La Danse Corps et Graphies - Adolphe Adam de bals habiles en balabiles - Acte II

Sa blanche Giselle fut telle une maîtresse, l’accroche à la croche; pour Piotr Ilitch Tchaïkovsky dans ses dansées compositions, il fut un maestro…
Adolphe Adam, au hasard des scènes, des voies porté, des pas et des voix, à l’air célèbre dans les plus grands théâtres, comme dans les maisons les plus petites, de matinée en soirée et en "Minuit Chrétien", cantique de Noël dont il fit l'air sur une prière de Placide Cappeau.

…En portées d'une dernière soirée de printemps, la partition resta inachevée : le Maître, au demain matin, fut emporté.

Portrait…
Adolphe Adam, par Marie Alexandre Alophe - 1838

Marche funèbre pour les funérailles de [l']"Empereur"

Dans l'aurore de mai 1856, La France Musicale couvre ses colonnes d'une ombre : Marie et Léon Escudier, co-rédacteurs du journal, annoncent la nouvelle brutale de la mort d'un musicien, et bientôt, rapportent en saluts, bouquets d'"épitaphes", les obsèques du compositeur.

La France Musicale
Directrice : Marie Escudier
Rédacteurs : Marie et Léon Escudier

Mort de M. Adolphe Adam

Nous sommes dans la consternation : hier, à onze heures du soir, nous étions avec un de nos plus intimes amis, Adolphe Adam, causant de choses et d’autres, dans la loge de l’Administrateur de l’Opéra. Il avait l’humeur joyeuse et ne semblait pas le moins du monde atteint par la maladie.

En nous quittant, il a pris le bras de M. de Saint-Georges, et les deux amis sont allés ensemble au Théâtre-Lyrique.

Après le spectacle, Adam est rentré chez lui. Avant de se coucher, il a écrit une lettre et quelques notes de musique qui sont restées sur son piano.

Ce matin à huit heures, Mme Adam entrait dans la chambre de son mari, elle l’appelait et il ne répondait pas. Adolphe Adam était mort.

M. Marchal de Calvi a constaté qu’Adolphe Adam est mort d’un épanchement du cœur, et que l’extinction de ses facultés vitales a dû être si prompte, qu’il n'a pas eu le temps de pousser un cri.

Cet événement cause dans Paris la plus vive et la plus profonde émotion. Pour notre compte, nous en avons le cœur brisé.

Adolphe Adam avait à peine cinquante-trois ans. Il était officier de la Légion d’honneur, membre de l’Institut et professeur de composition au Conservatoire impérial de musique. Ce n’est pas le moment de rappeler les diverses phases de cette carrière si courte et si bien remplie. Qu’il nous suffise de dire qu’il n’y a pas de nom plus populaire et de musicien plus aimé. Toute la France en portera le deuil.

Les obsèques de M. Adolphe Adam auront lieu lundi 5 mai, à 11 heures, en l’église de Notre-Dame-de-Lorette, sa paroisse.

Ceux de ses amis qui n’auront pas reçu de lettre d’invitation sont priés de considérer comme telle le présent avis. On se réunira à la maison mortuaire, rue de Buffault, 24.

Marie et Léon Escudier : La France Musicale - 4 mai 1856

Obsèques d'Adolphe Adam

Lundi dernier ont eu lieu les obsèques de M. Adolphe Adam, membre de l’Institut. Une foule immense suivait le convoi. Les coins du poêle étaient tenus par MM. Auber, Halévy, Ambroise Thomas, Carafa, le baron Taylor, membre de l’Institut, M. de Saint Georges, M. Perrin, directeur de l’Opéra Comique, M. Carvalho, directeur du Théâtre Lyrique.

Le corps a été porté à l’église Notre-Dame de Lorette, qui s’est trouvée trop petite pour contenir tous ceux qui étaient venus rendre un dernier hommage au musicien populaire, dont la mort a été si précipitée.

Les artistes des théâtres lyriques réunis à ceux de la Société des jeunes artistes, sous la direction de M. Tilmant aîné, ont exécuté divers morceaux d’Adolphe Adam, la Marche, le Kyrie de la messe de Sainte Cécile, la Marche avec harpe de l’Assomption, le Lacrimosa du requiem de Mozart et le Parce nobis adapté à la musique du Wallace de Méhul. La prose de la messe a été chantée par MM. Roger, Barbot, Faure et Bussine avec un sentiment qui témoignait de la part qu’ils prenaient à la douleur universelle.

