La Danse Corps et Graphies - Phèdre à l'Opéra Page-3

Action dansée

Affiche
Phèdre Ballet en un acte…

Exposition…

Phèdre

Tragédie chorégraphique de M. Jean Cocteau
Musique de M. Georges Auric
Action dansée de M. Serge Lifar
Rideau, décor, costumes de M. Jean Cocteau
Tableau vivant photographique de M. Brassaï
Costumes exécutés par la maison Karinska
Perruques de M. Chapelain
Décor exécuté par M. Laverdet

Phèdre - Mlle Tamara Toumanova
Œnone - Mlle Lycette Darsonval
Hippolyte - M. Serge Lifar
Thésée - M. Roger Ritz
Aricie - Mlle Liane Daydé
Neptune - M. Lucien Legrand

Mlles Thalia, Rigel, Gérodez, Amigues, Mail, Sianin, delaplanque, Bessy, Devanel

Mlles Even, Million, Collement, Assemat, Bertheas, Naud, Rayet, Clavier, Perrot, Serval, Biet, Pregre, Clerambault, Maximy, Montbazon, Vauchelle, Delini, Forêt, Manal.

MM. Franchetti, Bari, Andreani, Duflot, Lemoine, Touroude, Sauvageot, Decarli

MM. Lacotte, Blanc, Descombey, Loinard, Jodel, Lefèvre, Reschal, Auburtin, Ernoux, Romand, Jamat, Duthoit.

Chef d'orchestre : M. Louis Fourestier.

Greta Garbo, initialement pressentie ne figure pas, bien sûr, sur ce programme de la création ! C'était une connivence très publicitaire entre Serge Lifar, Jean Cocteau et Greta Garbo, qui laissèrent croire à cet éclat. La presse en fit même état, pour la Première !

Hippolyte, Aricie, Œnone et Phèdre entrent au répertoire de L’Opéra

Le ballet de Phèdre, qui a fait couler tant d’encre, et que l’on répète depuis des mois, sera créé ce soir à l’Opéra. On sait que le Deus ex machina qui est à monter en tableaux la célèbre tragédie est Jean Cocteau.

Celui-ci s’est livré à une sorte de découpage quasi cinématographique de la tragédie de Racine ; il en a même temps conçu les décors et les costumes. C’est une partition de Georges Auric, aux accents dramatiques et incantatoires, qui fait office d’alexandrins.

Sur ce scénario, sur cette musique, Serge Lifar, qui a toujours été touché par ces grandes interprétations de l’Antiquité, a imaginé une tragédie dansée en gros plans sur un fond de tableaux vivants. Il a voulu, sur des figures linéaires, très dépouillées, laisser la parole aux corps et le mime aux visages. Pour qui est averti de quel instinct de la danse pure est habité Lifar, de quelles recherches chorégraphiques- depuis la plastique des vases grecs, jusqu’au bee bop - il ne cesse de s’enrichir, on se doute que le ballet de ce soir ne sera indifférent à personne.

On avait songé, pour incarner Phèdre, à… Greta Garbo. Incroyable, baroque, idée… C’est finalement Mlle Tamara Toumanova qui interprétera le rôle : Nul doute que son masque blafard et tragique, si elle veut bien ne pas " charger ", convienne admirablement à la fille fatale de Minos et de Pasiphaé. Mlle Darsonval, avec sa fermeté sereine, sera Œnone, et Mlle Daydé, que décidément et assez prématurément, on lance aux étoiles, prêtera sa frêle silhouette, à l’infortunée Aricie.

Roger Rits,à la mâle prestance, a été fort bien choisi pour être Thésée, car le rôle dans le drame, qui frise presque le ridicule, exige un fameux acteur, surtout lorsqu’il est danseur ! Enfin, Serge Lifar, lui-même en Hippolyte, supportera tout le poids de l’œuvre. Mais l’on a pu apprécier, non seulement dans Icare, mais dans Le Chevalier errant, ce que Unamuno appelle d’une formule magique " Le sentiment tragique de la vie ".

OM - Le Monde - 15 juin 1950

Phèdre
Tamara Toumanova dans le rôle titre de Phèdre en 1950

Scène
Tamara Toumanova et Serge Lifar dans Phèdre , 1950

Péripéties

Le ballet fut créé, centre d'une soirée qui s'ouvrait par Jeux d'enfants, sur la musique de Georges Bizet et dans la chorégraphie d’Albert Aveline et dont le salut était "un" Divertissement, arrangé par Serge Lifar d'après La Belle au Bois Dormant, sur la musique de Piotr Ilitch Tchaïkovsky et d’après la chorégraphie de Marius Petipa.

La deuxième représentation, le 21 juin, avec la distribution de la Première, s’inscrivit dans une soirée de prestige dédiée à Vaslav Nijinsky, dans le cadre des célébrations du quarantième anniversaire des Ballets Russes.

