La Danse Corps et Graphies - Paquita : "Chanter, danser aux castagnettes" -Acte Ier

Le titre de ce "programme" est le vers initial de la troisième strophe du poème "Séguedille", in España, par Théophile Gautier.

M. Pillet […] me confiait un nouveau livret important et sur lequel il comptait beaucoup : Paquita.

Il mettait à ma disposition les premiers sujets, Carlotta Grisi, Adèle Dumilâtre, Plunkett, Petipa, Elie, etc. - et pour maître de ballet Mazillier.

[…]

Enfin ce ballet Empire eut un très grand succès : chorégraphie, danse, musique, etc., avec rappels des sujets.

Edouard Marie Ernest Deldevez, in Le Passé à Propos du Présent, faisant suite à Mes Mémoires - 1892

Le compositeur se souvenait ainsi de son ballet le plus brillant, en habits et basquines, créé sur le Théâtre de l’Opéra le 1er avril, sauts de basque in 1846…

Note :
La typographie et l'orthographe originelles ont été maintenues dans les textes transcrits, livret comme articles de presses - en page 2 -.

Interprète
Mlle Caroline Lassia dans Paquita, Académie Royale de Musique - [estampe] par A. Lacauchie [sig.]
Editeur : Martinet, Hautecoeur frères (Paris) - 1846

Source : Gallica, Bibliothèque Nationale de France(1)

"La petite fleur rose"(2)

Invitation au voyage, l'Espagne a conquis plumes et pinceaux, et séduit bientôt sur les planches : les pointes agiles battent, claquent aux castagnettes !

La Cachucha rythma "Une vie de danseuse" - grâce de la célèbre Fanny Elssler -, et Auguste Ehrhard évoque l'attrait de l'Espagne et de ses danses "pour nos romantiques" quand il "recrée" Le Diable Boiteux(3) en 1836.

Dix années ont bientôt passées. Las des mythologies mimées et des fiancées fééries du Romantisme, le public applaudit le ballet pittoresque, l'aventure dépaysée, simple pourtant, d'une "petite fleur rose" d'España.

Interprètes
Interprètes
Villageoise et danseuse espagnoles in Paquita - 1846

Paquita

Ballet-pantomime en deux actes
Par MM. Paul Foucher et Mazillier,
Musique de M. Deldevez,
Décorations de MM. Philastre, Cambon, Diéterle, Séchan et Desplechin

Paris
Mme Ve Jonas, libraire-édit. de l’Opéra
Passage du Grand-Cerf, 52
1846

Paquita
Ballet-pantomime en deux actes
Par MM. Paul Foucher et Mazillier
Musique de M. Deldevez

Représenté pour la première fois
sur le théâtre de l’Académie Royale de Musique,
le 1er avril 1846,
le décor du Ier acte est de MM. Philastre et Cambon,
ceux du IIème acte sont de MM. Diéterle, Séchan et Desplechin.

Paris.
Mme Veuve Jonas, libraire-éditeur de l’Opéra,
Passage du Grand-Cerf, 52.

1846.

DISTRIBUTION

Personnages Acteurs

Lucien d’Hervilly : M. Pepita
Inigo, chef d’une bande de Gitanos : Elie
Don Lopez de Mendoza, Gouverneur espagnol de la province : Coralli
Le Comte d’Hervilly, Général français, père de Lucien : Monet
Un sculpteur : Petit
Paquita : Mme Carlotta Grisi
Dona Séraphina : Zélie Pierson
La Comtesse, Mère du Général : Delaquit
Une jeune Gitana : Dabas 1re

La scène est à Saragosse et aux environs

DANSE

Acte premier

Gitanos
MM. Théodore, Toussaint, Cornet, Chatillon, Clément, Gondoin, Minar, Wicthof 2ème, Beauchet.
Mmes Émarot, Robert, Barré, Drouet, Dabas 1ère, Dabas 2me, Hecmanus, Duriez.

