La Danse Corps et Graphies - Rencontre avec Sophia Parczen

Après huit années de formations à l’Académie de Danse de Hongrie, Sophia Parczen a choisi de ne pas préparer le concours d’entrée à l’Opéra de Budapest… Elle est venue en France et Paris l’a bientôt adoptée : elle s'est peu à peu familiarisée avec le plateau incliné du Palais Garnier et l’"Ecole française", depuis 1998, alors qu'elle devenait quadrille dans le Corps de Ballet de l'Opéra de Paris, mais nous offre la délicatesse des pointes de techniques mêlées d’accents russes qui font son style.

Elle livre aujourd’hui à Corps et Graphies son histoire, son amour de la danse, ses aspirations…

Aurélie Dauvin : Pourriez-vous tout d'abord vous présenter tout simplement ?

Sophia Parczen : Je suis née à Budapest en Hongrie. J'ai 32 ans. Depuis plus de dix ans je vis à Paris. Toute ma famille reste en Hongrie où je retourne souvent car nous avons un lien très fort et j'aime passer de bons moments ensemble. En général on rit beaucoup !

J'ai appris à aimer Paris : maintenant je me régale en me promenant dans les rues, les jardins publics ; j'admire l'architecture, j'aime l'atmosphère autour de la Seine, visiter des musées…

Depuis 2004 j'ai la double nationalité.

A. D. : Comment avez-vous commencé la danse ? Pourriez-vous nous parler de vos années d'apprentissage en Hongrie ?

Enfant
Les premiers pas, Sophia est accompagnée par sa cousine, au club de danse de Budapest, en 1985 …

S. P. : C'est ma cousine, danseuse d'opérette, qui a commencé à m'initier à la danse quand j'étais petite. Ensuite je fréquentais deux fois par semaine un petit centre de danse où un jour mon professeur m'a conseillé de tenter l'audition pour entrer à l'Ecole de Danse de Budapest.

Ici, dans les premières années, en dehors de la danse classique, on étudiait la danse folklorique hongroise ainsi que diverses danses historiques. Petits, nous commencions la journée par les différentes disciplines de l'enseignement et c'est dans l'après-midi que nous mettions les chaussons de danse. Plus grands, c'était le contraire : la journée débutait très tôt d'abord par les cours de danse.
J'ai connu de vraies amitiés : j'ai le souvenir de beaucoup de fous rires. Certes, au tout début, nous n'étions pas très sérieuses mais au fur et à mesure l'amour de la danse est devenu de plus en plus grand.
A mon époque, il n'y avait pas entre l'Ecole et l'Opéra un lien aussi fort comme j’ai pu le constater ici, à Paris. En tant qu'élèves, nous participions, bien-entendu, à des ballets et des opéras, mais par exemple nos démonstrations et concours ( facultatifs ) se jouaient sur une autre scène que celle de l'Opéra. Les examens de fin d'année se déroulaient à l'Ecole.

Académie
Apprentissage… Sophia entourée de deux camarades à l’Académie de Danse de Hongrie - Magyar Táncmûvészeti Foiskola -…

A. D. : Quels ont été les professeurs qui vous ont marquée au cours de ces années d'étude ?

S. P. : Durant mon parcours j'ai connu de nombreux professeurs. Entre un enseignant et un autre, il peut y avoir de grandes différences. Il est important, au début, d'avoir un bon professeur pour bien fonder les bases. Malheureusement mon professeur des deux premières années m'a peu apporté…

Par la suite, je mentionnerais Erzsébet Dvorszky - danseuse, elle avait travaillé avec de grands professeurs russes dont elle était très fière -, qui a su me transmettre de précieux détails.

Grâce aux exercices de Gabriella Stimatz des muscles se dessinaient à mesure sur mes jambes toutes fines, toutes droites.

Katalin Sebestény m'a renforcé le courage.

Kitri
Sophia Parczen, Kitri, dans Don Quichotte, lors d’un concours facultatif de
l’Académie de Danse de Hongrie, en 1997 (photographie : Kanyó Béla)

A. D. : Avec le recul, comment percevez-vous les différences de style entre les Ecoles hongroises et françaises ?

S. P. : A partir des années 50, l'influence de la Russie se montre aussi dans la vie de la danse. La méthode actuelle de l'Ecole se mélange alors avec la méthode Vaganova qui place l'importance sur l'adage, les mouvements élancés, la souplesse, les ports de bras. En revanche, en arrivant à Paris, j'ai du découvrir certaines séries de petites batteries qui m'étaient peu connues jusqu'alors.

Dans tous les cas c'est bien de connaître plusieurs méthodes.

Fraîchement arrivée à l'Opéra de Paris, j'ai essayé de bien retenir les bons conseils et corrections. De cette période, Gilbert Mayer m'a beaucoup saisie.

A. D. : Pourriez-vous nous parler de la danse en Hongrie ? Les compagnies, leur répertoire ?

S. P. : Enfant, j'ai été marquée par quelques ballets des chorégraphes hongrois tels qu’Anna Karénine de Lilla Pártay, Spartacus, Roméo et Juliette, La Mégère apprivoisée de László Seregi. Ses deux derniers restent très vifs, remplis de beaucoup de couleurs et d'humour. Récemment, j'ai pu voir à l'Opéra de Budapest Blanche Neige et les sept nains de Gyula Harangozó fils, un ouvrage complet, saisissant, dans lequel les sept nains - interprétés par des adultes - sont exceptionnels.