Après la cérémonie religieuse, le cortège s’est acheminé vers le cimetière Montmartre. Tout se qu’il y a dans paris d’artistes et d’écrivains éminents ont accompagné le corps du défunt jusqu’à sa dernière demeure.

Sept discours ont été prononcés sur la tombe du compositeur tant regretté : l’un par M. Halévy, membre de l’Institut ; l’autre par M. le baron Taylor, Président des Sociétés des auteurs réunis ; le troisième par M. de Saint Georges, qui a été l’un des plus habiles collaborateurs de M. Ad. Adam ; les quatre autres ont été prononcés par M. Maquet au nom des auteurs dramatiques, par M. Sauvage, par M. Bataille, au nom du Conservatoire, et M. Delaporte, au nom des associations chorales.

La mort de M. Adolphe Adam est un deuil pour l’art, un deuil pour les nombreux amis qui l’ont suivi dans son existence laborieuse et honnête. Ceux-là ont pu apprécier l’excellence de son cœur et le charme de son esprit/ Il laisse un grand vide au milieu d’eux.

Le soir des obsèques le Théâtre Lyrique et les Bouffes Parisien ont fait relâche. L’Opéra a joué le Corsaire, mais l’Empereur a voulu que le produit de la représentation fût versé entre les mains de Madame Adam. La recette s’est élevée à 9, 778 fr.

Pour aujourd’hui nous laissons la parole à ceux qui ont parlé sur la tombe de notre ami. Dimanche prochain nous dirons à notre tour se qu’il fut et ce qu’il a fait.

Discours de M. Halévy

Messieurs,

Hier, vous étiez réunis pour commencer les épreuves d’un concours solennel. Vous alliez ouvrir la carrière à des jeunes compositeurs ambitieux de mériter ce prix dont la couronne est à Rome. Tout à coup des sanglots retentissent. Un de ces jeunes artistes venait, tout en pleurs, vous apprendre la mort de son maître, de notre confrère, de notre ami. La mort l’avait frappé en silence, pendant la nuit, au milieu de sa famille, près de l’ouvrage terminé de la veille, près du travail nouveau déjà commencé par cette main que nous avions crue infatigable.

Nous voici donc de nouveau réunis autour d’une tombe, et le deuil est une fois de plus entré dans nos cœurs. Hier encore, celui qui nous est enlevé avant l’âge était plein de force et d’ardeur; aujourd’hui, cette flamme si vive est éteinte, le souffle ardent s’est glacé, la source abondante est tarie, la voie mélodieuse se tait pour jamais.

Adolphe-Charles Adam naquit à Paris, le 24 juillet 1803. Son père, Louis Adam, était un professeur célèbre. Il reçut presqu’en même temps, dans la maison paternelle, et les premiers soins donnés à l’enfance, et les premières leçons de l’art qui devait l’illustrer. La musique fut pour lui une langue qu’il entendit parler dès le berceau. Il fut de bonne heure admis au Conservatoire. Boïeldieu se chargea bientôt de le guider et d’instruire cette jeune et facile intelligence. A vingt ans, Adolphe Adam prit part au concours de l’Académie et mérita une mention honorable ; l’année suivante, l’Académie lui décernait le second prix. Mais le jeune lauréat était trop impatient, trop avide de produire pour se soumettre à une troisième épreuve, il alla sur-le-champ demander au théâtre une instruction plus pratique. Il composa dès lors une foule de petits airs, mélodies déjà ingénieuses, mettant au service de la musique, dès ses premiers pas dans la carrière, un esprit fin, gracieux et délicat. Ses essais heureux le firent bientôt appeler sur nos premières scènes lyriques. Tout le monde sait quels succès l’y attendaient.