Pas de Trois
Mmes Emarot, Robert, Barré.

Pas seul
Mlle Grisi.

Mayos
MM. Josset, Wells, Mmes Robin, Gougibus.

Villageois espagnols
MM. Lenfant, Guiffart, Isambert, Lenoir, Rouget, Maujin, Wicthof 1er, Vandris, Deschamps, Alexandre, Archinar, Pinguély, Darcour.

Enfants
MM. Beauchet, Dieul 1er, Dieul 2ème, Frapar, Belleville, Nettre, Levavasseur, Charansonnet, Billard.

Villageoises espagnoles
Mmes Saulnier, Baillet, Julien, Vaslin, Petit, Bourdon, Pézée, Lenoir, Rosa, Cluchar, Favre, Maréchalle, Passérieux, Maujin, Glinelle, Giraudier, Gayot.

Enfants
Mlles Monpérin 1ère, Cassegrain, Delahaye 1ère, Delahaye 2ème, Bertin, Vigier, Jourdan, Péréda, Landelle, Pierron, Hennecar, Baron, Legrain, Monpérin 2me.

Corps de danse
Mmes Caroline, Dimier.

En hommes

MM. Marquet 3ème, Jeandron, Laurent 2ème, Feugère, Chambret, Toutain, Rousseau, Savelle, Gallois, Mayé

En femmes
Mmes Paget, Devion, Marquet 2ème, Courtois, Franck, Josset, Jeunot, Nathan.

Danse
Lacoste.

Acte deuxième

Officiers supérieurs
MM. Quériau, Petit.

Officiers de différents corps français
MM. Wells, Rouget, Josset, Pinguely, Deschamps, Lefèvre, Carri, Lenfant, Isambert, Archinar, Maujin, Millot, Vandris.

Officiers espagnols
MM. Darcour, Lenoir, Wicthof Ier, Alexandre, Guiffard.

Hussards
Mmes Baillet, Toussaint, Maujin, Gallois, Laurent 2ème, Marquet 3ème, Toutain, Maréchalle.

Dames de la Cour
Mmes Dabas 1ère, Dabas 2ème, Drouet, Franck.
Robin, Saulnier, Gougibus, Rosa, Laurent 1ère, Petit, Julien, Vaslin, Devion, Bourdon, Pézée, Passérieux, Glinelle, Giraudier.

Enfants
Mlles Hecmanus, Monpérin 1ère, Tassin, Savel, Cassegrain, Delahaye 1ère, Delahaye 2ème Bertin, Dedieu, Vigier, Duriez, Quériau, Jourdan, Péréda, Landelle, Pierron, Baron, Hennecar, Legrain, Monpérin 2ème.

Corps de dames dansant
Mmes Danse, Nathan, Jeunot, Rousseau, Lacoste, Cluchar, Chambret, Jeandron, Paget, Courtois, Feugère, Marquet 2ème.

Gavotte
MM. Théodore, Toussaint.
Mmes Célestine Emarot, Caroline.

Pas de Deux
Mmes A. Dumilâtre, PLlumkett.

Pas seul
Mlle Carlotta Grisi.

VALSE
M. Petipa, Mlle Carlotta Grisi.

Paquita,
Ballet-pantomime en deux actes.

ACTE PREMIER

La vallée des Taureaux aux environs de Saragosse. De grands taureaux de pierre grossièrement sculptés jalonnent les collines du fond. A droite, toujours au fond, d'immenses rochers avec un escalier naturel creusé dans la pierre, A droite, sur le côté, une tente préparée pour les Gitanos.

Scène première

Un sculpteur est occupé à graver une inscription sur une table de marbre. Des paysans espagnols sont étendus ou groupés nonchalamment au soleil. Paraît le général français, qu’accompagnent le gouverneur espagnol et sa sœur Séraphina ; Lucien donne le bras à sa grand-mère. Le général se fait présenter l’inscription, ainsi conçue :

A la mémoire de mon frère,
Charles d’Hervilly,
Assassiné, avec sa femme et sa fille,
Le 25 mai 1795.

