La Danse Corps et Graphies - Le [vaisseau] Corsaire de Joseph Mazil[l]ier -Acte II

"Mais la scène change bientôt de face."
Le Journal Amusant

L'aventure du Corsaire fut chroniquée - entre-filets ou feuilletons... -, Ces pages de presse "charient" de précieuses informations sur ce que furent la mise en scène et la chorégraphie, et quand bien même les impressions varient, au sujet de la danse, des corps et décors...

Ainsi, par le biais de la caricature, au [deuxième] acte "revu[e] : dans Le Journal Amusant, éclairé par les phares du triomphe du ballet, l'illustrateur Emile Marcelin "ré"-écrit le livret- sur "les planches... - ; s'y mêlent quelque[s] pointe[s] illustre[s]...

LE CORSAIRE,
BALLET-PANTOMIME
PAR LORD BYRON, MONSIEUR DE SAINT-GEORGES ET MARCELIN

Illustration

Au moment d'écrire une parodie du Corsaire, nous Avons lu le livret explicatif que l'on distribue dans là salle.

Après avoir lu ces belles pages, nous n'osons plus les parodier ; nous préférons les transcrire ici.

L'espace restreint qui nous est confié nous a forcé de supprimer ou modifier quelques passages secondaires, mais les scènes principales sont restées dans leur pureté primitive.

On y reprochera peut-être quelques peintures voluptueuses : le dénouement, de la plus haute moralité, doit les faire pardonner.

M.

PERSONNAGES.

MÉDORA. Mme Rosati.
GULNARE. Mme Couqui.
CONRAD LE CORSAIRE. Mr. Segarelli.
SEYD PACHA. Mr. Dauty.

ACTE PREMIER.

PREMIER TABLEAU.

Une place de la ville d'Andrinople. -Au milieu de la place un marché d'esclaves.

SCÈNE PREMIÈRE.

De belles esclaves sont couchées sur des nattes et des divans.
- Une troupe de corsaires grecs s'avance, précédant Conrad leur chef.

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Conrad recommande le silence et la sobriété à ses gens. Il semble chercher quelqu'un.
C’est la belle Médora, la pupille d'Isaac Lanquédem le maitre du bazar.
La jeune fille entrouvre son voile en apercevant le beau corsaire.
Et lui jette un bouquet.
Conrad exprime sa joie en y lisant son amour.
Il s'approche de ses corsaires,
Et leur donne des ordres secrets.

SCÈNE II.

Une marche se fait entendre,
Et l'on voit sortir d'une riche litière le pacha de l’île de Cos.

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Seyd-Pacha est un vieillard usé, blasé,
Puissamment riche.
Il vient renouveler son harem,
Et regarde les esclaves en connaisseur,
Les marchands, pour séduire le riche amateur,
Font danser devant lui les femmes de tous les pays.
Mais le pacha reste insensible.
Il trouve l'une trop grande ;
L'autre, trop petite.
Celle-ci, trop grasse.

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Celle-là, trop maigre.

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Il va s'éloigner quand il aperçoit Médora.
Il rayonne tout à coup.
C'est elle seule qu'il veut acheter.
La jeune Grecque effrayée court à Conrad.
Elle sent qu'il y à là pour elle un refuge, une protection.
Conrad détache son zarape d'or, qu'il fait briller aux yeux de ses compagnons.
A cette vue, les corsaires saisissent les belles esclaves dans leurs bras,
Et les emportent vivement.
Conrad s’empare de Médora, qu'il presse sur son cœur.
Isaac Lanquédem veut partager le sort de Médora.
Qu'à cela ne tienne, dit le corsaire en le désignant à ses gens ! Qu’on l’enlève aussi.

DEUXIÈME TABLEAU.

Un palais souterrain. - Vaste et magnifique demeure où sont amoncelées d'éblouissantes richesses.

SCÈNE PREMIÈRE.

Conrad paraît amenant la belle Médora, sa charmante conquête.
Il la fera reine de ces lieux souterrains.
Mais pourquoi, lui dit Médora, un si terrible état !...
Pourquoi toujours la mort dans le cœur ?... ! Le poignard à la main !... ! ! !
Conrad lui répond que pour elle il peut renoncer à la gloire sauvage. ,
Je donnerai tout cela, dit-il à la belle Grecque, pour un mot de tes yeux, pour un regard de ta bouche !...

SCÈNE II.

