La Danse Corps et Graphies - Rencontre avec Catherine Maximoff

Après des études musicales puis littéraires, Catherine Maximoff côtoie la danse contemporaine dans plusieurs structures culturelles : le festival Iles de Danses ; le département danse de la cité de la musique, puis le Centre National de la Danse ; le festival Alternative Lyrique au Parc de la Villette ; le Festival de la nouvelle danse d’Uzès. Depuis dix ans, elle se consacre à l’écriture et à la réalisation de films de danse et documentaires. Ainsi , elle a collaboré avec de nombreux chorégraphes dont Peeping Tom, Emanuel Gat, Kitt Johnson, Russell Maliphant, Wayne McGregor et Koen Augustijnen…

C’est à l’occasion de la présentation d’Une Pensée en Mouvement, regard sur le travail de Wayne McGregor, qu’elle a accepté de répondre à quelques questions.


Une Pensée en Mouvement, 2011 - extrait
Réalisé par Catherine Maximoff

Aurélie Dauvin : Avant de faire du cinéma, vous avez suivi plusieurs formations et notamment dans le domaine artistique. Que vous ont-elles apporté lorsque vous êtes venue « derrière la caméra » ?

Catherine Maximoff : Ma formation de musicienne influe sans aucun doute sur le montage de mes films - montage étant aussi une partition -, le rythme de mes plans, le mixage.

Ma connaissance de la danse se reflète peut-être dans la manière dont je filme les corps, la valeur des plans que je choisis.

Lorsque je filme la danse à proprement parler, je vais chercher ce qui me touche le plus car j'ai acquis cette faculté à pouvoir décortiquer une chorégraphie.

A. D. : Vous avez participé à l’organisation d’un festival de danse contemporaine ? Est-ce là que vous avez « trouvé votre inspiration » ?

C. M. : J'ai tout appris de la danse contemporaine avec Anne-Marie Reynaud lorsque j'ai été son assistante aux Iles de Danses en 1995-96. Nous allions voir 5 spectacles par semaine en moyenne, elle m'a raconté toute l'histoire de la danse et la grande aventure de la danse en France dans les années 80. C'est avec elle que nous avons programmé des films de danse en complément des spectacles et que j'ai réellement touché le cinéma pour la première fois. Son appétit, sa passion et son énergie étaient magnifiques. Impossible de ne pas se passionner pour la danse à mon tour.

En mouvement…
Agnès Lopez Rio (© lesfilmsduprésent)

A. D. : Comment avez-vous choisi de devenir réalisatrice après différentes expériences et notamment la Cité de La Musique ?

C. M. : Ce ne fut qu'une succession de rencontres.

Après les Iles de danses, j'ai rejoint Claire Rousier à la cité de la musique, dans le département danse qui provenait de l'intégration de l'IPMC à la cité, en attente du CND. J'étais à ce moment très heureuse de renouer avec le milieu musical dont je m'étais éloignée. Ici mon lien avec la danse fut via l'histoire, la recherche, les publications, la pédagogie, les films.

Parallèlement, je commençais à écrire des textes, des dossiers de projets de films pour la boite de production HEURE D'ÉTÉ production, qui produisait des courts métrages de danse, entre autres.

Un concours de circonstances a voulu qu'un réalisateur ne puisse plus réaliser un de ces courts métrages et le producteur m'a proposé de me lancer. C'était en 2001, c'était Daïté, avec le chorégraphe Yvann Alexandre.

Et voilà. De fil en aiguille… je ne fais plus que ça aujourd'hui.

A. D. : Vous créez en images ; avez-vous songé à être interprète, à danser ?

C. M. : Lorsque j'ai commencé le conservatoire en CE1 à Lyon au CNR, je voulais faire du violon et de la danse. C'était Lucien Mars qui enseignait. Ce que j'ai fait quelques semaines puis j'ai refusé catégoriquement d'y retourner. Je n'ai aucun souvenir précis du pourquoi. Ma mère se souvient que j'avais peur du pianiste. J'ai un vague souvenir que je détestais faire la révérence au début du cours, chacun notre tour… J'ai donc continué le violon pendant 8 ans en classe à horaires aménagés. Et la danse m'a récupérée plus tard !

