La Danse Corps et Graphies - Edouard Marie Ernest Deldevez : "Mes Ballets à l'Opéra"

Né en 1817, Edouard Marie Ernest Deldevez montra, dès l'enfance, d'heureuses dispositions pour la musique. Il poursuivit ses études au Conservatoire de Paris, sous la férule de François Habeneck, Antoine Reicha et Jacques Fromental Halévy notamment. Violoniste dans les plus grands orchestres de la capitale, il devint bientôt chef d'orchestre, et obtint les trois postes les plus prestigieux de son temps : la direction des musiciens de l'Opéra de Paris, de la Société des Concerts du Conservatoire, et de la classe d'orchestre du Conservatoire. Compositeur, il "nota" la Cantate Officielle pour le sacre de Napoléon III, par exemple. Il publia également de nombreux ouvrages sur les sujets musicaux les plus divers,.

Dans le tome II de ses Mémoires, il évoque, en un chapitre de souvenirs et anecdotes, ses partitions pour le ballet, et tout particulièrement la création de Paquita, son plus grand succès "en scène".

Le texte est reproduit dans son orthographe originale…

LE PASSE
A PROPOS DU PRESENT
FAISANT SUITE A
MES MeMOIRES
PAR
E.-M.-E. DELDEVEZ

Ancien chef d'orchestre de l'Opéra et de la Société des Concerts
Professeur au Conservatoire

Paris
Imprimerie et librairie centrales des Chemins de Fer
Société Anonyme au capital de cinq millions
11 rue Bergère, 9
1892

CHAPITRE IV
MES BALLETS A L’OPERA

- Lady Henriette 21 février 1844 ;
- Eucharis 7 août 1844 ;
- Paquita 1er avril 1846 ;
- Mazarina 1er mars 1847 ;
- Vert-Vert 21 novembre 1851 ;
- Yanko le Bandit 22 avril 1858.

Lady Henriette ou la servante de Greenwich : ballet-pantomime en trois actes et neufs tableaux
chorégraphie de Joseph Mazilier.
- Paris : Théâtre de l'Opéra-Le Peletier, 21 février 1844](1)

Estampe
Lady Henriette ou la servante de Greenwich, estampe, par Victor Coindre [cig] (1816-1893) - 1844

Album de l'Opéra : Lady Henriette
Estampes par Célestin Deshays (1817-189[.])
- Challamel éditeur, Paris, 1844

Première vue d'une estampe

Deuxième vue d'une estampe

Troisième vue d'une estampe

Lady Henriette ou la servante de Greenwich
Quatorze maquettes de costumes, par Paul Lormier - 1843-1844

Maquette
Paysan gallois

Maquette
Dame de Cour

Maquette
Page de la Reine

Maquette
Dame de Cour en habit de chasse

Maquette
Dame de Cour

Maquette
Sarah, riche fermière

Maquette
Femme d'artisan, folle

Maquette
Jupiter, M. Elie

Maquette
John Plumkett, M. Barrez

Maquettes
Fou danseur ; fou de musique

Maquette
Folle d'amour, grisette

Maquette
Sir Tristan Crakfort

Maquette
Bergère de l'Olympe

Maquette
Berger de l'Olympe

I. Mes études s’étant tournées du côté de la composition, je ne tardai pas à travailler pour le théâtre. Par la recommandation d’Habeneck, j'obtins de M. Pilet, alors directeur de l’Opéra, un acte de ballet. A cette époque (1844), il était d'usage de confier la musique des grands ballets en trois actes, à deux ou trois compositeurs. Tels furent La Gipsy de MM. Benoist, Ambroise Thomas et Marliani ;
Le Diable Amoureux de MM. Benoist et Henri Reber ;
Lady Henriette de MM. de Frolow, Burgmüller et Deldevez.

Ce fut donc par ce troisième acte que se fit mon début à l’Opéra. Cette bonne fortune (car s'en fut une par la suite) cachait cependant un piège auquel mon inhabileté ne sut parer.

Maître Saint-Georges, l’auteur du livret, avait conçu le poème, antérieurement, en opéra comique dont la musique écrite déjà par de Frolow, devait se produire plus tard, après le succès du ballet.