Le répertoire de la compagnie est relativement riche, s'y trouvent des œuvres classiques, néo-classiques, modernes et contemporaines.

A. D. : Vous avez bientôt quitté la Hongrie pour poursuivre votre carrière. Pourriez-vous évoquer votre parcours de jeune danseuse, vos choix… Le Ballet de l’Opéra National de Paris ?

S. P. : La première fois je suis venue à Paris à l'occasion du 7éme Concours de Paris ; au même moment j'ai pu profiter d'une audition pour entrer dans la compagnie du Jeune Ballet de France où j'ai été prise.

Pour diverses raisons j'ai décidé de continuer la danse à l'étranger. Au bout d'une année chargée en tournées dans le monde entier, j'ai passé quelques auditions dans le but de trouver un engagement de longue durée quelque part. J'ai finalement choisi l'Opéra de Paris; une telle compagnie avec un large répertoire classique restait très attirante.

Joyaux
…Emeraude d’un ensemble dans le Ier acte de Joyaux de George Balanchine, sur la scène du Palais Garnier en 2002 (photographie : ICARE)

Cependant, quitter mon pays, ma famille, mes amis m'était difficile. De nature timide, réservée, n'osant pas m'exprimer en français - langue tant différente de ma langue maternelle - je me suis un peu renfermée en me concentrant uniquement sur la danse, même de la belle ville de Paris je n'ai pas réussi à profiter au début. Mais plus j'avançais dans l'apprentissage du français plus je m'ouvrais. J'ai trouvé quelques vraies amitiés, chose rare au sein d'une grande compagnie où la concurrence et l'hypocrisie sont présentes chaque jour.

J'ai des amis en dehors de l'Opéra et je garde également le contact avec quelques danseurs hongrois.

A. D. : Quels sont les attraits et les difficultés du travail dans le Corps de Ballet ?

S. P. : Le travail d'ensemble… Si dans certains ballets qui sont dansants ou dans lesquels nous interprétons des personnages nous pouvons vraiment nous épanouir ; dans d'autres où on a l'impression de danser sur un mouchoir en regardant sans cesse de ne pas se prendre le pied dans l'autre, il y a moins de plaisir à prendre. Mais cela va ainsi quand il y a de grands ensembles. Malgré tout, même dans ces ballets j'essaie de garder une certaine qualité.

Un cygne
L’un des oiseaux gracieux dans l’acte II du Lac des cygnes de Rudolph Noureev,
sur la scène de l’Opéra Bastille, en 2005 (Collection privée)

Un petit exemple de difficulté : dans Don Quichotte , ces robes longues que nous portons dans la Danse espagnole sont très lourdes et, surtout dans la coda,, il faut essayer d'interpréter les mêmes pas avec la même vitesse que les danseuses en tutu… C'est forcément moins agréable!

Et puis… On n'est pas toujours distribué selon ses capacités, ses mérites ; alors du moindre rôle j'essaie de tirer quelque chose, en tâchant de faire de mon mieux. Beaucoup savent ce que c'est la méchanceté et l'injustice, mais ces phénomènes n'ont pas brisé mon amour pour la danse.

J'aurai toujours certaines exigences vis-à-vis de moi-même, cette envie de m'améliorer constamment. C'est pour ça que la participation au concours promotionnel est intéressante bien qu'il se déroule souvent dans des conditions dures. Le travail intense et différent aux répétitions d'ensemble avec, en plus, les professeurs de notre choix qui nous apporte énormément. Depuis de nombreuses années Eric Camillo me fait travailler. Je l'admire en tant que professeur, je lui suis très reconnaissante ; grâce à ses conseils la danse semble devenir plus facile.

Pas de Trois
Sophia Parczen lors du concours de promotion interne du Corps de
Ballet de l’Opéra National de Paris en novembre 2010
Variation imposée : deuxième variation du Pas de Trois, à l’acte I du Lac des Cygnes
de Rudolph Noureev (photographie : Sébastien Mathé)

Juliette
Sophia Parczen lors du concours de promotion interne du
Corps de Ballet de l’Opéra National de Paris en novembre 2010
Variation libre, Juliette, à l’acte I dans Roméo et Juliette de Rudolph Noureev (photographie : Sébastien Mathé)

A. D. : En sortant de l’Opéra… Comment vous évadez-vous ?

S. P. : A côté de la danse, je dessine régulièrement, j'aime lire, passer de longs moments devant de belles peintures. J'ai découvert récemment - grâce à mes parents - le nordic walking qui m'amuse beaucoup et, en plus c'est très avantageux pour la santé.

A. D. : L’enseignement de la danse… Comment envisagez-vous l’avenir ?

S. P. : Bien que j'ai le diplôme d'Etat de professeur de danse j'ai du mal, pour l'instant, à me projeter en tant qu'enseignante.

En toute sincérité, je berce dans mon cœur certains desseins concernant le dessin. On verra…

Merci à Sophia Parczen pour cette rencontre et son amitié offertes à Corps et Graphie …

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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