La Danse Corps et Graphies - Le Lac des cygnes - légende… airs - Acte Ier

Première variation du Pas de Trois des ballets de Piotr Ilitch Tchaïkovsky, en 1877, Le Lac des Cygne ne porte ses signes d’opus chorégraphique majeur qu’au souvenir du maître, quand, en 1895, Marius Petipa et Lev Ivanov inscrivirent le ballet, recréation de mouvements et de quelques partitions de Riccardo Drigo, au répertoire du Ballet Impérial de Saint-Pétersbourg.

Gouttes de rosée et motifs De contes mêlées, onde heurt osé aussi de l’être émotif qui en composa le thème…

Première arabesque

L’argument du Lac des Cygnes fut publié en livret dès 1876 dans le Journal Théâtral [de Moscou]. Pas plus que celui, identique, imprimé en février 1877 pour la création du ballet, il ne portait de nom d’auteur. Ainsi, seules quelques suppositions demeurent d’un "Pas de Deux" pour la rédaction par Vladimir Petrovich Begichev, alors Directeur du Théâtre Impérial de Moscou, et Vasily Geltser, danseur du Théâtre Impérial du Bolchoï.

Vladimir Begichev
Vladimir Begichev, Directeur du Théâtre Impérial de Moscou [en 1877]

Julius Reisinger
Julius Reisinger, chorégraphe du Lac des Cygnes en 1877

Le Lac des Cygnes

Acte Ier

L’action se passe en Allemagne. Le décor du premier acte représente un parc luxuriant au fond duquel on voit un château. Un joli petit pont est jeté par-dessus un ruisseau. Sur la scène, le jeune prince suzerain Siegfried qui fête sa majorité. Les amis du prince sont assis à de petites tables et boivent du vin. Les paysans, et évidemment, les paysannes, venus féliciter le prince, dansent à la demande du vieux Wolfgang, le précepteur du jeune prince, déjà un peu gai. Le prince offre du vin aux danseurs, et Wolfgang fait la cour aux paysannes, leur distribue des rubans et des bouquets.

Les danses sont de plus en plus animées. Entre un valet de pied et il annonce au prince que la princesse, sa mère, souhaitant parler avec lui, daigne se rendre ici même. La nouvelle dissipe l’allégresse générale, les danses cessent, les paysans se retirent à l’arrière plan, les domestiques se hâtent de débarrasser les tables, de cacher les bouteilles, etc. L’honorable précepteur, se rendant compte qu’il donne le mauvais exemple à son jeune élève, s’efforce de prendre l’air d’un homme fort occupé et sobre.

Voici enfin la princesse elle-même, accompagnée de sa suite. Tous les invités et les paysans la saluent respectueusement. Le jeune prince et, derrière lui, son précepteur, éméché et titubant, vont à sa rencontre. La princesse, remarquant la confusion de son fils, lui explique qu’elle n’est pas venue du tout ici dans le but de dissiper l’allégresse générale, de le déranger, mais parce qu’elle a à lui parler de son mariage, pour lequel a justement été choisi le jour de sa majorité. "Je suis vieille, poursuit la princesse, et c’est pourquoi je veux que tu te marie temps que je suis encore en vie. Je veux mourir en sachant que tu n’auras pas, par ton mariage, couvert d’opprobre notre célèbre famille."

Le prince, qui n’en est pas encore à penser au mariage, quoique contrarié par la proposition de sa mère, est cependant près à se soumettre, et lui demande respectueusement : qui lui a-t-elle donc choisi pour compagne de sa vie ?

"Je n’ai encore choisi personne, répond la mère, car je veux que tu le fasses toi-même. Demain il y aura un grand bal qui réunira de grands seigneurs avec leurs filles. C’est parmi elles que tu devras choisir celle qui te plaira et elle sera ta femme." Siegfried voit que l’affaire n’est pas encore particulièrement méchante, aussi répond-il : "je ne faillirai jamais, maman, à mon devoir d’obéissance.

- J’ai dit tout ce que j’avais à dire, répond à cela la princesse, et je m’en vais. Divertissez-vous tout à votre aise."

Après son départ, ses amis entourent le prince, et il leur fait part de la triste nouvelle.

"Finie notre allégresse. Adieux, liberté chérie, dit-il.

- Nous n’en sommes pas encore là, le console le chevalier Benno. Pour l’instant, l’avenir est loin, le présent est à nous et nous sourit !

- C’est la vérité !" Dit le prince en riant.

