La Danse Corps et Graphies - Le Dieu Bleu qu’on sacre -Page 1

"Nouvelles" du Temps.

- Les ballets russes.

La première série des ballets russes qui commence ce soir au Châtelet comprendra, avec L’Oiseau de Feu, Le Spectre de La Rose et les Danses du Prince Igor, une création : Le Dieu Bleu, de M. Reynaldo Hahn, qui sera l’une des attractions de la saison.

Le livret de MM. Jean Cocteau et F. Madrazo nous conduit dans l’Inde fabuleuse. Un jeune homme amené à la vie religieuse par des brahmanes qui l’enferment dans leur temple, est séparé de sa fiancée que les brahmanes enchaînent et vouent aux monstres. La jeune fille invoque la Déesse, qui elle-même appelle à son aide le "Dieu bleu". Celui-ci dompte les monstres, réunit les deux fiancés dans une joie profonde et il remonte au ciel par un escalier d’or.

D’après tous les bruits qui nous parviennent, cette première soirée s’annonce sous les plus heureux auspices.

  • [Mes]moires chromatiques d’une "palette magique"
  • Adoré des fidèles [aux] quotidien
  • [mes] moires chromatiques d'une "palette magique"

    Voici d’ailleurs, comme tous les printemps, l’invasion des barbares qui nous menace. Nous aurons du 10 mai au 10 juin, au Châtelet, dix programmes de ballets russes, présentés en liberté sous la direction de M. Serge Diaghilew avec ses collaborateurs habituels : Michel Fokine, Léon Bakst, A. Benois, Nijinsky, Karsinawa et autres favoris. Le programme général en plus des reprises de Pétrouchka, de L’Oiseau de Feu, de Narcisse, du Carnaval et du Spectre de La Rose, comprendra, ce qui sera le plus intéressant pour nous, les premières représentations de quatre ballets français : Daphnis et Chloé, de Ravel ; de L’Après-midi d’Un Faune, et Les Fêtes, de Debussy ; Le Dieu Bleu, de Reynaldo Hahn.

    Le Ménestrel - 16 mars 1912

    Scénario de MM. Jean Cocteau et Frédéric Madrazo

    Le Dieu Bleu [in]augurait l'"expérience" de Jean Cocteau avec la danse… D'un "Bleu" à l'autre - le "Trin" de 1924 -, il écrivait son premier livret qu'il ne voudra pas recueillir parmi ses oeuvres complètes pourtant…

    Un soir chaud de l'Inde fabuleuse. Temple taillé dans le roc ; immense bassin où règne le Lotus sacré. A gauche massives portes d'or. Au fond derrière une grille qui relie entre elles de larges colonnes une plaine baignée par le Gange. Tout le décor est envahi par une floraison sauvage ; des serpents sacrés pendent le long des murailles, des tortues géantes aux carapaces peintes sommeillent autour de l'eau. Un jeune homme va devenir prêtre de la Divinité. Foule, offrandes, cérémonie.

    Une femme apporte des paons sur ses épaules, d'autres, des fruits et des fleurs inconnus sur des disques de métal.

    Danse

    On ôte au Jeune Homme ses vêtements profanes et on lui passe la robe safran des prêtres.

    Danse des porteuses d'offrandes et des musiciennes

    Danse des Bayadères du Lotus

    Entrée des yoghis à clochettes
    Ils ont les cheveux rouges, le corps frotté de cendres, le regard éteint.

    Danse des yoghis

    Avant d'introduire le Jeune Homme dans le sanctuaire, les prêtres se livrent à une invocation définitive. Brusque tumulte ; une jeune fille bouscule les gardes, se précipite aux genoux du Jeune Homme et le supplie de ne pas la quitter pour le culte divin. Il la repousse avec douceur et reste en extase. Supplications douloureuses de la Jeune Fille. Les prêtres la narguent et la défient. Ils l'insultent, veulent la chasser. Mais la Jeune Fille, indifférente à leurs menaces, se met à danser pour reprendre Celui qu'elle aime. Indignation des prêtres contre l'audacieuse qui trouble et désordonne leurs mystères. Ils veulent s'emparer d'elle… mais elle leur échappe et revient près de son bien-aimé. Elle danse encore avec mélancolie une danse des souvenirs. Elle lui rappelle leurs joies haletantes au bord du Gange, leur double course dans des nuages d'odeurs et de poussière. Peu à peu le Jeune Homme la regarde et se trouble. Elle s'en aperçoit, et sa mimique devient plus rapide, plus insinuante. "Viens ! Viens ! lui dit-elle, la plaine est proche !" Son geste et son élan lui indiquent la campagne traversée d'ibis roses. Il s'élance vers elle. Colère des prêtres. Scandale. On saisit le Jeune Homme, on l'emporte. Menaces terribles du Grand Prêtre à la Jeune Fille ; il lui fait comprendre qu'elle va subir un supplice. Railleries des prêtres servants. Tandis que la foule se disperse, on apporte de longues et fines chaînes d'or dont on charge les membres de la Jeune Fille. On ferme les grilles entre les colonnes. La nuit est complète. La Jeune Fille est seule. Silence, la lune miroite sur l'eau du bassin. La Voie lactée inonde le ciel. Cloches dans un des sanctuaires. La Jeune Fille se glisse, se traîne le long des murailles, cherchant une issue… Les grilles lui résistent. Espoir ! Une lueur nette raye les ténèbres à l'interstice des portes d'or. Elle pousse les battants, une porte cède, mais la Jeune Fille recule, ivre d'horreur. Les monstres et les démons enfermés dans le temple surgissent en un effroyable cortège. Ils entourent la Jeune Fille ; les uns rampent, d'autres bondissent ou volent. Ils décrivent autour d'elle une ronde frénétique. Ils veulent la pousser dans leur antre. Alors la Jeune Fille se souvient de la Divinité. Elle tombe à genoux et tend les bras vers le Lotus. Son cœur bat, elle supplie ! Miracle.

