La Danse Corps et Graphies - La Fille Mal Gardée, [R]évolution -Premier tableau

1er représentation de Il n’est qu’Un Pas du Mal au Bien, ballet pantomime de la compagnie de M Dauberval ; précédé du Bourru Bienfaisant, comédie en 3 actes.
2e représentation : idem, précédé de L’Ecole des Pères, comédie en 5 actes."

…Ainsi le Journal de Guienne annonçait deux représentations données les 1er et 3 juillet 1789 au Grand Théâtre de Bordeaux d’un ballet qui s’intitulerait bientôt "mûr", La Fille Mal Gardée.

Née au Grand Théâtre de Bordeaux, Lis[on]e - la fille mal gardée - dansa, dès la décennie suivante sur de nombreux théâtres, échappée en Europe, en ronde sur les scènes du monde et récolta autant de succès en reprises, remaniements ou révisions au fil du temps. Le ballet groupe ainsi des œuvres très dissemblables, tant chorégraphiques que musicales : Charles Didelot, Jean-Pierre Aumer, Marius Petipa, Paul Taglioni, Alexander Gorsky, Bronislava Nijinska ou Frederick Ashton… Cultiveront les grains jetés par Jean Dauberval ; Louis-Ferdinand Hérold ou Peter Ludwig Hertel, et en touches, de nombreux compositeurs comme Ricardo Drigo ou en arrangements, John Lanchbery - pour la production de Frederick Ashton -, écriront de nouveaux "chants" [dans] ces champs. Néanmoins, par-delà les transformations du ballet au cours du temps, l’intrigue demeure, presque inchangée. Elle a grandi la popularité du ballet, le plus ancien du répertoire encore dansé autour du monde, si on veut bien excepter toutefois Les Caprices de Cupidon de Vincenzo Galeotti, créé en 1786, et qui figure toujours au répertoire du Ballet Royal du Danemark.

Chorégraphe
Jean Dauberval, "père" de La Fille Mal Gardée

Acte Ier
Premier tableau
"Le théâtre représente un hameau…"

Lendemain d’une représentation au Grand-Théâtre de Bordeaux : Un rapport de police du 28 nivôse an VI indique que "le spectacle de ce jour a commencé par la représentation du Bourru Bienfaisant, comédie en cinq actes, suivi du Ballet de La Paille en trois actes qui a été généralement applaudi. La décence et la tranquillité ont parfaitement régné depuis le commencement jusqu’à la fin du spectacle".

La symbolique "révolutionnaire" de la date de création accorde à la date dans la "grande" Histoire un sens dans le temps [lié] de la danse : l’intrigue de La Fille Mal Gardée, fuit l’Olympe pour rencontrer des personnages plus réels. En un temps où les ballets sont essentiellement anacréontiques, aux sujets mythologiques, Jean Dauberval met en scène des personnages nommés Lise ou Colas, archétypes de paysans de comédie. Pas de tentation vériste ou naturaliste là, mais une esthétique que l’on pourrait qualifier déjà de "pré-romantique" – prélude à la pastorale du premier acte de Giselle… En-dehors de cela, il faut pourtant se garder de voir le moindre lien entre l’actualité de l’époque et un ballet qui met en scène des paysans ou des personnages du peuple. Ceux-là sont des "silhouettes de carton» - ceux qu’aime à se représenter l’aristocratie lettrée et rousseauiste de ce XVIIIème siècle finissant - : ils ne souffrent ni n’ont faim, ils sont gais, heureux et. Dès lors, l’œuvre ne porte aucun message révolutionnaire de contestation de l’ordre social.