M. Adolphe Adam eut, à une époque de sa vie encore peu éloignée de nous, une lutte pénible à soutenir contre la mauvaise fortune. Il la soutint avec courage, et il est bon de la rappeler ici, perce qu’elle honore son caractère. Entraîné dans la ruine d’une entreprise qu’il avait fondée par amour pour son art et pour favoriser, autant qu’il le pourrait, les premiers essais des jeunes artistes en leur ouvrant une arène nouvelle, il vit disparaître dans cette ruine le produit de travaux déjà nombreux. Bien plus, l’honneur de son nom pouvait être menacé. Il redoubla d’efforts et engagea l’avenir de ses travaux, qui semblèrent se multiplier sous la plume féconde et abondante. Qui peut dire si ce labeur sans repos n’a pas détruit cette force toujours active ? Qui sait si cette mort rapide et prématurée qui l’a foudroyé n’est pas elle-même le payement cruel de cette dette d’honneur ?

La réputation d’Adolphe Adam était déjà brillamment établie lorsqu’en 1844 l’Académie des Beaux-arts l’appela à remplacer M. Berton. Il fut, en 1848, nommé professeur de composition du Conservatoire de Musique.

Ce n’est pas ici le lieu de parler des nombreux ouvrages d’Adolphe Adam, ouvrages charmants, populaires dans toutes les langues, naturalisés sur tous les théâtres. Les esprits cultivés, les intelligences éclairées savent comment l’artiste produit. Ils savent que le labeur est quelquefois caché sous la production la plus légère ; que ce moments heureux de travail facile et inspiré, l’artiste ne les obtient qu’au prix d’une émotion profonde, d’une dépense de l’âme. L’inspiration ! n’est-ce pas la vie elle-même qui s’exhale et remonte à sa source divine ? Mais le public frivole ne voit souvent dans les œuvres de l’artiste que la distraction offerte à ses loisirs. Ne troublons pas plus longtemps le silence de ce dernier asile, et respectons la majesté de la mort.

Adieu donc, mon cher Adam, mon cher émule. Reçois par ma voix les derniers adieux de tes confrères qui t’ont aimé d’une affection sincère, qui te pleurent avec une douleur profonde. Tu meurs laissant après toi le souvenir d’harmonieux concerts, d’un esprit aimable et charmant, d’un cœur toujours dévoué, toujours affectueux et bienveillant.

Discours de M. Maquet

Messieurs,

Ce n’est pas sans un douloureux saisissement que je viens, au nom de la Commission des Auteurs et Compositeurs dramatiques, déposer la dernière couronne sur cette tombe ouverte tout à coup comme un abîme. Je la vois avec stupeur prête à engloutir tant de renommée bien acquise, tant de créations encore palpitantes, et, le dirai-je, en parlant d’un si riche passé, -- tant d’espérances. Oui, messieurs, d’espérances. Ce mot, symbole et attribut de toute jeunesses, de toute force, caractérise éminemment l’homme auquel, hier encore, beaucoup d’entre nous souriaient et pressaient la main. Plus que jamais jeune, épanoui, confiant, il portait sans fléchir, en se jouant, le poids glorieux d’une œuvre déjà immense, qu’il semblait tout prêt à recommencer.

Dieu a créé les esprits heureux pour qui le travail est, comme le souffle, la condition, une fonction, une jouissance de la vie. Ceux-là ne se lassent pas dans leur fécondité, ils ne s’épuisent pas. Un jour ils disparaissent, c’est la loi commune ; ils étaient jeunes comme au début, ils n’eussent jamais vieilli.

Leur pensée, ce souffle magique qui s’exhalait d’eux et charmait le monde, continue à vibrer quand ils sont partis ; et c’est ce bruit, qu’ils n’entendent plus, qui s’appelle leur gloire.

Mais, messieurs, quand nous voyons disparaître une de ces intelligences qui faisaient notre orgueil et nos délices, les regrets s’augmentent de tous les chefs-d’œuvre que l’artiste emporte et que nous espérions de lui. Les trésors que nous gardons ne consolent pas de ceux que sa mort nous ôte. On ne le pleure pas seulement, on le cherche, on l’appelle, il manque. Et ce n’est pas une gloire commune à tous les génies de laisser inassouvis, après eux, l’admiration et l’amour des contemporains.

Tout à l’heure, une voix qui nous est chère, une voix pleine de poésie et d’autorité, énumérait les qualités brillantes de l’œuvre d’Adolphe Adam.