La fête recommence. Les paysans dansent, tantôt par groupe, tantôt séparément. L’honorable Wolfgang, après avoir encore bu une rasade, entre également dans la danse, et évolue, évidemment d’une manière si cocasse, que tous rient aux éclats. Après sa danse, Wolfgang se met à faire sa cour, mais les paysannes se moquent de lui et s’enfuient. L’une d’elle lui a plu tout particulièrement et, après lui avoir fait au préalable une déclaration, il veut l’embrasser, mais la coquine s’esquive et, comme il arrive toujours dans les ballets, il embrasse à sa place son fiancé. Embarras de Wolfgang. Rire général.

Mais c’est déjà bientôt la nuit : il commence à faire sombre. L’un des invités propose de danser en tenant les coupes dans les mains. Tout le monde s’exécute de bonne grâce. On aperçoit, de loin, une volée de cygnes.

"Ils sont fort difficiles à atteindre, dit Benno au prince en lui montrant les cygnes, pour le piquer au vif.

- En voilà des chansons, répond le prince. J’en atteindrai un à coup sûr, apportez un fusil.

- Non, non, déconseille Wolfgang, il est l’heure de dormir."

Le prince fait mine de croire qu’effectivement c’est peut-être inutile, qu’il est l’heure de dormir. Mais à peine le vieillard, rassuré, est-il sorti, qu’il appelle un domestique, prend un fusil, et part en courant avec Benno dans la direction où les cygnes se sont envolés.

Acte II

Décor
Acte II… Décor [sur] Le Lac des Cygnes, Théâtre Impérial de Moscou - 1877

Odette
Anna Sobechshanskaya en Odette - 1877

Un endroit, montagneux, une forêt de tous côtés. Au fond de la scène, un lac, sur la rive duquel, à droite du spectateur, se dresse un bâtiment à moitié en ruines, une sorte de chapelle. La nuit. La lune luit.

Une troupe de cygnes blancs avec leurs petits nagent sur le lac. Elle se dirige vers les ruines. En avant, un cygne avec une couronne sur la tête.

Le prince et Benno entrent en scène, pleins de lassitude.

"Je ne puis aller plus loin, dit ce dernier, je n’en ai pas la force. Prenons quelque repos.

- soit, répond Siegfried, nous devons être loin du château. Il va sans doute falloir passer la nuit ici". Il montre le lac. "Voici les cygnes. Vite mon fusil !"

Benno lui donne son fusil : Le prince a à peine le temps de viser que les cygnes disparaissent instantanément. Au même moment, l’intérieur des ruines s’éclaire d’une lumière extraordinaire.

"Ils se sont envolés ! Quel dommage… mais regarde ! Qu’est-ce que c’est ?" Et le prince montre à Benno les ruines éclairées.

- Etrange ! S’étonne Benno. Ce doit être un endroit enchanté.

- Nous allons examiner cela à l’instant, réppond le prince et il se dirige vers les ruines. A peine s’est-il approché, que sur les marches de l’escalier, apparait une jeune fille habillée de blanc, portant une couronne de pierres précieuses. La jeune fille est éclairée par la lueur de la lune.

Siegfried et Benno reculent, étonnés. Hochant mélancoliquement la tête, la jeune fille demande au prince :

"Pourquoi me poursuis-tu, chevalier ? Que t’ai-je fait ?"

Le prince, troublé, répond : "je ne pensais pas… Je ne croyais pas…"

La jeune fille descend les marches, s’approche doucement du prince et, une main posée sur son épaule, lui dit d’un ton de reproche :

"Le cygne que tu as voulu tuer, c’était moi !"

- Toi ? Un cygne ? Cela n’est pas possible !

- Si, écoute… Je m’appelle Odette, ma mère était une bonne fée ; en dépit de la volonté de son père, elle s’éprit passionnément, éperdument d’un noble chevalier, et l’épousa, mais il la conduisit à sa perte et elle mourut. Mon père se maria à une autre, m’oublia, et ma méchante marâtre, qui était une sorcière, me prit en haine et faillit me réduire à néant. Mais mon grand-père me recueillit. Il aimait fort ma mère et la pleura tant que ses larmes formèrent le lac que voici… Et c’est là, au fond de celui-ci, qu’il est parti lui-même et m’a cachée des yeux des hommes. A présent, depuis peu de temps, il me gâte en me donnant toute liberté de me divertir. C’est ainsi que, le jour, mes amies et moi, nous nous transformons en cygne et, fendant gaiment l’air de nos poitrines, nous nous envolons haut, très haut, presque jusqu’au ciel, et la nuit, nous jouons et dansons ici, près de notre aïeul. Mais ma marâtre ne me laisse toujours pas en paix, ni même mes amis…"

A cet instant, retentit le cri d’une chouette.