Âme[aux] matinées

Représentation picturale
Pierre-Antoine Baudouin La Réprimande - Une jeune fille querellée par sa mère - 1789

L’inspiration fut-elle musicale : un opéra comique de Egidio Romualdo Duni [ ?] ; ou iconographique : une reproduction en gravure du tableau de Pierre-Antoine Baudouin - dans le goût sentimental et moralisateur qu’affectionnait Diderot -, intitulé La Réprimande - Une jeune fille querellée par sa mère [ ?]…

Le livret "copie", à bien des égards, une intrigue théâtrale classique, un modèle développé par les dramaturges des XVII et XVIIIème siècles, et dans la plupart des pièces issues de la tradition de la comédie italienne. C’est le triomphe de l’amour et de la jeunesse sur le pouvoir et l’autorité de la famille. Lise et Colas correspondent ainsi aux emplois traditionnels de jeunes amoureux et pleins de fraîcheur, Alain est le "clown", le "zanni", adaptation française des Arlecchino et autres Scapino du répertoire de la Commedia dell’arte, la Mère Simone est un avatar féminin - le rôle est pourtant interprété par un homme - de Pantalon, le vieillard autoritaire, abusé et trompé par les valets ou les jeunes gens. L’intrigue de La Fille Mal Gardée, par sa simplicité et ses emprunts évidents au monde de la comédie, séduit naturellement le public de l’époque, et bientôt tous les publics.

La Fille Mal Gardée,
ou Il n’est qu’un pas du mal au bien,

Tableaux villageois en deux Actions,
Par feu Dauberval ;

Représentés sur différents Théâtres de la Capitale.

Paris,
Chez Barba, Libraire, Palais-Royal, derrière le Théâtre Français, n° 51.
De l’Imprimerie de Hocquet, rue du Faubourg Montmartre, n°4
1818

Personnages.

Lise, fille mal gardée
La mère Simonne
Colin, amant de Lise
Thomas, vigneron
Alain, son fils
Le Tabellion
Un jeune Villageois
Deux Villageoises

La scène est dans un Village près de Paris.

La Fille Mal Gardée,
ou Il n’est qu’un pas du mal au bien,
Pantomime villageoise en deux actes.

Acte Premier.

Le Théâtre représente un hameau à droite de l’acteur ; au deuxième plan, est la maison de la mère Simonne avec une fenêtre au-dessus de la porte. A gauche, on voit une chaumière avec une basse-cour à côté. On voit les poules à travers une grille de bois brut.

Scène Première.

Lise, seule.

Au lever de la toile, quelques ouvriers moissonneurs traversent le fond du théâtre.

Lise sort de chez elle avec mystère : elle cherche des yeux Colin, à l’avant-scène, au fond du théâtre ; elle témoigne de l’humeur de ne point le voir. Elle entre dans la chaumière, en sort avec du grain dans son tablier, qu’elle distribue aux poules ; y rendre encore, et prend un baquet plein de lait, qu’elle pose à côté de la porte ; regarde encore si Colon ne vient pas. Obligée de rentrer chez elle, par la crainte que sa mère ne s’éveille, elle prend un ruban, qu’elle attache à un arbre, qui est près de sa porte, pour prouver à Colin qu’elle est déjà venue. Elle rentre chez elle sur la pointe des pieds.

Scène II.

Colin et Plusieurs Villageois.

Colin arrive avec plusieurs moissonneurs ; ses premiers regards se portent sur la maison de la Mère Simonne. Il engage ses camarades à continuer leur route, en leur disant qu’il les aura bientôt rejoints. Quand ils sont partis, il s’approche doucement de la maison de Lise, prête l’oreille, n’entend rien, se dépite, et est sur le point de s’en aller, quand il aperçoit le ruban ; il le reconnaît, s’en saisit, le baise avec transport, et l’attache à son bâton. Il aperçoit Lise à sa porte, court à elle, lui baise les mains ; la mère Simonne paraît à la fenêtre, aperçoit Colin, lui jette un panier, puis sa coëffe. Colin se sauve à toutes jambes ; lise le suit des yeux, ramasse le panier et la coëffe de sa mère.

Scène III.

Lise, La Mère Simonne.

La mère Simonne sort de chez elle furieuse, Lise jette le panier dans la maison et porte la coëffe à sa mère ; elle la met sur sa tête et veut gronder Lise.

Scène IV.