Vous avez entendu vous saviez tous combien de triomphes, et quels triomphes ! ont consacré à jamais, sur toutes les scènes, dans tous les genres, la mémoire de ce trouveur charmant, de ce génie étincelant de vie et de lumière, de cet esprit de bonne humeur, tout vaillant d’élan français. Je me garderai bien d’affaiblir par des mots l’appréciation si sûre du grand maître que vous venez d’entendre. Depuis qu’il a parlé, ma tâche est plus courte. En présence de ce deuil soudain, qui fait dans nos rangs un vide irréparable, que dirai-je à des amis qui pleurent ? car hier ils possédaient leur ami et ne doivent plus le revoir. Que dirai-je à tout ce pays où son esprit et son âme, épars avec ses chants, étaient aimés, populaires comme son nom, à ce pays où nul demain ne pourra plus répéter sans mélancolie ses mélodies les plus joyeuses ? Non, je ne consolerai pas, et je ne veux point consoler. Mais à lui, à cet illustre mort, tué d’un seul coup, sans agonie, en pleine fleur, en pleine gloire, en pleine œuvre, sur notre champ de bataille, à lui, je ne saurais m’empêcher de dire avant le suprême adieu :
Si court qu’ait été son passage ici bas, celui-là n’a rien à regretter à qui Dieu, dans sa magnificence, accorde, comme à toi, Adolphe Adam, une seconde vie sur terre ? Cette vie de l’œuvre et du nom, Dieu ne le retire plus lorsqu’il l’a donnée. Elle commence pour toi, dès aujourd’hui, avec la postérité.

Discours de M. de Saint Georges

Messieurs,

C’est au nom des collaborateurs de notre cher Adolphe Adam que je viens apporter de nouveaux et douloureux regrets sur cette tombe !...

Ces lieux ont déjà retenti, messieurs, des expressions d’une juste et vive admiration pour celui que la mort vient de nous enlever !...

Nous aussi, messieurs, nous l’admirions, et peut-être plus que vous encore; car nous assistions presque chaque jour au prodigieux et rapide enfantement de ses œuvres charmantes, dont le souvenir est impérissable ! Et si quelques fleurs de sa riche corbeille s’effeuillaient parfois sous sa main trop prompte à cueillir, d’autre vivaient, belle, brillantes et durables, résistant au temps et au goût changeant de la foule ! C’est alors, messieurs, si je puis m’exprimer ainsi, c’est alors qu’Adolphe Adam avait improvisé en bronze !...

Après les larmes versées sur le grand artiste, messieurs, il en coule de plus abondantes encore sur l’homme de cœur, sur l’ami, sur le frère en travail, sur le collaborateur bien-aimé !...

Et qui peut aujourd’hui vous en parler mieux que moi, messieurs !... Il a fait avec moi son premier grand ouvrage ; son dernier grand succès m’a retrouvé son fidèle collaborateur ; et pendant ces vingt années de travaux, mêlés et confondus ensemble, que d’émotions à deux ! que de fusions de pensées, de sentiments, d’espoirs, de crainte, de tristesse et de bonheur !...

C’est alors, messieurs, et vous l’avez presque tous éprouvé, c’est alors que deux âmes ne sont plus qu’une âme !... que deux cœurs battent si bien ensemble que leurs deux battements n’en forment plus qu’un !...

Alors, messieurs, ni les liens du sang, ni ceux de l’amitié ne peuvent être plus intimes que l’union intime de ces deux hommes, espérant, souffrant, ou triomphant ensembles !...

Ah ! messieurs, quelle douceur ineffable il y a dans l’embrassement de deux collaborateurs après le succès !...

Voilà ce qui est à jamais perdu pour nous, avec celui que nous pleurons...et ce n’est pas seulement dans ce moment de suprême joie que tu nous manqueras, cher Adam !

Qui nous rendra cette grâce exquise dans le travail en commun ? ...cette ardeur charmante qui ranimait la nôtre...cet esprit égal et si jeune que nous retrouvions toujours vif et brillant dans nos chères et douces collaborations ?

Qui nous rendra surtout l’ami dévoué dans le chagrin ? l’ami heureux du succès de l’ami ?

Faut-il vous le rappeler aussi, messieurs ? ... Cette plume sous laquelle coulaient des flots de mélodie savait adoucir la critique dont cet éminent esprit était chargé...Il savait combien la production est difficile !... Il traitait avec bienveillance les ouvriers de la pensée qui cultivaient le même champ que lui... et il faut le dire à la louange de cette noble nature, plus l’âge qui nous rapproche de notre carrière, arrivait pour Adam, plus la critique était douce pour ses confrères, plus il était encourageant pour ses jeunes rivaux !