Par la comparaison des deux livrets, celui du ballet et celui de l'opéra, comparaison qui ne put s'établir qu'après la mise au jour des deux ouvrages, on voit la ficelle qui nous a entortillés mon collègue et moi.

En effet, le sujet est le même. - Dans le ballet, la division comprend trois actes, chaque acte, 3 tableaux; il résulte de cette division que les 3 tableaux du premier acte, contiennent à eux seuls, la donnée du sujet de l'Opéra, ses développements, son dénouement lequel est emprunté au 3ème tableau du 3ème acte. Et c’est en cela où l’on reconnaît l’habileté des faiseurs, car le dénouement du ballet se faisant sur un thème du 1er acte, nécessitait un emprunt de mélodie par le compositeur du 3ème acte. Tandis que l'opposé n'ayant à se produire dans l'opéra, son seul auteur faisait sa cuisine lui-même.

Les compositeurs des 2ème et 3ème actes étaient supprimés, voilà tout, sans égard de collaboration aucune, n'ayant droit de revendication ni de discussion, le titre de l’opéra : Martha étant autre que celui du ballet : Lady Henriette.

Si cette substitution eut été le fait d’un plagiat commis par tout autre auteur que celui-là même des deux ouvrages, c'est alors que procès pouvait s'ensuivre, mais le tour était joué avec trop de finesse pour laisser un soupçon d'inquiétude à cet égard.

On ne peut couper l'herbe sous le pied des voisins avec autant de courtoisie.

Malgré ce procédé, et bien que j’eus à supporter un bon nombre d’amputations, le succès du 3ème acte fut décisif, par la scène à Bedlam, le galop des fous.

Je n’eus pas, toujours est-il, la satisfaction d’'une lecture à l’orchestre, où, bien certainement, quelques morceaux eussent été applaudis par les artistes - le plus grand bonheur qu'envie un auteur.

Habeneck passa par-dessus cette première épreuve, pour le 3ème acte, et la répétition du ballet se fit avec celle du théâtre et de la mise en scène.

Eucharis : ballet-pantomime en deux actes
chorégraphie et argument de Jean Coralli.
- Paris : Théâtre de l'Opéra-Le Peletier, 7 août 1844]

Eucharis
Dix maquettes de costumes, par Paul Lormier (1813-1895) - 1843-1844

Maquette
Faune

Maquette
Télémaque

Maquette
Nymphe, Eucharis

Maquette
Satyre

Maquette
L'Amour sous la forme d'un matelot grec, Mlle Maria

Maquette
Ulysse, M. Queriau

Maquette
Mentor, M. Elie

Maquette
Vénus, les Trois Grâces

Maquette
Pénélope

Maquette
Minerve

II. - La direction avec laquelle j’étais en bons termes depuis le succès de mon début me fournit gracieusement l’occasion de me produire seul. M. Pillet me confia la musique du ballet : Eucharis, dont il était l'auteur (anonyme).

Cette fois ce fut avec Coralli, maître de ballet, avec qui j’eus affaire. Son organisation musicale n’admettait pas de motifs dont le point d’appui ne fut sur le temps fort, et la carrure incertaine. Autrement il s’en prenait à sa perruque qu’il tourmentait sur sa tête jusqu'à temps qu’il eût trouvé le rythme qu’il enjolivait ensuite de pas charmants. Sa chorégraphie était poétique, ses groupes délicieux de poses, sa mise en scène entendue et variée, par la diversité de coutumes et de couleurs appropriées à chacun d’eux. Le premier acte fut réussi véritablement. Mais le second fut empoigné. La scène de somnambulisme de Télémaque muni d’une lanterne sourde, comme un simple pompier, fut un comble, qui fit éclater les rires précurseurs d'une chute inévitable. Le ballet ne put se relever; il eut ses six représentations règlementaires en pareil cas, et encore !

La musique fut remarquée cependant, durant le court espace qui lui était fatalement assigné, et il n'est resté de cette partition, bien vite oubliée, que le Finale du 1err acte, la bacchanale aux flambeaux, qui fut exécutée par la suite au concert du Trocadéro, lors de l'Exposition de 1878. C’est dans Eucharis que le cornet à piston se fit entendre pour la première fois dans un solo important affecté à la danse, et accompagné par les quatre cors de l'orchestre. La virtuosité, le style distingué de Forestier se firent jour. Il eut un succès dont on se souvint.

