La Danse Corps et Graphies - Rencontre avec Denis Levaillant

Le compositeur de musique de ballet a bien souvent une part importante dans la construction dramatique… Ainsi, Denis Levaillant a sans aucun doute participé autant que les chorégraphes et librettistes à la composition d’un spectacle imaginé autour de "La Petite danseuse de Degas", sculpture mise en mouvement dans son Histoire, au cœur de l’Opéra du XIXème siècle…

Alors que le ballet est à présent disponible en DVD, il a accepté de répondre à quelques questions ; un entretien passionnant !

Denis Levaillant
Musicien et compositeur…


Denis Levaillant : La Petite Danseuse de Degas, Prologue
- orchestre de l'Opéra National de Paris dirigé par Koen Kessels

Aurélie Dauvin : Comme beaucoup d’enfants, vous commencez l’apprentissage du piano très jeune, et bientôt, vous allez au-delà des gammes… Pouvez-vous revenir sur votre parcours de musicien ?

Denis Levaillant : J’ai effectivement commencé l’étude du piano vers 5 ans et demi, puis j’ai étudié l’harmonie, assez jeune, vers 12 ans, et les bases de l’écriture, donc j’ai été bien formé, assez précocement (j’ai eu la chance d’avoir une professeur formidable au Conservatoire de Nancy, Magdeleine Mangin, qui m’a fait enregistrer Ravel à 12 ans, me laissait très libre d’improviser, m’a fait découvrir Messiaen, et m’a aidé à relativiser le stress des concours).

A. D. : Comment du jeu vient-on à la composition ?

D. L. : Pour moi, par l’improvisation, c’est très clair. La créativité s’entretient, c’est comme un muscle. C’est assez naturel de passer d’une activité à l’autre.

A. D. : Quels sont les moments clés qui ont décidé et orienté votre carrière ?


Denis Levaillant : La Petite Danseuse de Degas, Le cabaret
- orchestre de l'Opéra National de Paris dirigé par Koen Kessels

D. L. : D’abord, la décision de faire de la musique mon métier, que j’ai prise assez tôt, vers 15 ans c’était évident pour moi.

Une rencontre importante a été celle de Maurice Roche, en 1972. Il m’a encouragé, j’ai écrit mon premier opéra sur un de ses textes, Opéra Bouffe. Par son intermédiaire j’ai rencontré Alain Trutat à France Culture, et j’ai composé alors ma première œuvre importante, Circus Virus, en 1973, et j’ai entamé une très longue et fructueuse collaboration avec Radio-France.

En 1972, j’ai aussi rencontré le percussionniste africain Guem, avec qui j’ai appris les bases de la musique africaine, cela me suit encore.

Et dans cette période, toutes mes rencontres dans le jazz ont été fondatrices, j’ai appris beaucoup.

En 1980 j’ai donné un récital à Paris qui a été important pour moi : j’y mélangeais les dernières œuvres de Franz Liszt et ma première pièce importante pour piano, les 12 Mouvements.

En 1990, la création de mon opéra O.P.A. Mia a été un événement : rencontre avec Engel et Bilal, ; le Festival d’Avignon, ; l'Opéra Comique, ; une grosse présence médiatique…

Voilà, quelques souvenirs forts, mais il y en a beaucoup d’autres !

A. D. : Votre musique accompagne le spectacle dans un large domaine. Comment avez-vous appréhendé les différentes disciplines « avec » lesquelles vous avez travaillé ?

D. L. : J’aime le spectacle, depuis l’enfance, et en particulier le spectacle musical. J’ai une conception, une intuition, une pensée de la musique très dramaturgique. Si bien qu’il m’est très naturel de composer des musiques pour la danse, le théâtre ou le cinéma, je procède toujours de la même manière : je me fonds dans la situation, la musique est comme une transcription de l’histoire que l’on raconte. Et quand je compose des œuvres pour le concert, je suis exactement dans la même démarche, je raconte, je suis dans la même quête du sens dramaturgique.

A. D. : En 2002, l’Opéra de Paris fait appel à vous pour écrire la partition de La Petite Danseuse. Vous n’en étiez pas à vos premiers essais en matière de danse. Quelles sont les expériences qui vous ont marquées ?