Que ceux qui l’ont admiré, messieurs, que ceux qu’il a soutenus ou obligés, que ceux, enfin, qui l’ont aimé, le pleurent, et les larmes de tous couleront sur la tombe de celui que nous pleurerons éternellement nous-mêmes !

Discours de M. le Baron Taylor

Après les éloquentes paroles qui viennent d’être prononcées, notre vive émotion nous laisse à peine la force d’exprimer notre profonde douleur.

Adolphe Adam, ce compositeur si riche de mélodie, si ingénieux, cet homme d’un esprit ravissant, est arraché, dans la force de l’âge, à sa famille, à ses mais, à ses confrères, à ses élèves ; il est frappé par la mort au moment de ses plus brillants succès.

Adam est un des fondateurs de l’Association des artistes musiciens. Il fut aussi le créateur du second théâtre lyrique qui a rendu tant de services aux compositeurs, à l’art musical et aux entreprises théâtrales dans toute la France.

Fils de Louis Adam, l’un de nos premiers professeurs de piano, mort en 1848, âgé de quatre-vingt-dix ans, Adolphe Adam était né à paris en 1803. Il fut admis en 1817, au Conservatoire, où il étudia l’harmonie dans la classe de Reicha et la composition dans celle de Boïeldieu.

Au début de sa carrière musicale, il écrivit un grand nombre de petits morceaux sur des thèmes variés, des couplets, des romances, des finales, pour les théâtres des Nouveautés, du Vaudeville et du Gymnase.

M. le Baron Taylor énumère les nombreux travaux du célèbre compositeur et termine ainsi :

Travailleur infatigable, auteur heureux et fécond, Adolphe Adam s’est placé au rang des compositeurs d’opéra comique les plus distingués. Elu membre de l’Académie des Beaux-Arts en 1844, il a été nommé, en 1848, professeur de composition au Conservatoire.

Ecrivain spirituel, critique élégant et de bon goût, il a publié, dans la France musicale, le Constitutionnel et l’Assemblée nationale de nombreux et charmants articles qui serviront à l’histoire de l’art et placent Adolphe Adam parmi nos meilleurs journalistes.

Pour l’Association des artistes musiciens, dont je suis ici l’interprète, Adolphe Adam a composé une messe de Sainte Cécile, qui est une des plus belles productions de l’art moderne, et une symphonie religieuse de la métropole. La bonté de son cœur égalait la vivacité de son esprit. Combien il était heureux quand nos Sociétés adoptaient les orphelins que sa bienveillance avait secourus ! Le fils d’Anténor Joly, le directeur du Théâtre-Lyrique, a précédé son bienfaiteur dans le tombe ; mais il reste encore un de ces orphelins qu’il nous a légués ; il suit le deuil du second père qu’il vient de perdre et mêle ses larmes aux nôtres.

Adolphe Adam s’est éteint sans souffrances ; la mort, il ne l’a pas sentie ; elle a été la prolongation de son sommeil.

Des collègues moins émus, parce qu’ils ne parleront pas devant une tombe ouverte, raconteront mieux que nous cette existence si bien remplie, si glorieuse ; mais aucune expression ne rendra notre douleur, celle de cette assistance nombreuse qui, pour la dernière fois te prouve ses sympathies et te dit, ainsi que tes amis, tes confrères, un éternel adieu !

Discours de M. Bataille

Cher et bien-aimé maître,

Si j’avais été seul à vous chérir et à vous pleurer, ma douleur fût restée muette et j’eusse gardé mes regrets profondément ensevelis au fond de mon cœur, sanctuaire des amis qui ne sont plus. Mais parmi tous ceux qui vous ont connu de près ou de loin, je chercherais en vain un cœur indifférent dans cette foule qui gémit au bord de votre tombe, j’épierais inutilement sur les visages autre chose que l’amertume et le deuil.

Tous sont atterrés, confondus devant la rapide catastrophe qui vous a séparé d’eux en quelques heures, et c’est au nom de ceux qui ne peuvent ou n’osent vous dire tout haut un adieu désolé, c’est au nom surtout de cette école qui vous a vu naître et mourir au monde des arts, que je dois à mon tour vous parler pour la dernière fois.