Paquita : ballet-pantomime en deux actes
chorégraphie de Joseph Mazilier.
- Paris : Opéra-, 1er avril 1846]

Paquita
Onze maquettes de costumes, par Paul Lormier et Hippolyte d'Orschwiller - 1846

Maquette
Hussards. Sept régiments

Maquette
Chevau-légers lancier, 1er régiment, 1807-1814

Maquette
Grenadier à cheval

Maquette
Aide de camp d'un général de division

Maquette
Jeune fille espagnole

Maquette
Madame la duchesse douairière d'Orléans

Maquette
Costume parisien, robe et manteau de cour, an XIII

Maquette
Paquita, Mlle Grisi, Ier acte

Maquette
Paquita, Mlle Grisi

Maquette
Majo

Maquette
Bohémien contrebandier, M. Elie

III. Cette non-réussite dont la cause n'était point imputable au musicien, dans l’opinion des abonnés, resserra encore les liens qui m’unissaient à l’administration.

En effet, M. Pillet, peu de temps après, pour reconnaître la malchance qui m'avait servi, disait-il, me confiait un nouveau livret important et sur lequel il comptait beaucoup : Paquita.

Il mettait à ma disposition les premiers sujets, Carlotta Grisi, Adèle Dumilâtre, Plunkett, Petipa, Elie, etc. - et pour maître de ballet Mazillier avec qui j'ai toujours eu une collaboration intelligente et des plus agréables. Il ne faisait rien qu'après avoir entendu et médité longuement la musique, après avoir profité des intentions scénique du musicien, qu’il savait mettre en lumière. Vrai et seul moyen pour éviter les changements, coupures, retouches, suppressions, etc.…

L’ouvrage fut réussi complètement. La pantomime, partie très développée et dont l’expression toujours soumise aux attributs de la danse, était, pour ainsi dire, imagée de poses voluptueuses, de pas élégants, d’attitudes gracieuses qui mêlaient le charme à l’action, sorte de dialogue alternant avec la musique - La pantomime de la danse - comme par exemple, la substitution de place des pistolets, au 2ème acte; le "tour" de la cheminée : la Bohémienne tournant sur elle-même et disparaissant à vue sans que le brigand pût accomplir son dessein sinistre.

La chorégraphie présentait des ensembles ravissants, tels que le Pas des Manteaux, ayant en tête M. Caroline (Me Dominique) au premier acte, etc.

Les danses, pas, échos, variations, finale, le tout fut réglé avec un art comparable à celui de l’exécution des sujets, étoiles de la danse. - Maintes fois j'entendis dans les coulisses Carlotta dire à Mazilier : Oh! maître que les pointes me font mal, etc.

Enfin ce ballet Empire eut un très grand succès : chorégraphie, danse, musique, etc., avec rappels des sujets.

J'assistai à la représentation. Il n’en fut pas de même pour mes précédents ballets où je me promenais sur le boulevard pendant la première. - Et rentrant à la fin du 3ème acte de Lady Henriette, je fus agréablement surpris d’entendre fredonner par le public sortant des motifs de ma partition.

J’eus une émotion différente pour Paquita. Le dénouement s'effectuait sur le coup de minuit et Mazillier ne voyant personne autour de lui pour frapper les douze heures, me chargea à l'improviste de ce soin. Avec moi, me dit-il, il était tranquille, tandis que de mon côté, j’étais dans des transes affreuses. J’avais une peur bleue d’en frapper treize; et j’eus beaucoup de peine à aller en mesure.

Enfin tout alla pour le mieux, et malgré mon organisation musicale, je finis par m’en tirer à la satisfaction de Paul Foucher lui-même qui comptait sur un effet.