D. L. : Rolf Liebermann m’a commandé ma première création pour la danse en 1978 pour Caroline Marcadé, dans le cadre du groupe de recherches que dirigeait Carolyn Carlson. Cette collaboration initiale m’a vraiment beaucoup inspiré, ce groupe était réellement exceptionnel, et ensuite j’ai aussi beaucoup travaillé avec Dominique Petit, nous avons fait de très beaux spectacles ensemble.


Denis Levaillant : La Petite Danseuse de Degas, la statue
- orchestre de l'Opéra National de Paris dirigé par Koen Kessels

A. D. : Quelles ont été les contraintes, les libertés lors de la composition de La Petite Danseuse ? Comment avez-vous travaillé avec le chorégraphe, Patrice Bart, et ses collaborateurs, Martine Kahane, le décorateur… ?

D. L. : La "contrainte" dans un ballet comme La Petite Danseuse est double : il y a l’histoire qui est racontée, et la manière dont le chorégraphe veut distribuer l’énergie de la danse. Quand je suis arrivé dans le projet, il n’était pas finalisé. Nous avons d’abord travaillé avec Martine Kahane et Patrice Bart "à la table" pour aboutir à une structure définitive qui soit la plus efficiente possible. Ensuite, dans cette structure dramaturgique, Patrice avait ses propres exigences chorégraphiques, c’est-à-dire que dans chaque scène il savait exactement ce dont il avait besoin en termes d’énergie de la danse, combien de solos, de duos, de variations, de mouvements d’ensemble, etc. Nous avons donc collaboré étroitement tout au long de la composition, nous avons accordé nos goûts et nos intuitions pour chaque situation, chaque personnage. Les couleurs, les tempi ont été choisis vraiment ensemble. Et une fois que j’ai eu fini d’écrire l’ensemble de la partition il s’en est emparé et a commencé la chorégraphie.

La musique a aidé finalement à caractériser certaines situations et certains personnages ; la marâtre, en particulier.

Le résultat est là il me semble, car pour moi la danse et la musique dans ce ballet sont en étroite symbiose, elles sont indissociables.

A. D. : Souvent, les personnages, et particulièrement dans les ballets, sont caractérisés par un instrument, une tonalité… ? Comment avez-vous construit les "corps" dans La Petite Danseuse ? Et sur quel fond ?

D. L. : Je n’ai pas écrit comme cela exactement, même si le hautbois d’amour représente un peu la Petite danseuse. Je travaille plus dans une dimension imaginaire, je cherche à caractériser les situations dramatiques : les bons tempi, les phrasés justes, les couleurs orchestrales adéquates viennent de mon intuition de la situation.

A. D. : Lorsqu’on assiste à un même ballet présenté par deux compagnies différentes, il arrive qu’on soit surpris par la modification des tempi ; que pensez-vous de ces choix - y a-t-il plusieurs manières de jouer autant que de danser…) ?

D. L. : Tout ce que je peux dire, c’est que la partition de La Petite Danseuse est réglée très exactement, on ne peut rien changer à ce qui est écrit puisque la danse a été fabriquée avec.

A. D. : Quelle part a le compositeur dans le travail du Maestro ?

D. L. : Là encore je ne peux parler que de mon expérience, et ce DVD dirigé par Koen Kessels est pour moi certainement un enregistrement de référence, parce que nous avons travaillé beaucoup en amont des représentations, et nous avons fait les choix ensemble.


Denis Levaillant : La Petite Danseuse de Degas, a fin du bal
- orchestre de l'Opéra National de Paris dirigé par Koen Kessels

A. D. : Quels sont vos projets, pour la danse et ou pour la musique ?

D. L. : J’ai traduit, adapté et mis en musique (un récitant et sept musiciens) un conte des frères Grimm, Les Musiciens de Brême. Je vais publier à la rentrée un livre pour les enfants illustré par Michel Jaffrennou, accompagné d’un CD. Le narrateur est Jacques Bonnaffé, qui nous a fait en studio un joli festival. Je me réjouis de la sortie de ce beau projet.

Amical salut à Denis Levaillant que je remercie pour ce partage musical aussi.

…Une rencontre à poursuivre au gré des pages du site de Denis Levaillant :
http://denislevaillant.net

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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