Lise, La Mère Simonne, Troupe de jeunes Villageoises.

De jeunes Villageoises arrivent gaîment, se présentent à la mère Simonne pour moissonner ; celle-ci leur demande combien elles veulent gagner ; elles répondent qu’elles veulent huit sols ; la mère Simonne leur en offre cinq ; les Villageoises les refusent et veulent se retirer ; Lise les ramène et propose de leur en donner six ; la mère Simonne y consent. Lise termine le marché en leur touchant dans la main.

Elle va chercher des faucilles que sa mère distribue aux Villageoises. Ensuite Lise leur donne à chacune un panier pour mettre leurs provisions. Elles partent toutes pour aller aux champs ; Lise veut les suivre ; sa mère court après elle et la ramène.

Scène V.

Lise, La Mère Simonne.

La mère Simonne gronde Lise de son entrevue avec Colin, et la menace de la battre si cela lui arrive encore.

Scène VI.

Les Mêmes, Colin.

Colin paraît au fond du théâtre ; Lise l’aperçoit et lui fait signe de se retirer derrière la ferme, ce qu’il fait. La mère Simonne continue de gronder Lise, qui s’excuse en lui disant que c’est malgré elle que Colin lui a baisé les mains, qu’elle n’a pu s’en défendre ; la mère Simonne ne veut pas la croire et lui donne quelques tapes pour ce mensonge. Elle rentre chez elle. Lise profite de ce moment pour faire signe à Colin de se cacher dans la chaumière, ce qu’il exécute avec promptitude. La mère Simonne sort de chez elle avec une baratte qu’elle place à l’avant-scène à droite. Ensuite elle va à la chaumière pour chercher le lait ; Lise est effrayée, craignant que sa mère ne découvre Colin. La mère Simonne, au moment d’ouvrir la porte de la chaumière, donne du pied contre le baquet, gronde sa fille de cette négligence. Elle prend le baquet et vient verser le lait dans la baratte ; ordonne à Lise de battre le beurre, et rentre chez elle en remportant le baquet et en faisant plusieurs menaces à Lise.

Scène VII.

Lise, Colin.

A peine la mère Simonne est-elle rentrée, que Colin sort de la chaumière. Il demande de loin à parler à Lise ; elle résiste d’abord, mais cède ensuite, en indiquant à Colin d’aller regarder partout si quelqu’un pourrait les surprendre. Il revient ensuite auprès de Lise, veut lui prendre son ruban, elle s’y refuse ; il boude et veut s’en aller en mettant son bâton sur son épaule ; Lise reconnaît son ruban, le prends, ce qui retient Colin ; raccommodement. Lise place le ruban à la veste de Colin, en le passant dans les boutonnières, Colin tire les deux bouts, la main de Lise se trouve enlacée dans le ruban, est forcée de s’appuyer sur le cœur de son amant. Elle finit par arranger le ruban. Colin, enhardi par cette faveur, dérobe un baiser à sa maîtresse qui voudrait, mais ne peut pas s’en fâcher. Elle montre la tâche que lui a donné sa mère et se dispose à la remplir ; Colin la plaint de sa fatigue, lui essuie le front et prend sa place pour achever son ouvrage. Lise à son tour retient Colin qui travaille avec trop d’ardeur ; leurs regards se confondent, la tâche est oubliée, ils ne songent plus l’un et l’autre qu’au bonheur de s’aimer. On entend du bruit ; Lise se met vite à l’ouvrage et Colin se sauve.

Scène VIII.

Lise, La Mère Simonne, Villageoises.

Une troupe de jeunes Villageoises arrive gaîment ; elles veulent entraîner Lise à la moisson, la mère Simonne paraît, cherche Lise, l’aperçoit parmi les Villageoises, court après elle, l’attrape au moment où elle allait sortir ; elle la ramène à l’avant-scène, lui reproche de n’avoir pas fini sa tâche ; Lise s’excuse en disant que ce sont les Villageoises qui sont venues la distraire. La vieille ne reçoit point cette excuse et lève le poing pour la frapper.