Tel fut le résultat de cette soirée, du ballet "Empire" qui me valut les félicitations de mes camarades d’orchestre - après m’avoir souvent dit avec malice "Tu fais la musique du nouveau ballet… tant pire !…"

Vert-Vert : ballet-pantomime en trois actes
chorégraphie de Joseph Mazilier.
- Paris : Opéra-, 21 novembre 1851]

Mlle Plunkett
Mlle Plunkett, rôle de Vert-Vert, Théâtre de l'Opéra - A. L. [sig.]
[Par Alexandre Lacauchie - Martinet, Paris, 1851

Esquisse
Vert-vert : esquisse de décor de l'acte III, tableau 1 par Charles Cambon - 1851

Esquisse
Vert-Vert : esquisse de décor de l'acte III tableau 1 : petit salon formant l'entrée du dortoir, par Charles Cambon - 1851

Vert-Vert
Neuf maquettes de costumes, par Paul Lormier - 1851

Maquette
Page du roi Louis XV. Le marquis de Luzy, le comte de Montbazon et le baron de Guébriant

Maquette
Vert-Vert, Mlle Plunkett, 1er costume

Maquette
Colombus, précepteur de Vert-Vert

Maquette
[Costume], ballet

Maquette
Sylvia, jeune danseuse, 2e acte

Maquette
Le berger galant, M. Bauchet

Maquette
Un directeur de spectacle, ballet (redingote, 1729)

Maquette
Diane (variante de Gustave), Mlle Priora

Maquette
[Costume], M. Petipa (variante de Gustave)

Estampe
Théâtre de l'Opéra, Vert-Vert, ballet : estampes / analyse par Emile Marcelin - Paris, 1851

IV. Après le succès éclatant de Paquita, il m’était facile d'obtenir un poème d‘Opéra. M. Pillet recevait une fois la semaine dans les salons de l’ancien hôtel Choiseul, qui plus tard furent affectés aux répétitions des chœurs et du double quatuor. Ces soirées étaient charmantes. Mme Stolz, Carlotta Grisi, Melle Nau et tous les premiers sujets de la danse et du chant en faisaient l'ornement. Il y avait là réunis tous les principaux personnages de la littérature, des beaux-arts, de la presse; tous les auteurs à succès.

A l'un de ces bals, ma soirée ayant commencé par une séance de musique d'accompagnement avec mon ami Emile Rignault, je me rendis pédestrement de la rue de Londres au passage de l'Opéra où je me fis vernir. C’était la mode alors: celle de retrousser les jambes du pantalon n'avait pas encore paru.

Je gagnai par le petit passage noir l’entrée des artistes et m'installai dans la loge de Mme Crosnier. les pieds sur le grillage en fer, faisant sécher mon vernis à son foyer toujours embrasé, lorsque vint à descendre du théâtre, où elle s'était habillée de blanc comme une mariée, Mme Nau. Ah! c'est vous me dit-elle. - Eh bien! vous allez me donner votre bras. - Et nous voilà traversant la cour poussée par un vent glacial. J’étais dans mes petits souliers - c’est le cas de le dire - tremblant de peur que sa robe ne vint à frôler ma chaussure et noircir sa toilette.

Pendant tout le bal, je fus aux petits soins auprès d'elle, voulant m'assurer si aucune tache compromettante n'altérait la blancheur de sa robe plus blanche que la blanche hermine, aussi mes amis ne manquèrent pas de me ranger parmi ses adorateurs.

Ce fut entre un quadrille où je dansai avec Carlotta et la valse de Paquita, que M. Pillet me mit en rapport avec Hippolyte Lucas.

A cette époque, on jouait beaucoup de petits opéras en un ou deux actes, devant les grands ballets qui prenaient toute l'importance de la soirée et de l’affiche.

Adam était l'auteur fécond qui alimentait presque à lui seul la combinaison du ballet, et de l'opéra comme lever de rideau : Richard cœur de lion, Le Fanal, La Bouquetière qui fut jouée avec Paquita, donnaient le ton de la musique légère qui avait encore droit de cité.

Ce fut donc dans cet ordre d’idées que l'auteur de La Bouquetière, Hippolyte Lucas, me gratifia d'un poème en deux actes - "Le Violon Enchanté" - lequel reçut grand nombre de changements, de transformations, de mutilations, et qui finit par rester dans mes cartons.