Puissent les larmes ne point étouffer ma voix et me permettre d’accomplir jusqu’au bout ma tâche douloureuse. Vos souhaits ont été exhaussés, maître. Vous m’aviez souvent témoigné le désir de ne point arriver à l’heure fatale à travers les angoisses de l’agonie : la mort vous réservait ce dernier bienfait. Elle vous a frappé d’un seul coup, sans hésiter, pendant votre sommeil.

Je ne pouvais, je ne voulais pas croire à cette affreuse nouvelle. J’ai couru jusqu’à cette maison où m’appelait si souvent votre amitié...Tout y respirait encore l’existence de la veille : votre plume était à peine séchée; sur des feuillets épars, une œuvre ébauchée quelques heures avant...près de là, vos meubles favoris...Un instant j’ai cru que votre voix m’allait tirer d’un rêve horrible. !... navrante illusion !... A quelques pas de là, dans la chambre voisine, je tombais à genoux devant votre dépouille glacée !...

Vous étiez mort, pour ainsi dire comme vous aviez vécu, à la peine, dans les fiévreux et insatiables labeurs du travail que vous aimez, qui seul vous faisait vivre et qui vous a coûté la vie !

Vous en avez fini avec les douleurs et les dures misères de la vie ; vous ne souffrez plus, vous ne souffrirez plus jamais. –Mais nous, que vous avez quittés sitôt sans nous dire adieu, nous, qui devons regretter toute la vie votre bienveillance affectueuse, votre parole tendre et consolante, votre amitié toujours prête à soulager l’amertume d’un échec ou le poids d’un chagrin, c’est sur nous qu’il faut pleurer, sur nous qui ne vous verrons plus.

J’ai mal parlé, maître, nous nous verrons encore. Bien des fois, en causant cœur à cœur, nous nous sommes unis dans le même et consolant espoir du monde éternel et divin que vous habitez aujourd’hui. Si j’avais pu douter de l’existence de cet asile où Dieu nous console des épreuves terrestres, un spectacle que je n’oublierai jamais eût éclairé, il y deux jours, mon esprit et mon âme.

Lorsque j’ai déposé sur votre front glacé le dernier baiser d’un ami, votre visage si doux et si bon ne portait plus l’empreinte des ces amertumes et des ces découragements qu’amènent si souvent nos luttes de chaque jour ; une sérénité profonde, un calme qui n’avait plus rien de la terre s’étaient répandus sur vos traits. Je n’en puis douter, à cet instant suprême et que nul ne peut savoir, où l’âme se dégage des ses liens, vous avez entrevu ce monde que nous devons tous connaître, et vous avez salué avec joie le terme de vos travaux et de vos chagrins. Ce n’est donc point à d’insensibles restes que j’adresse le dernier tribut de notre amitié. Esprit délicat et charmant, ami dévoué, cœur honnête et sensible, c’est à ton âme, qui est là et qui nous entend, que nous disons : Au revoir !

Discours de M. Th. Sauvage

Messieurs,

De bien anciennes et bien douces relations, une heureuse collaboration avec Adolphe Adam ne m’autoriseraient pas à vous arrêter encore au bord de cette tombe, si prématurément ouverte, pour exprimer une douleur que vous ressentez tous ; mais ce n’est pas en mon nom que je prends la parole. Je viens apporter ici les vifs et sincères regrets d’un Société à la fondation de laquelle Adolphe Adam a puissamment contribué par son intelligente et ferme volonté, par l’autorité de son nom et de son talent, et dont il est resté le président honoraire, patronage dont il s’enorgueillissait.

Généreux comme tous les forts, Adam n’avait pas été guidé dans cette circonstance par un intérêt personnel ; il n’avait vu dans cette Association que le moyen de recueillir quelques gouttes d’eau, jusqu’alors perdues, et qui, grâce à ses bons soins, viennent aujourd’hui désaltérer de pauvres pèlerins cheminant péniblement dans cette rude et ardente carrière de l’art qu’il a si brillamment parcourue !

En leur nom, reçois, Adam, un dernier remerciement...un dernier adieu !

M. Delaporte a terminé par quelques paroles de regret au nom de la société de l’Orphéon.

Léon et Marie Escudier : La France Musicale - 11 mai 1856< /p>

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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