A l’affiche : En ouverture, le Spectre de La Rose, dans l'arrangement d’Hector Berlioz, d'après Karl Maria von Weber, jouée par l'orchestre seul, puis Prélude à L'Après-midi d'un faune, sur la musique de Claude Debussy et dans la chorégraphie de Serge Lifar - qui interprétait le Faune - ; La Mort du Cygne, dans la version de Serge Lifar, dansée sur des pièces pour piano de Frédéric Chopin orchestrées par J. E. Szyfer - le chef d'orchestre qui avait servi de prête-nom à Arthur Honneger - sous contrat d'exclusivité avec les Ballets Ida Rubinstein, celui-ci ne pouvait signer lui-même officiellement un ouvrage destiné à l'Opéra - pour la partition d'Icare, et non sur la traditionnelle partition de Camille Saint-Saëns, avec dans le rôle du Cygne Nina Vyroubova, et Alexandre Kalioujny en Chevalier du Bois ; Phèdre… ; Pétrouchka, sur la musique d’igor Stravinsky et dans la chorégraphie de Michel Fokine, arrangée par Serge Lifar, avec Lycette Darsonval en Ballerine, Michel Renault dans le rôle titre, tandis que le Maure était incarné par Max Bozzoni.

Deux baguettes officièrent à l’orchestre, Louis Fourestier dirigeait Phèdre et Robert Blot les autres pièces.

Dans le premier "chœur du ballet" de Phèdre, dansaient quelques futurs grands, comme Claude Bessy - titulaire du rôle titre lors de la reprise du 11 juin 1958, en tournée à Moscou - ; Jacqueline Rayet ; Josette Clavier ; Raymond Franchetti ; Xavier Andreani - le fils du danseur Etoile Jean-Paul Andreani - ; Pierre Lacotte ; Michel Descombey - nommé Directeur du Ballet de l’Opéra de Paris une décennie plus tard - ; Lucien Duthoit…

Quoiqu'il en soit, c'était là un ballet où, par définition, par "inspiration", le "théâtre" devait faire le succès : le jeu dramatique, la pantomime dansée… Olivier Merlin, chroniqueur du Monde, commentait ainsi la première reprise du ballet, en 1953, avec une distribution nouvelle.

Phèdre (de Cocteau - Auric - Lifar) a changé d'interprètes, et l'erreur de distribution, à mon humble avis, est totale. On sait que Phèdre fut le grand rôle de Mlle Toumanova. Elle était noire, ondulante, furieuse, le masque même de la tragédie antique. Hier Mlle Darsonval n'avait de grec que son côté de chasseresse blonde à la Sylvia. Quand elle ne pensait plus à pointer un index vengeur elle se battait allégrement avec le voile rouge que Mlle Toumanova savait si bien déployer ou refermer comme des ailes de sang. Pour le reste, frivole, coquine, presque sardonique et, je regrette de le dire car Mlle Darsonval pioche ses rôles comme personne, sans aucune majesté. M. Michel Renault, qui interprétait Hippolyte à la place de M. Lifar, est plus fourvoyé encore : c'était l'occasion ou jamais d'utiliser les talents de M. Youly Algaroff, nouveau promu étoile masculine.

Comme je l'observais hier à propos de Giselle, de M. Anton Dolin, la danse n'est pas tout, et la pantomime doit s'y mêler avec subtilité. M. Renault, lui aussi, est un grand consciencieux. Mais il n’empêchera pas qu'hier il a joué la scène de la séduction d'Hippolyte par Phèdre comme Joseph avec Mme Putiphar. Sa façon d'ouvrir une bouche larmoyante à la Laurel devant les entreprises de sa belle-mère n'est dépassée dans le pitoyable que par sa manière de se pelotonner en grelottant dans les bras de Thésée (M. Kalioujni en père noble - pourquoi?).

Olivier Merlin - Le Monde, 29 janvier 1953

Au cours des reprises, relativement nombreuses dans les années 50, à l'Opéra ou sur d'autres scène, à l'étranger même, quelques "acteurs" de la création dansèrent de nouveaux rôles ; d'autres artistes apprirent la tragédie aussi.

Thésée
Roger Ritz, Thésée, dans le ballet de Phèdre en 1954
- la malédiction d'Hippolyte… (Photographie : Roger Wood)

Scène
Lyane Daydé, Aricie, et Youly Algaroff, Hippolyte, dans le ballet de Phèdre en 1954 (Photographie : Roger Wood)

Scène
Nina Vyroubova, Phèdre, et Roger Ritz, Thésée, dans le ballet de Phèdre en 1954
- l'imprécation à Phèdre (Photographie : Roger Wood)

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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