Le général retrace par un récit mimé cet épisode douloureux d’un de ses voyages dans la Péninsule ; devenu tout-puissant en Espagne par les victoires de la France, il veut que cette inscription soit incrustée dans le rocher, à l’endroit même où son frère a péri sous les coups des bandits. Lucien et la grand-mère prennent part à l’émotion du comte. Le gouverneur les arrache à ces tristes préoccupations, en leur annonçant qu’une grande fête villageoise aura lieu le jour même, à cette place ; après la fête, les pieuses intentions du général seront remplies. Don Lopez fait les honneurs du pays à la famille à laquelle il s’allie ; le général en effet prend lui-même la main de dona Séraphina et l’unit à celle de son fils ; dona Séraphina a consenti ; mais le gouverneur espagnol fait comprendre que ce mariage politique, imposé par l’invasion, et ostensiblement accepté par lui, est loin d’être conclu encore. Le gouverneur nourrit en secret contre ces Français une de ces haines nationales qui ont produit tant de meurtre isolés durant les guerres d'Espagne.

La grand-mère interroge doucement son petit-fils : aime-t-il sa jeune fiancée ? - Non, répond-il ; mais du moins le cœur est libre. - L’amour viendra plus tard, semble ajouter la bonne vieille. Don Lopez de Mendoza engage ses hôtes à profiter de la beauté du jour pour visiter les sites environnants. Tous s’éloignent.

Scène II

Une musique vive et joyeuse annonce une troupe de gitanos ; ils descendent des montagnes. Les voitures chargées de leurs bagages, d’instruments de musique, etc., arrivent par la plaine. Les danseuses nomades se promettent plaisir et succès à la fête ; mais Inigo, le chef, en jetant un coup d’œil sur son Corps de ballet s’aperçoit que Paquita lui manque, sa plus jolie, sa meilleure élève. Il ordonne qu’on retourne sur la route : mais au même instant, sur la montagne, paraît Paquita, dont les regards attristés s’attachent machinalement sur un bouquet qu’elle tient à la main. Elle descend et partage, entre ses compagnes, les fleurs qui l'avaient attirée hors du chemin ; Inigo est furieux du retard ; on a peine à le contenir ; il ordonne que tout le monde se prépare pour la fête. Tous les gitanos entrent dans la tente.

Scène III

Toutefois il retient Paquita ; seul avec elle, il lui fait entendre que si elle le voulait, ce maître si terrible deviendrait l’esclave le plus soumis ; mais Paquita préfère encore la servitude à l'amour avilissant qu’on lui propose, et au lieu de répondre à Inigo, elle s’élance, bondit comme pour échapper un instant, par l'enivrement de la danse, à de cruelles pensées. Inigo cherche en vain à l’arrêter dans son essor ; exaspéré, il lève la main sur elle ; la jeune fille le contient d’un regard où l’indignation fait luire toute sa noblesse native, puis repart tandis qu’Inigo s’éloigne confondu de cet inexplicable ascendant que sa captive exerce sur lui.

Scène IV

Paquita, restée seule, tire de son sein un portrait que, tout enfant, elle avait sur elle, et qu’elle a pu conserver depuis. Ce portrait n’indique ni le pays ni la condition de celui qu’il représente : elle revoit avec une ineffable douceur les traits de celui à qui sans doute elle doit la vie, et rêve devant cette image les délices de la famille ; puis elle se dispose à retourner vers ses compagnes, quand tout à coup, en jetant les yeux sur le paysage qui l’environne, elle croit y retrouver l’emplacement d’une scène terrible dont sa mémoire a gardé un vague souvenir. Oui, c'est bien là qu'elle vit tomber expirant un officier qui la portait dans ses bras et qu’elle se sentit enlever par des mains inconnues : mais la foule qui arrive de tous côtés la rappelle aux tristes conditions de sa destinée présente. Elle entre sous la tente qui sert d’abri aux gitanos.