Scène IX.

Lise, la Mère Simonne, Thomas, Alain.

Thomas arrive, conduisant son fils Alain. Il vient demander Lise en mariage pour Alain, en disait qu’il en est amoureux et qu’il lui donnera une bonne dot. La mère Simonne l’accepte et ordonne à sa fille de donner le bras à Alain ; Lise s’y refuse et préfère s’en aller avec le père Thomas. Alain donne le bras à la vieille.

Scène X.

Le théâtre change et représente au fond un vaste champ de bled que les Villageois et Villageoises moissonnent.

La Mère Simonne, Lise, Colin, Thomas, Alain Villageois et Villageoises.

On entend sonner midi. Tous les moissonneurs quittent l’ouvrage et se disposent à s’amuser. On voit arriver Simonne, Alain, Lise et Thomas dans le même ordre qu’on les a vus partir. La vieille fait asseoir Lise sur un tas de gerbes qui est à droite, et se place à côté d’elle : les jeunes Villageois et Villageoises commencent à danser des rondes ; les anciens paysans boivent ; Colin profite de ce moment pour s’approcher furtivement de Lise ; la vieille s’en aperçoit, le poursuit ; cette scène se renouvelle et chaque fois d’une manière différente. Un jeune Villageois anime les jeunes filles, les fait danser avec son flageolet. Une d’elles s’en emparer ; il veut le rattraper, court après elle : tout le monde s’en mêle ; le divertissement devient général, mais il est bientôt interrompu par l’orage : le ciel s’obscurcit, le tonnerre gronde ; les moissonneurs effrayés s’empressent de mettre leurs gerbes à couvert ; chacun enlève ce qu’il peut. La mère Simonne, avec un tas de gerbes sur sa tête, veut prendre le bras de Lise ; Colin s’en aperçoit, il donne sa main à la vieille qui croit tenir celle de sa fille, et sort avec assurance pendant que Colin couvre de baisers celle de sa maîtresse.

Fin du premier Acte.

Acte Second

Le théâtre représente l’intérieur de la ferme de la mère Simonne. A droite des acteurs, on voit au premier plan, une armoire ; au second, un escalier qui conduit à une chambre dont la fenêtre est en face du public. Au fond du théâtre, sur la droite, est la porte d’entrée, avec une ouverture au-dessus, garnie de quelques barreaux de bois.

Scène Première.

Lise, La Mère Simonne.

La mère Simonne arrive avec sa fille ; elles portent chacune des gerbes sur leur tête ; elles s’en débarrassent alternativement en les jetant du côté gauche. La mère Simonne est fatiguée. Lise va chercher un mouchoir dans l’armoire et le donne à sa mère pour qu’elle change. Simonne va chercher un rouet et une quenouille garnie de chanvre. Elle place le rouet à sa droite, et donne la quenouille à Lise en lui ordonnant de filer. Lise s’assied sur les gerbes et la vieille se met au rouet.

Elle commence à filer, Lise avec sa quenouille, d’un air de mauvaise humeur, Simonne, qui sent que le sommeil la gagne, va fermer la porte, et met la clef dans sa poche ; en revenant, elle gronde Lise de sa nonchalance, et lui ordonne de travailler ; elle se remet à son rouet : mais à peine a-t-elle commencé à filer, que ses yeux se ferment, sa tête se penche. Lise, fâchée d’être renfermée, s’approche doucement de sa mère, pour lui enlever la clef de la porte. Simonne se réveille et propose à sa fille de la faire danser au tambour de basque. Lise accepte avec plaisir, va chercher le tambour, le donne à sa mère, et danse. Mais après quelques mesures, Simonne baille, touche à peine le tambour et s’endort tout-à-fait. Colin parait à travers les barreaux qui sont au-dessus de la porte. Lise l’aperçoit, s’approche doucement, monte sur un petit banc, et tend les mains à son amant qui les baise avec transport. Simonne se réveille en sursaut, frappe sur son tambourin ; Lise se met à danser, et Colin disparaît. Simonne, pour ne plus s’endormir, danser avec sa fille. On frappe à la porte. Simonne va ouvrir.

