La Danse Corps et Graphies - Phèdre à l'opéra Page-1

A l'Opéra le ballet Phèdre est créé ce soir

La Première de Phèdre à l'Opéra, le Tout-Paris élégant et officiel a applaudi Toumanova (Phèdre), Lyane Daydé (Aricie), Lycette Darsonval (Œnone), Lifar (Hippolyte) et Ritz (Thésée), vedettes du ballet le plus cher de l'année. Mais l'auteur, Jean Cocteau, n'était pas là. Le matin même il avait pris l'avion pour Pise, où il veut "se reposer en pensant à des choses plus graves, comme la mort". Pendant plusieurs mois, Phèdre va mobiliser 60 danseurs, 100 musiciens et tout un matériel spécial de cymbales car Georges Auric a spécifié dans sa partition "bruit de cymbales grecques". Au début du ballet, Toumanova, qui possède les pieds les plus agiles du monde, bondit sur scène avant que sa mère, chaperon-impresario, lui ait jeté sur les épaules la cape rouge sang de Phèdre. Furieux, Lifar cria : "Touma! N'oublie pas ta cape rouge. Cela porte malheur!"

Paris-Match, 24 juin 1950

Scène
Serge Lifar, Hippolyte ; Tamara Toumanova, Phèdre, et Lycette Darsonval, Œnone (Photographie : Teddy Piaz)

Au fil d’Ariane

"Lifar a emporté à l'Opéra le secret de Diaghilev", disait Jean Cocteau, l’un des acteurs de la "tragédie chorégraphique" de Phèdre… Le "secret" de la communion des artistes au-delà de la danse pour elle-même, "théâtre complet", où dialoguent mime, ballet, dramaturgie, décor, musique, dans la lignée de la révolution diaghilevienne.

Du chœur antique

Serge Lifar, depuis longtemps était attiré par les mythes antiques. Il y trouvait des "valeurs plastiques" – "sœurs de la danse" -inspiratrices… En 1938, il s’attacha au thème de Phèdre : il écrivit lui-même le livret et composa la chorégraphie d’un ballet intitulé Hippolyte, mis en musique par Vittorio Rieti, qui ne fut cependant jamais représenté. Depuis ce premier acte, comme une "exposition" de Phèdre, le chorégraphe repris son projet entre les années 1942 et 1944, ébauche scandée alors sur les vers de Racine et particulièrement inspiré du récit de Théramène.
Au "fil d’Ariane", Serge Lifar raconte…

La danse continuait. Je continuais à créer des ballets, à les présenter aux quatre coins du monde. Je consacrai des nouvelles étoiles ont le monde de la danse allait être fier : Nina Viroubova, Liane Daydé, Michèle Renault.

En 1947, à la fête donnée en mon honneur par Etienne de Beaumont, je rencontrai Georges et Nora Auric. Ils me félicitèrent et Nora me demanda de commander à Georges un ballet pour l’Opéra. Je fus enthousiasmé et parlai de cette proposition à Hirsch, mais ce dernier regrettait de ne pouvoir accepter que si Auric voulait bien écrire la partition gratuitement, l’Opéra étant désargenté. C’est moi alors qui payai la commande et lui réglai un demi-million. Nous demandâmes à Cocteau d’être le librettiste et Bérard le décorateur. Au dernier moment, Cocteau se chargea aussi des décors et des costumes. Ainsi naquit Phèdre, qu’on a appelée "l’œuvre du XXème siècle", et j’assistai souvent chez Auric, place Beauvau, aux progrès de sa composition. Aux répétitions à l’Opéra, les musiciens Jacques Metan et Harsany me déchiffrèrent le manuscrit.

L’œuvre fut créée en 1950 à l’Opéra. Nora Auric fut fière de m’écrire : "Pour notre Serge, fidèlement et tendrement", comme elle l’avait été de montrer le portrait qu’elle avait peint de moi.

Serge Lifar : Ma Vie - IV. 2, Comme le Phénix, Septembre 1965

Livret
Livret par Serge Lifar - 1950

Georges Auric voulu alors donner à sa composition "le plus de grandeur, le plus de noblesse possibles". La critique accueillit "une partition saisissante et remarquablement adaptée à son objet - sujet et situations".

La passion selon… Ces Jean de théâtre

Ainsi, Jean Cocteau, "recréateur" des Mythes en modernité, écrivit le livret, ou plus justement recomposa l’esquisse de Serge Lifar, pour faire revivre, en vingt et une scènes, la tragédie de "La fille de Minos et de Pasiphaé"…

Phèdre

Un mythe est un mythe parce que les poètes le reprennent et l'empêchent de mourir.
Nul ne doit ignorer celui de Phèdre, petite fille du Soleil. Par la parole ou par la danse glorifions-le.

(Suite de scènes)

Phèdre refuse que ses femmes l'ornent.

Elle voit, auprès d'Œnone, Hippolyte sur son char.

Elle fuit devant les compagnons d'Hippolyte.

Aricie intimide les compagnons d'Hippolyte. Ils laissent Hippolyte seul avec elle.

Danse d'Aricie et d'Hippolyte.

On voit Phèdre avouer à Œnone son amour pour Hippolyte.

Déclaration de Phèdre. Hippolyte se sauve épouvanté.

Les matelots annoncent la mort de Thésée. Deuil et marche funèbre.

Œnone pousse Phèdre vers Hippolyte. Elle n'est pas coupable puisque Thésée est mort.

On voit au loin le retour de Thésée.

Joie des matelots et des suivantes.

Joie des compagnons d'Hippolyte.

Phèdre chasse Œnone.

Thésée retrouve son fils qui avoue son amour pour Aricie.

On voit Œnone se précipiter dans la mer.

Thésée retrouve Phèdre. Phèdre apprend qu'elle a une rivale et accuse Hippolyte.

Thésée demande son aide à Neptune. Neptune paraît. Les vagues envahissent la scène.

On voit Hippolyte mort, traîné par ses chevaux.

Phèdre a bu le poison. Elle vient avouer son crime. Elle tombe morte.

On voit Apollon qui a tiré sa flèche. À droite et à sa gauche, Minos et Pasiphaé.

Minos et Pasiphaé descendent sur le théâtre. La mère recouvre sa fille avec son manteau rouge.

Fin de l'ouvrage.

Jean Cocteau, Arguments chorégraphiques

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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