On introduit les captives du corsaire et Isaac Lanquédem.
- Le pirate leur ordonne de s'unir à Médora dans le pas brillant que la belle Grecque s'apprête à danser devant lui.

PAS DES ÉVENTAILS.

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La belle Médora profite de l'admiration du corsaire,
Pour lui demander la grâce de ses belles prisonnières.
Conrad ordonne qu'on rende les jeunes filles à la liberté.
Mais Birbanto, le lieutenant,
Ameutant autour de lui les chefs corsaires,
Leur représente que ces femmes font partie du butin,
Et qu'ils ont droit au partage.
Ils s'avancent tous vers Conrad en le menaçant.
Le regard du corsaire devient terrible ! ! !
D'un geste puissant il fait reculer les mutins ! ! !
Ces hommes farouches sont prêts à se révolter ! ! ! ! !
Mais Conrad, saisissant le bras de Birbanto, le plus audacieux de tous,
Force le rebelle à plier devant lui, et le jette à ses genoux.
A cet acte de vigueur,
Les pirates reconnaissent le maître,
Et s'inclinent devant lui.
Sur un signe de Conrad, toutes les portes de la grotte
S'ouvrent à la fois,
Et les prisonnières joyeuses s'élancent au dehors.
Conrad s'éloigne appuyé sur la belle Médora,
Et Suivi des principaux chefs humbles et repentants.

SCÈNE III.

Birbanto et quelques corsaires demeurent seuls dans la grotte
Avec Isaac Lanquédem, terrifié par cette sombre compagnie.
- Approche, dit Birbanto à Isaac ; il faut que tu reprennes ta pupille ;
Cette enchanteresse déjà trop puissante sur le cœur du chef.
- Mais comment ! s'écrie Isaac.
- Regarde, dit le pirate, " Et ne bouge pas ! !...
Le pirate va cueillir aux arbustes qui décorent la grotte un bouquet de fleurs de lotus.
Puis montrant mystérieusement à Isaac un petit flacon d'or,
Qu'il tire de son sein,
Il en verse le contenu sur les fleurs du lotus.
Il s'approche alors d'un pirate resté en sentinelle près de la porte,
Et lui fait respirer son bouquet. :
Les signes du sommeil paraissent aussitôt chez le pirate.
- Tu as vu ! dit Birbanto au renégat stupéfait. "Viens !
Maintenant la belle Médora est à toi.

SCÈNE III (suite).

C'est l'heure du souper de Conrad.
Le corsaire reparaît avec la belle Médora.
Une scène d'amour commence entre eux.
La belle Médora se multiplie autour de son seigneur.
Tous ses soins sont entremêlés de poses gracieuses et des baisers que lui dérobe le corsaire.

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Une draperie se soulève silencieusement…
Une jeune fille, conduite par Isaac, paraît portant sur un plat d'or
Le fatal bouquet de lotus
Sur lequel Birbanto a versé
Son puissant somnifère !
La belle Médora présente le bouquet au corsaire.
Conrad l'accepte avec amour.
Mais à peine a-t-il senti l'arôme funeste,
Que toute sa personne s'alanguit.
La belle Médora le regarde avec tendresse,
Mais le sommeil est le plus fort !
Un léger bruit se fait entendre.
La belle Médora écoute et voit un homme paraître.
C'est Birbanto, la menaçant de son poignard.
- Que voulez-vous faire de moi ! demande-t-elle.
- T'enlever à cet homme, répond-il en montrant Conrad.
Il s'élance sur sa proie,
Mais un bruit qu'il croit entendre
Le force à aller s'assurer au fond de la grotte
Que son crime est sans témoin.

ACTE DEUXIÈME.

Le palais du pacha dans l'île de Cos. - Les bains des femmes du palais au milieu de magnifiques jardins. - La vue des bains est interrompue par d'immenses draperies.

SCÈNE PREMIÈRE.

Les femmes du pacha sortent du bain.

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Les unes tressent leurs longs cheveux,
Les autres folâtrent entre elles.
On annonce un marchand d'esclaves,
Et l'on voit paraître Isaac Lanquédem amenant de force une femme voilée.
Cette femme, c'est la belle Médora !

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Les femmes du pacha viennent examiner avec curiosité leur nouvelle compagne.
L'une d'elle, la brune Gulnare, en voyant des pleurs dans les yeux de la belle Médora, lui prend la main ;
Et tandis que le pacha donne des ordres à ses eunuques, les deux jeunes filles se comprennent.