Scène II.

Lise, La Mère Simonne, Villageois et Villageoises, Colin.

Les moissonneurs et les moissonneuses portent les gerbes et demandent leur paiement. Simone les satisfait. Les hommes demandent à boire un coup : la vieille les conduit au sellier. Lise veut les suivre, mais sa mère l’en empêche, et a grand soin de fermer la porte sur elle en sortant.

Scène III.

Lise, Colin.

Lise s’afflige du refus de sa mère ; elle regarde au-dessus de la porte, ne voit plus Colin, en témoigne beaucoup d’humeur. Au moment où elle s’approche du tas de gerbes pour amasser sa quenouille, Colin sort vivement à moitié du milieu de ces gerbes où il était caché, et joint aussitôt ses mains pour demander pardon à sa maîtresse d’une démarche aussi hasardée. Lise interdite, rougit, défend à son amant d’approcher. Colin la rassure, et quelqu’effort qu’il lui en coûte, il se contente de l’admirer.

Lise, enchantée de la délicatesse de son amant, l’encourage par un regard. Colin s’élance vers elle, mais un regard l’arrête encore. Lise va s’asseoir sur les gerbes pour essayer de se remettre à l’ouvrage. Colin n’ose l’approcher : combat pénible entre l’amour et la vertu. Lise toute émue laisse tomber sa quenouille ; son amant effrayé, croit qu’elle s’évanouit ; rien ne l’arrête plus ; il vole à son secours, détache le mouchoir qui est autour de son cou pour essuyer les larmes de sa bien-aimée, elle dénoue ingénument le sien et l’échange se fait. Les deux amans baisent ardemment le nouveau gage de leur tendresse. Ils soupirent…… Leurs regards se confondent… on entend la mère Simonne mettre la clef dans la serrure. Lise égarée indique à Colin de se cacher dans sa chambre, il ne fait qu’un saut. Lise, la tête perdue, court s’asseoir sur une chaise à droite, et s’imagine filer, quoiqu’elle n’ait ni fuseau ni quenouille.

Scène IV.

Lise, la Mère Simonne.

Simonne est étonnée de la trouver dans cette attitude ; elle lui frappe sur l’épaule, Lise a l’air de se réveiller, et dit à sa mère, qu’elle rêvait quelle filait. Simonne est dupe de ce mensonge ; mais elle s’aperçoit qu’elle a un autre mouchoir que le sien et se met dans une grande colère, lui ordonne de monter à sa chambre ; Lise, qui sait que Colin y est caché, prie sa mère à genoux de ne pas la faire monter ; la mère Simonne prend sa quenouille, et la force en la battant, d’entrer dans sa chambre, et ferme la porte sur elle, Lise ouvre tout de suite la fenêtre.

Scène V.

La Mère Simonne, Thomas, Alain, Le Tabellion, Villageois et Villageoises.

Thomas, Alain, le Tabellion, suivis de Villageois et Villageoises arrivent pour conclure le mariage d’Alain avec Lise. Le Tabellion se place à une table que l’on met à gauche ; il sort le contrat, les articles en sont dressés. Thomas dépose deux sacs d’argent. La mère Simonne porte un carton qui renferme les bijoux et le linge de sa fille. Tout le monde étant d’accord, la mère Simonne dit à Alain d’aller prendre sa future dans sa chambre, et celui-ci met ses gants, monte l’escalier, et au moment où il met la main à la clef, Colin ouvre la porte et se présente avec Lise. Surprise générale. Alain descend, remet ses gants dans sa poche et ne veut plus se marier ; Simonne désespère ; Colin et Lise se jettent à ses pieds, et la supplient de faire leur bonheur. Le Tabellion et tout le village se joignent à eux ; elle finit par y consentir. Thomas réclame un détit, la vieille prend le contrat, le déchire, et le lui jette au nez. Thomas et Alain sortent en menaçant de se venger. Une fête villageoise termine la pièce.