    Malaise. La lumière change, les monstres s'arrêtent comme inquiets et se retournent. Lentement, le bassin s'éclaire. Le Lotus s'ouvre. La Déesse paraît. Souriante, grave, immobile, elle a des lèvres et des ongles d'or. Elle est accroupie au milieu d'un jaillissement d'étamines éblouissantes. L'index de sa main droite est tourné vers l'eau ; touchant presque la sienne, une autre main dont l'index est levé sort de l'eau, puis un bras ; cette main et ce bras sont bleus et, suivant cette lente montée, le Dieu émerge. Il est complètement de couleur bleue, avec des lèvres et des ongles d'argent. La Déesse lui montre la jeune martyre. Il marche sur l'eau, saute sur les dalles, se dirige vers les monstres les regarde et s'apprête à les charmer.

    Danse et scène

    Les gestes du Dieu bleu sont tour à tour doux et frénétiques. Il saute de l'un à l'autre en bonds terribles et souples. Il se joue et se glisse parmi leur troupe grouillante. Tantôt il les captive par des poses cabalistiques et tantôt les effraye par des menaces superbes. Ils essayent de le terrasser. Il les évite. Il rampe lorsqu'ils sautent et voltige lorsqu'ils rampent. Sur son ordre, les branches des fleurs sauvages se penchent, s'enroulent à leurs membres et les lient. Quelques-uns respirent les corolles et tombent pâmés sur les dalles. Le Dieu bleu, à qui la Déesse n'a pas cessé par d'imperceptibles gestes d'ordonner les détails de sa danse, lui montre en souriant les monstres inoffensifs. La Déesse brise une étamine de Lotus et la donne au jeune Dieu qui dans cette flûte improvisée souffle le chant suprême de l'enchantement divin. Il joue et se berce lui-même avec volupté. Les monstres sont maintenant plongés dans une extase immobile. Le Dieu court de l'un à l'autre, afin d'être sûr de sa puissance. Radieux, il tournoie avec une frénésie décroissante et s'accroupit, vainqueur, au milieu des monstres dociles et charmés. Lumière, tumulte ; les prêtres rentrent pour constater l'effet de leur vengeance. A la vue du miracle, ils tombent la face contre terre. La Déesse ordonne aux prêtres de délier la Jeune Fille. Ils obéissent en tremblant. Une atmosphère de félicité bouddhique se répand sur toutes choses. Les amants se réunissent et s'étreignent. Elle lui reproche ses alarmes, et lui raconte la hideuse scène et l'intervention divine. Mais ils sont ensemble ! Cela seul importe ! Elle danse de joie.

    Un geste plus ample de la Déesse fait naître un gigantesque escalier d'or qui se perd dans l'azur torride. Debout au cœur du Lotus, la Déesse étend les bras et bénit le couple. Le Dieu monte vers le ciel.

    Jean Cocteau et Frédéric Madrazo - 1912


    Le Dieu Bleu - argument de Jean Cocteau et Frédéric Madrazo
    dit par Germaine Montero, Michel Bouquet et René Roussel
    sur les notes de Reynaldo Hahn, interprétées par Jean-Michel Damase au piano et Jean Patero à la flûte
    - Réalisation :Henri Soubeyran ; son : Jean Jusforgues ; production : Jean Jacques Kihm - 1860

    Musique de Reynaldo Hahn

    De Reynaldo Hahn, Jean Cocteau se souvient comme d'"un homme charmant" ; le librettiste définit la composition du Dieu Bleu


    Jean Cocteau se souvient de Reynaldo Hahn et définit la composition du Dieu Bleu… - 1860

    Décors et costumes de Léon Bakst

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    Le temple, le bassin…

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    Costume pour Le Dieu Bleu - Vaslav Nijinsky

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    Costume pour Le Dieu Bleu

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    Costume pour Le Dieu Bleu


    Images du costumes de Vaslav Nijinsky dans Le Dieu Bleu - conservé par la National Galery of Australia
    Commentaire des images en Français sur les notes de Reynaldo Hahn et synchronisation réalisés par Paysage Audio

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    Costume pour la fiancée

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    Costume pour le jeune Rajah

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    Costume pour la Mariée

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    Costume pour le Rajah

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    Costume pour une Bayadère

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    Costume pour une Bayadère

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    Costume pour la Bayadère au paon

    Esquisse
    Costume pour un pélerin

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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