"Vous entendez ?… C’est là sa funeste voix…, dit Odette, en jetant à l’entour des regards angoissés. Regardez, la voilà !"

Une énorme chouette aux yeux brillants apparaît sur les ruines.

"Elle m’aurait tuée depuis longtemps, poursuit Odette. Mais mon grand-père me surveille d’un œil vigilant et la tient à distance. La sorcière perdra le pouvoir de me nuire avec mon mariage, mais jusqu’alors, seule cette couronne me sauve de sa haine. C’est tout, mon histoire n’est pas longue.

- Ô pardonne-moi, belle jeune fille, pardonne !" Dit le prince, confus, en se mettant à genoux.

Des jeunes filles et des enfants sortent à la file des ruines, et tous s’adressent au jeune chasseur, en lui disant qu’à cause d’un passe temps futile, il a failli les priver de celle qui leur est plus chère que tout.

Le prince et son ami sont au désespoir.

"C’est assez, dit Odette, arrêtez. Vous voyez, il est bon, il se désole, il a pitié de nous."

Le prince prend son fusil et, après l’avoir brisé d’un coup, le jette au loin en disant :

"Je jure que dorénavant plus jamais ma main ne se lèvera pour tuer quelqu’oiseau que ce soit !

- calme-toi, chevalier. Oublions tout et divertis-toi avec nous."

Les danses commencent, auxquelles prennent part le prince et Benno. Les cygnes constituent, tantôt de jolis groupes, tantôt dansent un par un. Le prince est constamment près d’Odette ; au cours des danses, il tombe éperdument amoureux d’Odette et la supplie de ne pas repousser son amour. Odette rit et ne le croit pas.

"Tu ne me crois pas, froide, cruelle Odette.

- Je crains de te croire, noble chevalier, je crains que ce ne soit que ton imagination qui te trompe : demain, à la fête de ta mère, tu verras beaucoup de jeunes filles charmantes, et tu t’éprendras d’une, tu m’oublieras.

- Ô jamais ! Je le jure sur mon honneur de chevalier !

- Eh bien, écoute : je ne te cache pas que tu me plais également, moi aussi je suis tombée amoureuse de toi, mais un terrible pressentiment me saisit. Il me semble que les intrigues de cette sorcière, te préparant quelque épreuve, détruiront notre bonheur.

- Je suis prêt à combattre le monde entier ! Toute ma vie, je n’aimerai que toi ! Et aucun sortilège de cette sorcière ne saura détruire notre bonheur !

- Fort bien, notre sort doit se décider demain : ou bien tu ne me verras plus jamais, ou bien je déposerai humblement ma couronne à tes pieds ; mais c’est assez, c’est l’heure de nous quitter, l’aube pointe. Adieux, à demain !"

Odette et ses amies se cachent dans les ruines, l’aurore s’embrase dans le ciel, une troupe de cygnes apparaît sur le lac, et au dessus d’eux, en battant lourdement des ailes, vole une grande chouette.

Le rideau se ferme.

Acte III

Une somptueuse salle dans le château de la princesse, tout est prêt pour la fête.

Le vieux Wolfgang donne ses dernières instructions aux domestiques. Le maître de cérémonie accueil et place les invités. Un héraut annonce l’arrivée de la princesse et du jeune prince qui entrent accompagnés de courtisans, de pages et de nains, et, en saluant aimablement les invités, ils gagnent les places d’honneur préparées pour eux. Sur un signe de la princesse, le maître de cérémonie donne l’ordre de commencer les danses. Les invités, hommes et femmes, composent des groupes différents ; les nains dansent. Une sonnerie de trompète annonce l’arrivée de nouveaux arrivés ; le maître de cérémonie va à leur rencontre, et le héraut indique leur nom à la princesse. Un vieux comte entre avec sa femme et sa jeune fille, ils saluent respectueusement les hôtes, et la fille du comte, à l’invitation de la princesse, prend part aux danses. Puis à nouveau une sonnerie de trompète, à nouveau le maître de cérémonie et le héraut remplissent leurs obligations : de nouveaux invités arrivent… Le maître de cérémonie place les vieillards, et les jeunes filles sont invitées par la princesse à danser. Après plusieurs entrées de ce genre, la princesse appelle son fils à part et lui demande laquelle des jeunes filles lui a produit une agréable impression.

Le prince lui répond tristement : "Jusqu’ici, aucune ne me plaît, mère chérie."

La princesse hausse les épaules avec dépit, appelle Wolfgang, et lui rapporte les paroles de son fils ; le précepteur essaie de convaincre son disciple, mais une sonnerie de trompète retentit et Von Rothbart entre dans la salle avec sa fille Odile. A la vue d’Odile, le prince est saisi par sa beauté, son visage lui rappelle son cygne Odette. Il fait approcher son ami Benno et lui demande : "Comme elle ressemble à Odette, n’est-ce pas ?

