l’on a le temps de lire le journal du soir avant qu’il ne retombe ; tout plancher, sous ses pieds, devient un tremplin qui l’envoie au ciel. Il mérite vraiment le nom d’homme-caoutchouc, que les anglais lui ont décerné, car jamais balle élastique n’a rebondi plus légérement.

Théophile Gautier, La Presse, 25 février 1850, Opéra : Stella

Paul Antoine…
Paul Antoine dans Zéphire

(1) - Paul : Antoine Paul 1795 1871 était célèbre pour son élévation et connu sous le nom de Paul l’aérien.

Puis ce fut Pâquerette, sur un livret de Théophile Gautier, en 1851.

Pâquerette…
Fanny Cerrito dans Pâquerette

Est-ce la peine, parce que nous avons écrit, sous la dictée des jambes de Cerrito ce feuilleton prématuré qu’on appelle un livret de ballet, d’aller chercher un critique au coin pour parler compendieusement de la chose ?
[…]
Tous les pas de Cerrito et de Saint-Léon - nous le disons sans rougir - ont été accueillis par des bravos enthousiastes. Dans le premier tableau, on la voit sous un charmant costume de paysane, tout de dentelles, de satin et de fleurs qui a le mérite d’être de la plus adorable fausseté ; au second, elle porte l’habit d’homme avec une aisance et une gentillesse extrèmes ; au troisième, elle apparaît dans une vapeur de gaze blanche où tremblent des frissons argentés ; au quatrième, la leste jaquette hongroise serre sa taille mince et la bottine aux talons sonores emprisonne ses petits pieds. N’est-ce pas assez ?
[…]
La partie purement chorégraphique a été exécutée par M. Saint-Léon avec une habileté et une intelligence rares. Les groupes sont bien dessinés, les attitudes gracieuses, les évolutions du corps de ballet bien règlées ; c’est son chef d’œuvre. Quant aux pas, il nous suffira de dire que Saint-Léon a été rappelé deux fois dans la soirée, avec Cerrito. Le succès a été complet.

Théophile Gautier, La Presse, 20 janvier 1851, Opéra : Pâquerette

Du brio à l’humble révérence, Arthur Saint-Léon et Fanny Cerrito dansèrent pour la dernière fois en duo, lors d’un gala en octobre 1851. Au printemps précédant, des dissensions étaient nées au sein du couple ; les partenaires quittèrent la scène, l’un côté cour, l’autre côté jardin…
Après la séparation, Arthur Saint-Léon avait accepté le poste de Maître de Ballet principal de l’Opéra de Paris, ainsi que celui de professeur de la classe de perfectionnement, mais lorsque Fanny Cerrito fut à nouveau engagée dans la Maison, en décembre 1852, il se retira sans bruit, avant même que n’expire son contrat.
Il venait de monter Vert-Vert, en collaboration avec Mazilier, qui fut bien mal reçu : Théophile Gautier parla de "Vaudeville"…

Vert Vert…
Olimpia Priora dans Vert-Vert, caricature de Marcelin (L’Illustration , 13 décembre 1851)

Vert Vert…
Adeline Plunkett dans Vert-Vert, caricature de Marcelin (L’Illustration, 13 décembre 1851)

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

La présentation et le contenu de ce site sont protégés par les lois en vigueur sur la propriétæ intellectuelle. Toute exploitation, même partielle, sous quelque forme que ce soit (écrite, imprimée ou électronique), est rigoureusement interdite sans l'autorisation expresse préalable des auteurs. Tout contrevenant s'expose à des poursuites et aux sanctions applicables conformément à la loi FranÇaise rægissant les droits d'auteur et aux lois du Copyright International.

Retourner en haut de la page Page modifiée le 20/10/2013.