Scène V

La scène se remplit. Le général, la grand-mère, Séraphina, le gouverneur reviennent et prennent place sur des sièges qui leur sont préparés. Les gitanos sortent de leur tente avec les costumes qu’ils ont revêtus pour la fête.

BALLET.

Après la danse, Inigo ordonne à Paquita de faire la quête ; il compte sur ce gracieux visage pour rendre les assistants plus généreux. Paquita obéit avec peine et fait le tour de l’assemblée ; Paquita fait une vive impression sur Lucien, au moment où elle passe devant lui ; mais malgré l’offrande généreuse de l’officier, le résultat de la quête ne satisfait pas la cupidité d’Inigo. Il faut que Paquita danse absolument pour compléter la somme qu’il espère ; plus que jamais triste et défiante, Paquita refuse. Inigo s’irrite ; mais Lucien s’élance pour protéger Paquita el repousse énergiquement Inigo ; puis il rassure la jeune fille et en la contemplant, il remarque le charme étranger de sa physionomie, la blancheur de son teint, qui contraste avec le visage cuivré des gitanos. Il amène la jeune fille à la grand-mère, qui la regarde avec intérêt, et comme lui s’étonne de cette singularité. Lucien demande à Inigo quelle est cette jeune fille ; Inigo répond que c’est sa parente. Tu mens, semble lui dire l’officier ; elle ne peut être du même sang que toi. Quelle est votre famille ? demande-t-il à la jeune fille. Celle-ci répond qu'elle n’a qu’un indice, un portrait, et elle le cherche sur elle ; mais Inigo, qui a vu la tournure que prenait l’interrogatoire, a su adroitement enlever le médaillon de la poche de Paquita. Celle-ci s’afflige en voyant qu’elle n’a plus son trésor ; elle accuse Inigo. L’officier veut le faire arrêter ; sa famille et le gouverneur interviennent pour le calmer. Mais Lucien enjoint à Inigo de ne plus forcer la pauvre petite à danser. Celui-ci, déjà jaloux, ne demande pas mieux que d’obéir ; mais Paquita est si heureuse de l’intérêt qu’on lui a montré, qu’elle veut à son tour donner à son protecteur la seule preuve de reconnaissance qui soit en son pouvoir ; un sentiment instinctif de coquetterie la porte à vouloir briller devant le jeune homme dont une sympathie mutuelle la rapproche déjà. Inigo s’y oppose alors ; mais le gouverneur, qui a ses vues, oblige Inigo à laisser le champ libre à la jeune gitana.

Paquita, électrisée par la présence de Lucien, danse avec une vivacité ravissante ; l’amour naissant du jeune officier tourne au délire, et Mendoza en remarque avec joie les progrès ; toutefois il prie la famille française d’accepter avant le départ un repas qu’a annoncé le passage de domestiques chargés du service. Ses hôtes le précèdent au lieu du banquet ; quant à lui, il doit rester encore pour surveiller la fin de la fête.

Scène VI

Demeuré seul avec Inigo, le gouverneur l’interroge. Tu es furieux, sans doute, contre cet officier ? - Je le crois bien. - Eh bien ! Si tu veux t’en délivrer par un bon coup de poignard, je te promets l’impunité. - Me délivrer de lui, votre futur beau-frère ? - C’est bien pour cela que je me joins à toi... afin que le mariage ne s’accomplisse pas... - Mais vous sembliez aider Paquita à se rapprocher de lui. - Parce que c’est elle qui doit être l’instrument involontaire de notre vengeance.

Scène VII

Paquita reparaît... Mendoza va retrouver ses hôtes. Inigo annonce à Paquita qu’il veut repartir, et sort lui-même pour presser ses gitanos.

