La Danse Corps et Graphies - Phèdre à l'Opéra Page-5

Derrière le rideau

Créateurs
Lycette Darsonval, Serge Lifar, Jean Cocteau, Georges Auric, Tamara Toumanova, et Georges Hirsch
lors de la création de Phèdre en juin 1950 à l'Opéra de Paris

La trahison de l'Opéra

Quand tu sauras mon crime et le sort qui m’accable,
Je n’en mourrai pas moins, j’en mourrai plus coupable.

Ces deux alexandrins prononcés par Phèdre, à la troisième scène de l'acte premier de la tragédie de Jean Racine, hors même du contexte et du texte signifie tristement la destiné de Serge Lifar, toujours "rattrapé par son passé".

En 1966, l'Opéra de Paris a produit un nouveau ballet sous le même titre de Phèdre, sur la musique de Georges Auric, composée pour Serge Lifar et Jean Cocteau en 1950.

Les décors et costumes, et la chorégraphie cependant, avaient été refaits, sous la direction de Milko Sparemblek…

Au-delà du "divertissement dramatique", Anne Béranger avait fait une adaptation de textes d’Euripide, de Sénèque et de Cocteau, dits par un récitant, Jean-Claude Arnaud, et par quatre comédiens, Denise Noël, Phèdre ; Claude Giraud, Hippolyte ; Claude Winter, Aricie et Paul-Emile Deiber, Thésée. Cet enregistrement reçut le prix Italia. Le spectacle fut ensuite présenté sur scène au Festival de Carthage. L'ouvrage fut créé en Tunisie, au Festival de Carthage, mais il était surtout destiné à être diffusé à la télévision. Ce fut en effet le premier ballet retransmis intégralement par l'ORTF, au soir du 21 octobre 1966. Les rôles principaux étaient alors dansés par Claire Motte,Phèdre ; Jean-Pierre Bonnefous Hippolyte ; Thérèse Thoreux en Aricie, remplaçant en dernière minute Mireille Nègre, initialement prévue.

La presse française fut alors fort complaisante pour la chorégraphie de Milko Sparemblek, accueillie par une cascade de superlatifs…

Pourtant, c’est bien la chorégraphie d’origine qui devait entrer dans l’Histoire du Ballet, en dépit de cette substitution saluée justifiée uniquement par des motivations politiques.

Décor
Le "Petit théâtre" où se jouent les tableaux vivants
sur la scène du Palais Garnier, en septembre 2011
(Photographie : Laurent Philippe)

Seul un critique, le fameux Igor - Pseudonyme du journaliste Igor Eisner qui fut Inspecteur général de la danse au Ministère de la Culture de 1975 à 1990, mais navait pas encore de "fonction officielle" - qui s'exprimait dans les colonnes de L'Aurore et du journal Finance, avait fait entendre sa voix discordante, en affirmant : "la dé-lifarisation continue".

C'était bien de cela qu'il s'agissait, d'autant que Phèdre devait être représenté à Carthage, pour célébrer le dixième anniversaire de l'indépendance de la Tunisie, dirigée par le socialiste Habib Bourguiba.

En France, les syndicats et partis de gauche voyaient toujours en Serge Lifar un "collabo", dont on ne voulait clairement pas pour célébrer l'indépendance d'une ancienne colonie ni pour une première à l'ORTF.

Georges Auric, qui était alors directeur de l'Opéra de Paris, n'était pas partisan du jeu de substitution. La - fausse - rumeur d’une démission s’était répandue…

Phèdre face à elle-même – Histoire de conflit

Un autre "manifeste politique" dans l’histoire de Phèdre fut bientôt relatif à l’une des héroïnes en scène : Maïa Plissetskaïa avait refusé d'être dirigée par Serge Lifar et quand le chorégraphe était venu la féliciter pourtant dans sa loge au théâtre de L’Odéon, elle fit semblant de ne pas savoir qui lui parlait. Elle le raconte elle-même dans ses Mémoires.

Jugé politiquement incorrect, le Maître avait été interdit de voyage pour la tournée à Moscou de 1957 et lui parler était compromettant aux yeux des soviétiques.

La ballerine avait aussi un peu transformé le caractère du rôle, plus venimeuse que vénusienne "à sa proie attachée", ainsi que le costume "historique" de Phèdre.

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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