FIN.

Livret du ballet de La Fille Mal Gardée, dans l'édition de 1818.
La typographie et l'orthographe originelles ont été maintenues.

Au-delà de la simplicité de l’intrigue et des caractères, Dauberval parvient à renouveler la tradition du ballet d’action, à laquelle il se rattachait, influencé par son maître et professeur, Jean-Georges Noverre.

Le ballet d’action, tel qu’il a été notamment théorisé par Noverre, se définit comme un spectacle chorégraphique narratif, dont l'histoire est développée grâce à la danse et à la pantomime. Dans l’œuvre de Dauberval, la danse n’apparaît pas comme secondaire par rapport à l’histoire : celle-ci est conçue et pensée pour se prêter à une représentation dansée, plus que mimée. La danse apparaît alors comme partie intégrante de l’action dramatique et même la "met en mouvements". Si tous les éléments qui constituent un ballet - la danse, la musique, la pantomime, les costumes, les décors, ou encore les accessoires - contribuent ensemble à rendre cohérente l’action dramatique, il devient bientôt impossible de supprimer une séquence de danse sans priver de signification l’ensemble de l’œuvre. Ainsi, en place du "théâtre dansé", Dauberval souhaita développer une "danse théâtrale".

Le ballet d'action[s]

C’est dès sa création que Le Ballet de La Paille, ou Il n’est qu’Un Pas du Mal au Bien de Jean Dauberval connaît le succès ; un succès opportun pour le chorégraphe, après un échec subi en 1788 avec [sa] Dorothée, et que des ennuis financiers mettaient ouvertement en conflit avec la direction du Grand Théâtre de Bordeaux.

La musique dansée était alors constituée d’un pot-pourri de divers chansons et airs populaires français adaptés et arrangés, comme il était d’usage à l’époque, par un musicien "fait" compositeur resté inconnu(1).

Mémoire de la scénographie, dans l’Inventaire général du Grand Théâtre de Bordeaux de l’an III(2), sont mentionnés des éléments de décor sous le ballet Il n'est qu'un pas du mal au bien :

-- Deux grands châssis représentant des moissons et trois petits idem.
- Un portique de chambre rustique avec un escalier pour monter à la chambre haute.
-Un petit châssis représentant une grille servant de porte.

Interprète
Mme Théodore[-Dauberval], première interprète du rôle de Lise, La Fille Mal Gardée

Les rôles principaux étaient tenus par Melle Théodore, épouse de Jean Dauberval, Lison - "premier prénom" [originel] de Lise - et par Eugène Hus, Colas, par M. Dupri, Alain et par M. Brochard, Ragotte- nom traditionnel au théâtre - baptisée ensuite la Mère Simone.

Affiche
Affiche

Lorsque le ballet de Dauberval, intitulé "définitivement" La Fille Mal Gardée, sera monté deux ans après sa création au Pantheon Theatre de Londres, Melle Théodore reprendra le rôle-titre de celle qui s’appelle désormais Lise, aux côtés d’un élève de Dauberval, Charles Didelot, qui, un peu plus tard connaîtra la gloire en Russie en tant que maître de ballet du Théâtre Impérial pour lequel il monta dès 1808 l’œuvre qui porta notamment le titre de Lise et Colin ou Les Précautions Vaines -, un ballet que les Russes prirent particulièrement soin de préserver tout au long du XIXème siècle et au-delà…

1. La partition de la "première" Fille Mal Gardée a été conservée à la Bibliothèque de la Ville de Bordeaux jusqu’à aujourd’hui.

2. L’"inventaire", un cahier manuscrit, en fort mauvais état matériel, a été publié par Francisque Habasque à Bordeaux chez Gounouihou en 1896 sous le titre Inventaire général du Grand Théâtre de Bordeaux de l’an III, et conservé aux Archives Municipales de Bordeaux. Il énumère aussi un grand nombre de costumes, mais aucune précision d'œuvres n'est apportée.

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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