SCÈNE II.

La scène est interrompue par un grand mouvement qui s'opère dans les jardins du harem.
On voit défiler dans le fond
Une longue caravane de pèlerins et de derviches
Se rendant à là Mecque.
Le chef de la caravane est un vieillard, un pieux derviche,
Qui vient demander pour Ses gens et lui l'hospitalité au pacha.

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Le pacha trouve plaisant de tenter une épreuve
Sur la vertu du saint derviche.
Il veut lui montrer toutes les joies du harem.
A son ordre un ballet commence.

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La bonne Gulnare danse avec ses compagnes devant le derviche,
De plus en plus ému.
Puis vient le tour de Médora ;
Elle refuse de s'unir à ces jeux.
Mais un signe mystérieux du derviche a changé sa résolution.
Elle à reconnu son amant.
La joie succède au désespoir.
Ivre de bonheur, elle danse à son tour,
Voltigeant autour du derviche.
Mais la scène Change bientôt de face.
Le derviche laisse tomber la robe qui le couvre, et l'on reconnaît Conrad le corsaire !
A ce signal, les pèlerins de la fausse caravane se dépouillent de leurs vêtements pieux !
Les poignards des corsaires sont tirés ! ! !
Une mêlée commence au milieu des jardins.
Seyd-Pacha fuit éperdu...
Conrad serre contre son cœur la belle Médora...
Elle s'attache à lui...
Mais le corsaire résiste...
Il ne quittera le combat qu'après la victoire !

SCÈNE III.

A ce moment, une femme éperdue, poursuivie par Birbanto,
S'élance près de Conrad en le suppliant de la protéger.
Cette femme, c'est la bonne Gulnare.
Conrad la prend sous sa protection.
Ce n’est pas aux femmes qu'il fait la guerre,
Mais à celui qui voulait lui enlever Médora !
Birbanto s'éloigne en proférant des gestes de menace.

SCÈNE IV.

Épuisée par tant d'émotions diverses.
La belle Médora est prête à s'évanouir
Dans les bras de son amant.
Mais les soins de Gulnare,
La tendresse du corsaire
Lui font surmonter cet instant de faiblesse,
Et elle s'apprête à s'éloigner.
Mais les gardes de Seyd-Pacha, ralliés par le traître Birbanto,
Se glissent dans les jardins, entourent Médora,
Et l'entraînent vivement.
Tandis que le corsaire reçoit les actions de grâce de la jeune Gulnare ;
Conrad s'aperçoit bientôt de son nouveau malheur.
Il va courir.
Mais le nombre de ses ennemis l'accable.
Le pacha, radieux, tient son redoutable ennemi désarmé
Au milieu d'un cercle de fusils,
Dont sa poitrine est le centre ! ! !

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ACTE TROISIÈME.

PREMIER TABLEAU.

L'appartement du pacha, dans un kiosque élégant. - Fenêtre donnant sur la mer.

SCÈNE PREMIÈRE.

Seyd-Pacha fait approcher la belle Médora.

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- Choisis entre mon trône, ma main, et la vie de celui que tu aimes, lui dit-il.
Médora refuse cet indigne traité !
Une marche lugubre se fait entendre.
Et l'on voit passer dans le fond
Conrad enchaîné que l'on conduit à la mort.
La belle Médora supplie le pacha de suspendre l'exécution.
- J'y consens, dit Seyd ; dis-lui mes conditions.
Conrad préfère cent fois la mort ! ! !
A l'infidélité de celle qu'il aime ! ! ! !

SCÈNE II.

Mais la bonne Gulnare s'est glissée dans le kiosque.

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Elle s'approche,
Et dit aux deux amants :
- Accepte la vie que t'offre Seyd-Pacha, noble Conrad !
- Accepte la main qu'il te propose, belle Médora.
Et vous n'en serez pas moins heureux !
Elle leur fait une mystérieuse confidence.
Seyd reparaît.
- Doit-il vivre ! doit-il mourir ! dit-il à Médora en montrant Conrad.
La belle Médora fait un signe de soumission.
- Qu'il soit libre, dit Seyd,
Et que personne n'ose attenter à ses jours.
Pendant ce temps,
Conrad, la bonne Gulnare et la belle Médora
Se sont concertés.
A minuit, dit Conrad, je viendrai t'arracher à ta captivité.
Jusque-là ! ! !
Veille sur mon bonheur !