Scène VIII

A peine Paquita est-elle seule que Lucien s’élance précipitamment sur la scène... un penchant invincible l’a ramené près de la jeune gitana ; - il la complimente sur sa beauté, lui offre un portefeuille richement garni ; Paquita le repousse. Lucien s’afflige de ne pouvoir récompenser mieux le désintéressement uni à tant de charmes, dans une femme de cette classe ; mais du moins il ne veut point laisser Paquita sous le joug de ce brutal Inigo ; il assure à la jeune fille un sort plus doux, si elle veut le suivre... Paquita refuse encore, elle n’est que trop disposée à écouter Lucien ; mais elle connaît la distance qui sépare la pauvre gitana et l’officier, et elle sait que son déshonneur seul pourrait la combler ; elle s’arrache donc aux instances de Lucien. Celui-ci lui demande la permission d’aller la retrouver et la supplie de lui accorder son bouquet en signe d’espoir. Paquita résiste ; Lucien s’éloigne désolé. Alors Paquita ne se sent plus la force de le laisser partir... elle s’élance après lui pour lui remettre ces fleurs tant souhaitées.

Scène IX

Mais Paquita rencontre la figure jalouse et narquoise d’Inigo qui l’arrête... sans être vu, il a assisté à la fin de la scène... La pensée d’un piège, d’un péril pour Lucien, la rend heureuse de la résistance qu’elle a opposée à ses poursuites.

Scène X

Le gouverneur revient, précédant ses hôtes. Inigo lui raconte l’entrevue des deux jeunes gens, l’histoire du bouquet refusé. Le gouverneur alors conçoit un projet et annonce que le général français va repartir. Feignant pour lui les égards les plus empressés, il ordonne à toutes les villageoises de rassembler leurs bouquets, de les offrir à ce vaillant allié de l’Espagne ; mais au lieu de jeter dans la corbeille le bouquet que Paquita livre sans défiance, il le remet en secret à une jeune gitana à qui il donne ses instructions.

Scène XI

Le général, sa grand-mère, et la jeune Séraphina repassent pour repartir. Lucien va les suivre ; la jeune gitana s’approche de lui et lui donne mystérieusement le bouquet de Paquita, qu’elle se dit chargée de lui remettre ; Lucien reconnaît avec transport ce bouquet chéri. - Il interroge la jeune gitana, qui lui donne les moyens de suivre les traces de Paquita, dont la demeure n’est pas éloignée. Le jeune homme enivré annonce à ses parents qu’il retournera seul à la ville, à cheval ; on lui recommande de ne pas tarder, car le général donne un bal la nuit même pour célébrer le mariage annoncé pour le lendemain. Lucien promet d’être exact et rassure la grand-mère, qui s’alarme déjà pour lui... S’enveloppant d’un manteau que son domestique lui apporte, baise cent fois ces fleurs qui lui ont rendu l'espérance. Les villageoises forment une ronde joyeuse autour des hôtes du gouverneur, tandis que la caravane des gitanos, Inigo et Paquita en tête, se déroule dans les sinuosités du rocher. Lucien se hâte de les suivre. La toile baisse.

FIN DU PREMIER ACTE.

Scène
Paquita, ballet-pantomime, acte II : M. Elie, Jarigo, M. Petipa, Saint-Vallier, Mlle C. Grisi, Paquita, Théâtre de l'Opéra - [estampe] par H. Valentin [sig.]
1846

Source : Gallica, Bibliothèque Nationale de France

Scène
Paquita, ballet-pantomime, acte II : Ms Elie, Petipa, Mlle C. Grisi, Théâtre de l'Opéra - [estampe] par Henry Emy [sig.]
1846

Source : Bibliothèque Nationale de France - Gallica

Scène
Paquita, acte II, avec Lucien Petipa, Carlotta Grisi et Georges Elie
Source : British Library

ACTE DEUXIÈME
Premier Tableau

Intérieur d'une petite habitation de Gitano. Au fond, une cheminée. Un peu à gauche, une armoire ; entre l’armoire et la cheminée, une fenêtre fermée uniquement par des volets. Table à droite sur le devant de la scène. Porte latérale, à droite ; une horloge rustique ; des chaises, etc.