Dans cet intervalle la direction changea et Nestor Roqueplan avec qui je devais être par la suite, comme avec M. Pillet, dans les meilleurs termes, me conseilla d'en faire mon deuil, et de renoncer à un poème aussi niais. Alors pour me dédommager d'avoir travaillé inutilement sur un livret qu'il destinait au panier, il me promit le poème de Vert-Vert, de M. de Leuven, lequel devait passer prochainement, me dit-il.

Girard (voici où j’ai l'occasion de le citer pour la première fois: ce ne sera pas la dernière) en apprenant cette décision directoriale fit si bien qu’il obtint pour son protégé, Auguste Tolbecque, second violon à l'Opéra, de m’être adjoint comme collaborateur. Nestor n’osa refuser à son chef d’orchestre ; mais j'exigeai avoir la première moitié de l'ouvrage, afin d’être nommé en premier sur l'affiche. Nous fîmes donc trois actes à deux; moi le premier acte et la moitié du second, lui, l'autre moitié du second, et le troisième acte.

Mais le ballet éprouva des retards successifs. D’abord ce fut le voyage en Russie de Mazillier qui nous fit attendre son retour. Ensuite ce fut le règne de la Cerito, puis Saint -Léon, nommé maître de ballet en remplacement de Mazillier; et nous d'attendre toujours!

Enfin, il fallut bien se décider à donner un ballet prêt depuis des mois, entièrement réglé et demandant à voir la rampe. Saint-Léon fut chargé de la révision de la mise en scène. Ce qui explique les changements, les coupures qui vinrent nous assaillirent à la dernière heure.

Le ballet eut assez de succès néanmoins. Plunkett était charmante, en travesti, sous les trais espiègles de Vert-Vert. Les morceaux qui de mon côté furent remarqués entre autres (par Halévy qui assistait à la première représentation, non loin de moi, à mon pupitre. car Girard ne me permit pas d'aller sur le théâtre surveiller la représentation), sont la marche funèbre de Vert-Vert, ses adieux, le voyage, etc. - Pour ce qui estl de la leçon de danse, qui avait produit un grand effet sur les musiciens, elle fut supprimée ou tout au moins il n’en resta pas grand chose.

Cette musique caractéristique, je l’utilisai par la suite. J'avais lu et relu le poème de Gresset, lorsque j’y découvris la nature des principaux éléments symphoniques, ainsi que le plan «de la symphonie elle-même. - Symphonie de caractère qui répondait admirablement dans sa facture au titre de Symphonie Héroï-comique.

En effet, la division naturelle de l'œuvre s’appliquait aux divers morceaux traités par les symphonistes classiques.

Première partie :
N° 1. Introduzione. - A Matines. - La Prière - Sentiments tendres.
N° 2. Scherzo. - Le Parloir.
N° 3. Andante. - Les Adieux.

Deuxième partie :
N° 4. Allegro. - Le Voyage.
N° 5. Minuetto. - L'arrivée.
N° 6. Finale. - Le Retour. - Marche Funèbre. - Apothéose.

Portrait
Mlle Lucile Grahn de l'Académie Royale de Musique, par Henri Grévedon - 1845
Éditeur[s] : publié par Goupil et Vibert (Paris) ; Verlag von L. Sachse & Cie (Berlin) ; pub. by the Anaglyphic Company (London)

V. Pendant le peu de temps qui s’écoula entre Paquita et Vert-Vert, j'eus l'occasion d’écrire deux autres ballets : Mazarína et Yanko le Bandit . L'un, sur commande, pour Lucile Grahn, - Ambroise Thomas occupé en ce moment ne pouvait l'écrire; il me pria, dans une lettre des plus flatteuses, de vouloir bien me mettre en son lieu et place. Voici sa lettre :

Mon cher ami,

J’ai vu ce matin mademoiselle Lucile Grahn, je lui ai dit que vous pouviez dans ce moment vous charger d’écrire son ballet ; elle connaît "Lady Henriette" ainsi que "Paquita", elle a donc la plus grande confiance en votre talent.

Je lui ai annoncé votre visite, elle vous attend demain vendredi à 10 heures précises du matin.

Voici l’adresse :

(Mademoiselle Lucile Grahn rue Laffitte 25)

Voyez, et tâchez de vous entendre.