A. D. : Dans votre filmographie, on distingue deux axes : le documentaire et la fiction. Comment abordez-vous chacune de ces formes ?

C. M. : Je dirais que dans mes courts métrages, je considère le danseur avant tout comme un personnage du film plutôt qu'un interprète d'une chorégraphie. Il y a la scène pour aller voir des spectacles de danse. C'est irremplaçable.

Dans un film, le rapport au temps est totalement différent. C'est un autre rythme, une autre histoire qu'il faut raconter. La caméra permet aussi d'aller voir là où l'oeil ne peut pas dans un théâtre. Aller voir ce que ressent le danseur quand il danse.

Quand on est dans une salle, notre regard fait son propre montage. On ne regarde jamais tout. Mais on s'arrête sur tel ou tel danseur, un pied, un élément du décor. Notre oeil passe son temps à ça. Et bien lorsque je filme, je propose mon propre montage. Avec une notion de construction, de dramaturgie, indispensables à tout film pour qu'on ne s'ennuie pas.

Trio…
Neil Fleming Brown, Anna Nowak et Antoine Vereecken (© lesfilmsduprésent)

Pour les documentaires, il y a un sujet. En l'occurrence, dans le dernier, Une Pensée en Mouvement, Wayne McGregor. Mais il y aurait 50 films possibles à faire sur lui. J'ai passé un temps de préparation conséquent d'échanges, d'observation de Wayne et de ses danseurs afin de choisir l'angle qui m'intéressait le plus de partager avec le spectateur. Une fois cela définit, j'ai tourné les images qui pouvaient nourrir cet angle, en fonction de ce que les activités de Wayne et de la compagnie m'offraient pendant la période du tournage.

A. D. : Votre maison de production s'appelle Les Films du présent. Pourquoi ce nom ?

C. M. : Ce n'est pas ma maison de production. Je suis indépendante, intermittente du spectacle quand j'arrive à faire mes heures…

Ce nom me semble tout de même assez clair quant à une volonté d'aborder des questionnements d'aujourd'hui.

A. D. : Comment, d’après vous, doit-on filmer la danse? Avez-vous des théories ?

C. M. : Non, je ne crois pas à une quelconque théorie. C'est comme si on disait qu'il y avait UNE danse. Il y a des danses, il y a des regards, des sensibilités…

Si l'on sait ce que l'on veut filmer, alors le choix et la nature du plan en découlent naturellement.

Avec tous les chorégraphes avec qui j'ai travaillé, c'était primordial qu'ils m'accordent leur confiance et me laisse ensuite réaliser comme je le souhaitais. Cela s'est toujours passé ainsi.

A. D. : Vous venez donc de réaliser un second film consacré à Wayne McGregor. Pourriez-vous nous en parler ?

C. M. : Avec ce film, j’ai voulu faire découvrir l’univers chorégraphique de Wayne McGregor, la singularité de son travail et partager l’état d’esprit et l’énergie avec lesquels interprètes et collaborateurs portent son travail de création.

Sa simplicité et sa générosité devraient permettre au grand public de saisir ses réflexions en tant que chorégraphe, tout en désacralisant la notion de danse contemporaine. Puisant ses idées et sa nourriture intellectuelle en dehors de sa discipline dans les nouvelles technologies - les arts plastiques, les neurosciences… -, Wayne McGregor base son travail sur des questionnements concrets que chacun est à même de saisir.

D’autre part, il fonctionne réellement en vase communicant, quel que soit son projet, avec comme seul souci un enrichissement personnel et intellectuel, il décloisonne ainsi complètement la danse et l’inscrit dans la société toute entière.»

Quant à ma relation avec lui… On se connaît depuis 10 ans. On s'apprécie et j'ai eu une totale liberté et confiance de sa part. Tout simplement.

Compagnie…
Ensemble des danseurs de Random Dance (© lesfilmsduprésent)

Merci à Catherine Maximoff pour ces plans et séquences sur une carrière, sur son art cinémato-chorégraphique.
D’autres scènes sur son site :
http://www.catherinemaximoff.fr

Merci également aux Films du Présent pour leur aimable concours à l’illustration de cette page.
http://www.lesfilmsdupresent.fr

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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