Scène première

Paquita.
Elle rentre seule toute agitée, elle soupire en songeant au bel officier que jamais sans doute elle ne reverra. En ce moment du bruit se fait entendre à l’extérieur ; elle entr’ouvre les volets et voit avec étonnement un homme masqué et enveloppé d’un manteau s’acheminant vers la maison. Elle entend monter, et soupçonnant quelque mystère, se cache derrière l’armoire.

Scène II

INIGO entre avec LE GOUVERNEUR masqué.

Ils précèdent à peine de quelques instants la victime, qui vient se jeter dans le piège. Don Lopez ôte son masque et ordonne a Inigo de frapper sans pitié. Inigo n’a pas besoin de cette recommandation et montre au gouverneur un narcotique qui doit mettre le voyageur hors d’état de se défendre ; il va ensuite serrer ce vin dans l’armoire qu’il ferme. Paquita, témoin de ce complot, frémit. Le gouverneur sort, après sa vengeance assurée, en donnant à Inigo une bourse que celui-ci n’oublie pas de réclamer. Inigo appelle ensuite par la fenêtre quatre hommes qui doivent lui prêter main-forte pour l’assassinat. Il leur donne une part du salaire. Minuit est l’heure fixée pour le coup prémédité. Inigo fait cacher deux hommes derrière le mur de la cheminée qui s’ouvre en tournant sur lui-même et communique avec le dehors ; à ce moment Paquita, qui a fait comprendre par ses gestes qu’elle remarquait ce machinisme infernal, rassemble ses forces pour s’échapper et aller prévenir la victime avant qu’elle arrive, quelle qu’elle soit ; elle sort de sa cachette, glisse au fond le long du mur ; mais près d’arriver à la porte, son pied heurte une chaise. Inigo se retourne, court a elle ! Malheur à Paquita si elle connaît ce qui vient de se passer ! Mais Paquita proteste qu’elle vient d’entrer à l’instant même. Inigo se rassure ; un de ses hommes sort par la fenêtre derrière laquelle il doit se poster, l’autre à la porte où il fera sentinelle ; en ce moment on frappe ; plus d’espoir.

Scène III

LUCIEN paraît.

Sa joie en apercevant Paquita. Terreur indicible de celle-ci en voyant que cette victime, c’est Lucien. Lucien demande l’hospitalité pour la nuit. Inigo l’en remercie avec de grandes démonstrations d’humilité. Que venez-vous faire ici ? Semble dire Paquita à Lucien. Lucien pour toute réponse lui montre le bouquet caché sous son manteau et qu’il croit tenir d’elle. Dénégation de Paquita. Inigo ordonne 'a Paquita de servir le voyageur. Celui-ci donne son sabre à Inigo, qui le cache, et son manteau à la jeune fille. Paquita jette le manteau sur la tête d’Inigo et fait pendant ce temps des signes à Lucien pour l’avertir du sort qui le menace. Mais celui-ci, tout à son amour et plein de confiance sur un sol que ses frères d’armes ont conquis avec lui, refuse de croire à ce danger. Inigo invite humblement Lucien à vouloir bien souper ; il sort pour tout préparer, emmenant Paquita, qui cherche toujours à mettre Lucien sur ses gardes.

Scène IV

Lucien, resté seul, commence à trouver en effet quelque chose d’étrange dans tout ce qui se passe ; il va à la fenêtre, qui est fermée ; les portes sont fermées aussi à double tour... Il s’aperçoit alors qu’on a caché son sabre... Il cherche des moyens de défense... mais en ce moment il entend rentrer...