A vous de tout cœur.

Ambroise THOMAS.

Jeudi 27, 1816

Je fis servir pour cette nouvelle partition, une partie de la musique d’Eucharis. J'étais assuré d'être à couvert de cette fraude, de ce double emploi de musique, vu qu’après les six représentations d'usage, j'avais repris mon manuscrit qui bien entendu n'avait pas été édité. D'ailleurs ce fut après informations faites à Lucile Grahn, qui ayant entendu la musique la trouva de son goût. J’allais composer, non sous sa dictée, mais d’après ses ronds de jambes, les pas, les échos, les variations qu'elle exécutait devant moi, "en danse", c'est-à-dire en costume de répétition, pendant que de mon côté, j’improvisais sous son inspiration. Elle m'arrêtait parfois pour me faire insister sur un passage ou on devait, disait-elle, la trouver jolie. En effet sa pose était charmante, pleine de grâce : ses bras apposés sur le dos de mon fauteuil, les jambes tricotant sur les pointes, elle devait infailliblement soulever les suffrages que je lui adressais moi-même par le concours obligeant d'une psyché qui la reflétait fidèlement.

Le ballet eut un certain succès dans la tournée qu'elle entreprit dans toute l’Italie. A son retour, en repassant par les mêmes villes où elle avait triomphé, où son nom était encore en vedette sur certaines affiches restées posées, elle ne fut pas peu surprise d'entendre sa musique, la mienne, qu'on avait retenue et réinstrumentée selon l'appropriation qu'on lui donnait. Elle m’instruisit du fait, me chargeant d'intenter un procès. Je chargeai un de mes parents de l'affaire. Il ne put rien obtenir. J'ai encore les paperasses qui furent échangées à ce sujet.

Théâtre
Théâtre de la Porte Saint-Martin, dessin - 18[…]

VI. L’autre ballet en un acte : Yanko Le Bandit fut donné à la Porte-Saint-Martin. Théophile Gautier m’avait prié d'être son collaborateur. Marc Fournier, directeur du théâtre, m'assurait une prime équivalant aux droits de quarante représentations à l'Opéra.

Ce fut Honoré, le maître de ballet, qui fut chargé de la chorégraphie.

Au divertissement, Yamini (Mlle Battaglini) danse, les yeux bandés, le célèbre pas des Œufs, "sans en casser un seul" (ils étaient durs!… de la vraie pierre). Mais les applaudissements qu'elle recueille ne découragent pas sa rivale, Vassilia (Mlle Guichard) qui exécute la danse des épées.

L'orchestre d'alors était restreint et peu habile. Je me souviens qu'à la lecture de la musique, j’avais eu un tel mal à faire marcher l’orchestre que, fatigué, énervé au dernier point, je me rendis immédiatement après au café Véron où m'attendaient des amis avec lesquels je devais me trouver à l'Opéra. Car ce dimanche-là on jouait comme de coutume. Ils m’apprirent un relâche subit dont ils avaient eu connaissance pendant que j'étais à ma répétition. Nous fîmes fête alors et au relâche, surprise agréable, et au succès espéré de mon ballet.

Mais comme j’étais à jeun, après avoir pris un petit verre de Chartreuse, je sortis du côté de la rue Vivienne et j'allai droit embrasser un cheval qui stationnait devant le café.

Une autre émotion se produisit en moi, à la répétition générale, en costume, salle comble, à laquelle j’assistais dans une loge avec ma famille. Après Les Mères repenties de Mallefille, vint, passé minuit, le tour du ballet. Cela commença par marcher assez bien, mais vers la fin, la musique n'étant pas achevée de copier, ce furent les crin-crin, deux violons répétiteurs qui remplacèrent tout à coup l'orchestre. Une douche d'eau glacée tombant à l’improviste sur les spectateurs, comme dans un incendie, ne produirait pas un autre effet que celui qu'en secret m’avait réservé l’attentionnée direction — pas pour la musique, du moins — de la Porte Saint-Martin.

1. Les images affichées et à feuilleter sur cette page ne sont pas extraites de l'ouvrage ; elles proviennent toutes des collections de la Bibliothèque Nationale de France.

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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