SCÈNE III.

Un air joyeux se fait entendre.
C'est là marche du mariage.

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Les imans conduisent là fiancée du pacha.
La jeune fille est couverte d'un long voile,
Brodé d'argent,
Et qui là recouvre entièrement.
Mais, en passant devant le public,
Elle le soulève vivement,
Et laisse voir les traits de Gulnare,
Qui à pris la place de la bien-aimée.
Le pacha la conduit devant le grand muphti,
Placé près d'un autel
Portatif de forme orientale.

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Seyd place l'anneau nuptial au doigt de sa nouvelle épouse,
Puis il lui offre la main pour la reconduire à ses appartements.

SCÈNE IV.

Tout se prépare pour la nuit des noces.
Le pacha veut que son amour se trahisse
Par de riches apprêts.
Une portière se soulève mystérieusement.
L'on voit entrer la belle fiancée,
Mais ce n'est plus là bonne Gulnare,
C'est la belle Médora elle-même
Dans le costume le plus séduisant !...
Ses charmes à peine voilés !...
Redoublent là passion de Seyd.
La légère créature voltige
Et bondit
Autour du pacha transporté.
A ce moment minuit sonne.
La fenêtre s'ouvre spontanément ! ! !
Et sur la fenêtre paraît Conrad.
Il Saisit Médora.

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La fenêtre se referme subitement
Sur eux ! ! !
Seyd-Pacha court à son timbre d'airain et le frappe avec fureur.
On accourt de tous côtés.
La fenêtre est ouverte violemment ! ! !
Les fugitifs ont disparu.
La fureur de Seyd-Pacha est au comble.
On lui enlève celle qu'il aime !
Son épouse, enfin ! ! !...
- Votre épouse, lui dit la bonne Gulnare en paraissant,
Et en lui montrant son anneau :
- C'est moi qui suis votre femme !
Et la reine de ces lieux ! ! !...

DEUXIÈME TABLEAU.

La mer.

Le vaisseau corsaire flotte au milieu des vagues.
Conrad, assis sur le pont,
Tient sa bien-aimée dans ses bras.
Il distribue de l'or à ses pirates,
Et fait apporter un tonneau de rhum sur le pont.
Les joyeux marins y puisent à tasse pleine.
A cette fête bachique
En succède une autre plus gracieuse.
Des jeunes filles grecques entourent la belle Médora,
Et une danse aérienne
Et poétique Remplace la bachique gaité des corsaires.
A ce moment le tonnerre gronde sourdement.
Les éclairs illuminent le bâtiment de leur sinistre lueur ! !
Chacun s'agite pour le salut général ! !
La tempête augmente ! ! !...
La foudre éclate ! ! !...
Un effroyable craquement se fait entendre.
Dieu veut engloutir d'un seul coup cette horde de bandits ! ! !...
Conrad saisit son porte-voix ! ! !...
Et le vaisseau disparaît dans les profondeurs de l'Océan, qui se referme sur lui ! ! !...

ÉPILOGUE.

La mer s'est apaisée.
Les flots ont englouti le redoutable navire
Et ses terribles hôtes ! ! !...
Une lune claire et brillante vient dorer la mer de reflets argentés !
Une épave flottante surnage au milieu de l'onde immense !
Deux créatures humaines s'y soutiennent encore.
C'est Conrad et la belle Médora
Fortement enlacés.
Leur pur amour à touché
Sans doute
Celui devant lequel ils se le juraient !...
Le vent les pousse vers la rive.
Ils y abordent
Enfin ! ! !.

Illustration

De ce jour le terrible corsaire ne reparut plus.
L'amour lui avait inspiré le repentir...
Le repentir lui donna
Sans doute
La paix, le bonheur
Et beaucoup d'enfants.

MARCELIN

Illustration
GRAND OPÉRA »» PARIS.

Illustration
DERNIÈRE SCÈNE DU CORSAIRE, DESSIN DE G. DORÉ, GRAVÉ PAR PISON.

Illustration
SA HAUTESSE LE SULTAN HONORANT DE SA PRÉSENCE LE BAL DE L'AMBASSADE FRANÇAISE A CONSTANTINOPLE,
DESSIN DE PRÉMARAY, GRAVÉ par DUXONT.

Emile Marcelin in Le Journal Amusant - 5 avril 1856

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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