Scène V

Paquita reparaît la première, portant les assiettes ; Inigo la suit... On sert à souper... Puis Inigo semble se disposer à sortir. Paquita fait signe à Lucien de le retenir et de ne pas le perdre de vue. Lucien engage Inigo à souper.

Celui-ci accepte avec humilité et reconnaissance... Inigo verse à boire d'une première bouteille à son hôte. Paquita fait signe à Lucien qu’il peut boire, et tout en les servant enlève des pistolets de la ceinture d’Inigo, puis elle en fait disparaître les amorces. Inigo, qu’elle câline, propose à l'officier de la voir danser ; puis va chercher les castagnettes de Paquita. Nouveaux signes d’intelligence des deux amants. A cet instant Inigo finit la première bouteille dans le verre de Lucien, tandis que le sien est plein encore. Alors il se frappe la tête comme à une idée qui lui vient ; il va chercher dans l’armoire du meilleur vin pour l’officier. Paquita fait signe à Lucien que c’est la bouteille préparée. Inigo verse de ce vin à Lucien, offre à Lucien de boire ensemble ; l’officier va s’y refuser... Mais Paquita laisse tomber une pile d’assiettes avec un grand fracas. Inigo se retourne et se lève avec colère pour voir le dégât, et Paquita pendant ce temps change les verres de place. Inigo se rassied, et l’officier le prenant par sa propre ruse, l’engage ironiquement lui-même à trinquer avec lui. Inigo boit, et croyant que son stratagème a réussi, donne à Paquita le signal de la danse, et lui-même exécute avec elle un pas national. Paquita tout en dansant fait connaître par des signes le nombre des bandits et l’heure de l’attentat ; mais Lucien, qui ne voit le danger qu’à travers son amour, et que d’ailleurs la mort n’effraie pas auprès de sa bien-aimée, pendant les passes ne songe qu’à arracher à chaque instant un baiser à Paquita ; mais celle-ci fait signe à Lucien de feindre de s’endormir, Lucien obéit ; Inigo raille du geste son rival qui semble lui être livré sans défense ; mais au même moment sa bouche s’ouvre, ses yeux se ferment, tout son maintien décèle le pouvoir vainqueur du sommeil qui s’empare de lui ; il cherche à vaincre cette disposition perfide, il entr’ouvre ses vêtements pour respirer, et fait tomber le médaillon enlevé à Paquita qui s’en empare. Inigo tombe sur la chaise et sa tête se courbe sur la table. Alors Paquita avertit Lucien de se relever... L’heure fatale va sonner... Paquita peut enfin lui faire connaître sans contrainte l’étendue du péril. L’officier saisit les pistolets d’Inigo. Paquita lui fait voir avec douleur que dans le dessein même de protéger sa vie elle en a enlevé les amorces. Lucien est désespéré, mais en parcourant la chambre, il découvre son sabre caché par Inigo ; enfin il peut combattre, vendre chèrement sa vie, mais Paquita lui fait comprendre l’inutilité de la résistance contre quatre bandits munis d’armes à feu ! Que faire alors ?... Minuit sonne... Le fond de la cheminée commence à tourner sur lui-même ; une idée luit à Paquita ! Peut-être Dieu permettra encore que les pièges des bandits servent au salut des victimes ; elle se range avec Lucien le long du mur, qui, en effet, dans sa rotation, entraîne au dehors les deux amants, en même temps qu'il permet à deux gitanos de pénétrer dans la chambre.. Deux autres ont paru, l’un par la fenêtre, l’autre par la porte ; ils voient avec étonnement Inigo seul et endormi ; ils le réveillent en le secouant fortement. Désespoir et fureur de celui-ci en voyant ses victimes échappées. - Un rideau baisse.