- À mon avis, pas du tout… tu vois ton Odette partout, répond Benno."

Le prince admire durant un certain temps Odile qui danse, puis prend lui-même part aux danses. La princesse est très heureuse, elle fait venir près d’elle Wolfgang et lui déclare que cette invitée semble avoir fait impression sur son fils.

"Oh oui, répond Wolfgang, attendez un peu, le jeune prince n’est pas de pierre, il ne lui faudra pas longtemps pour être follement, éperdument amoureux."

Cependant, les danses se poursuivent, et au cours de celles-ci, le prince accorde une préférence manifeste à Odile qui fait la coquette devant lui. Dans un moment de passion, le prince baise la main d’Odile. Alors la princesse et le vieux Rothbart se lèvent de leur place et gagnent le milieu de la scène, en direction des danseurs.

"Mon fils, dit la princesse, on ne peut baiser la main que de sa fiancée.

- Je suis prêt, mère chérie.

- Qu’en dit son père ? dit la princesse."

Von Rothbart prend triomphalement la main de sa fille et la donne au jeune prince. La scène s’assombrit instantanément, un cri de chouette retentit, les habits de Rothbart tombent à ses pieds, et il apparaît sous l’aspect d’un démon. Odile rit aux éclats. La fenêtre s’ouvre bruyamment et un cygne blanc y apparaît, portant une couronne sur la tête. Le prince rejette avec horreur la main de sa nouvelle compagne et, la main sur le cœur, sort du château en courant.

Rideau.

Acte IV

Final
Scène finale du Lac des Cygnes, Théâtre Impérial de Moscou - 1877

Le décor du deuxième acte. La nuit.

Les amies d’Odette attendent son retour ; certaines d’entre elles se demandent où elle a pu passer ; elles sont tristes sans elle et s’efforcent de se distraire en dansant elles-mêmes, ou en faisant danser de jeunes cygnes.

Mais voici qu’apparaît Odette, ses cheveux en désordre tombent épars sur ses épaules, elle est au désespoir et couverte de larmes ; ses amies l’entourent et lui demandent ce qu’elle a.

"Il n’a pas tenu son serment, il n’a pas résisté à l’épreuve…" Dit Odette.

Ses amies, indignées, la persuadent de ne plus jamais penser au traitre.

"Mais je l’aime, dit Odette tristement.

- Pauvre Odette, pauvre Odette ! Envolons-nous vite, le voilà qui vient.

- Lui ? dit Odette, effrayée, et elle court vers les ruines, mais elle s’arrête soudain et dit : "je veux le voir pour une dernière fois.

- Mais tu te perdras !

- Oh non ! Je serai prudente. Allez, mes sœurs, et attendez-moi."

Toutes disparaissent dans les ruines. On entend le tonnerre… D’abord des roulements séparés, puis ils se rapprochent de plus en plus ; de lourds nuages recouvrent la scène, traversés de temps à autres d’éclairs ; le lac commence à s’agiter.

Le prince entre en scène en courant.

"Odette… Ici ! dit-il, et il court vers elle. - ô, pardonne-moi, pardonne, chère Odette…!

- Il ne dépend pas de moi de te pardonner, tout est fini. Nous nous voyons pour la dernière fois !"

Le prince la supplie ardemment, Odette demeure inébranlable. Elle jette des regards craintifs sur le lac qui continue de s’agiter et, se détachant de l’étreinte du prince, court vers les ruines. Le prince la rattrape, la prend par la main, et lui dit, désespéré :

"Non, non ! De gré ou de force, mais tu resteras pour toujours avec moi !"

Il arrache la couronne de sa tête et la jette dans le lac en furie qui déborde déjà. Une chouette passe en criant au dessus d’eux, portant dans ses griffes la couronne d’Odette que le prince vient de lancer.

"Qu’as-tu fait ! Tu t’es perdu et tu m’as perdue. Je meurs", dit Odette en tombant dans les bras du prince et, par delà les grondements du tonnerre et le bruit des vagues, s’élève le dernier chant du cygne, tout emprunt de tristesse.

Les vagues recouvrent une à une le prince et Odette, et ils disparaissent bientôt sous l’eau.

La tempête s’apaise, on n’entend plus qu’à peine au loin, de faibles grondements de tonnerre ; la lune perce de sa pâle lueur les nuages qui se dissipent, et sur le lac calme, apparaît une troupe de cygnes blancs.

Traduit du Russe par Denis Dabbadie

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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