Deuxième Tableau

Une magnifique salle du bal chez le commandant français à Saragosse. - Architecture moresque avec des ornements du temps de l'Empire. - Un grand portrait d’Officier est an premier plan du salon. - Tableau d’un bal de l'époque. Militaires de tous grades. vieux généraux, jeunes hussards, dragons, vélites, etc. ; enfin, tous les magnifiques uniformes de l’Empire. Auprès de ces brillants représentants de l’armée de Napoléon, des Françaises, revêtues du grand costume de cour des dames de l’Empire. - La noblesse espagnole, en costume national, figure aussi dans ce bal. - Au lever du rideau, contredanse française, et la gavotte classique.

Le comte d’Hervilly paraît avec sa future belle-fille et le gouverneur. La grand-mère, qui les accompagne, s’étonne du retard de Lucien. Le père la rassure et l’engage à faire bonne contenance. - Il fait reprendre le quadrille interrompu. Cependant la grand-mère, qui ne voit point son Lucien, s’alarme de plus en plus, et le comte commence à partager les inquiétudes de la vénérable douairière. Tout à coup la foule s’écarte avec étonnement ; c’est Lucien qui paraît en désordre, amenant Paquita... La surprise du comte et de sa mère égalent leur joie, lorsque Lucien leur raconte qu’il a été entouré la nuit dans une maison isolée par des brigands. - Fureur concentrée du gouverneur. Lucien n’a dû son salut qu’au courage, au dévouement, à l’amour de cette jeune fille. - A l’amour ! répond avec étonnement le général. - Oui, à son amour, qui est partagé, semble dire Lucien ; ma vie tout entière appartient à ma libératrice. Mais Paquita se refuse d’elle-même à ce mariage, trop au-dessus d’elle, elle le comprend... La joie d’avoir sauvé Lucien lui suffit... Elle veut sortir. Lucien la retient, car si elle fuyait, il la suivrait... Le comte et sa mère cherchent à apaiser l’exaltation de Lucien ; ils béniront toute leur vie l’ange gardien de leur enfant... Mais le comte a donné sa parole au gouverneur, qui feint de la réclamer avec empressement. Tout à coup les yeux de Paquita tombent sur Don Lopez de Mendoza, qu’elle n’avait point encore aperçu. - Elle recule avec effroi... et le désigne du doigt... C’est lui, lui seul, qui, déguisé, masqué, a commandé, qui a payé l’assassinat, et l’accent de vérité qui semble l’animer confond l'Espagnol. On lui arrache son épée, - on l’entraîne ; sa sœur disparaît avec lui. - Paquita reste entre les bras de Lucien et de la grand-mère... Paquita se refuse encore à son bonheur ; mais en faisant un mouvement pour fuir, elle se trouve en face d’un portrait placé sur le devant de la scène... Elle tire précipitamment de son sein son médaillon. Plus de doute, c’est bien la même image dans les deux peintures. Cet officier, c’est son père, cet enfant qu’on a enlevé, c’est elle-même, qui, échappée au massacre, avait été gardée par Inigo. Nièce du comte, elle appartenait à sa famille par le sang avant de mériter d’y appartenir par le dévouement. - Le général embrasse Paquita en l’adoptant avec amour. La grand-mère entraîne son enfant nouvelle pour la parer. Le comte ordonne que le bal recommence.

DIVERTISSEMENT

A la fin duquel Paquita reparaît avec le costume de sa véritable patrie, et danse un pas auquel s’unissent tous les personnages de la fête, dans un ensemble final.

FIN

PARIS - Imprimerie Dondey-Dupré, rue Saint-Louis, 46, au Marais.

1. Les légendes des images reprennent les éléments donnés par la notice des documents [par] Gallica [de] la Bibliothèque Nationale de France

2. Il s'agit là du titre d'un poème extrait du recueil España, par Théophile Gautier, paru en 1845.

3. Le ballet Le Diable Boiteux fut créé à Paris, sur la scène de l'Académie Royale de Musique, le 1er juin 1836. Il s'agit du titre aussi du septième chapitre de l'ouvrage Une Vie de Danseuse - Fanny Elssler, écrit par Auguste Erhard.

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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