La Danse Corps et Graphies - Rencontre avec Virginie Kempf

Elève de l’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris dès l’âge de neuf ans, entrée dans le Corps de Ballet de cette prestigieuse compagnie à quinze ans, nommée Sujet deux ans plus tard, récompensée de la médaille d'or du concours international de Varna, et du Prix Carpeaux en 1988, Virginie Kempf était promise à une grande carrière… Un accident en a décidé autrement…

C’est une femme pleine de ressources, aux qualités humaines exceptionnelles qui a accepté de confier à Corps et Graphies ses souvenirs, son présent, ses projets…

Aurélie Dauvin : Vous avez été danseuse dans la prestigieuse compagnie du Ballet de l'Opéra National de Paris. Pourriez-vous évoquer votre parcours ?

Image de danse…
Martine Petit Rat de L'Opéra, 1972, dernière illustration de l'album (dessin de Marcel Marlier)

Virginie Kempf : C’est en lisant Martine Petit Rat de L’Opéra, avec cette page où cette petite danseuse était vêtue d’un tutu, dansant sur cette scène face à ce lustre magnifique, que je me suis mise à m’identifier à ce personnage. J’ai expliqué à mes parents avec insistance que je voulais, moi aussi, être à l’Opéra.

J’ai été inscrite dans une école de danse en banlieue parisienne à l’âge de six ans.

Je me suis présentée au concours d’entrée à l'École de Danse de l’Opéra de Paris.

Mon entrée s’est effectuée, à l'âge de neuf ans, lors d’une deuxième présentation en 1979.

J’ai vécu cinq années à l'École de Danse, sous la direction de Claude Bessy, qui pour moi encore aujourd’hui, reste une directrice incomparable pour détecter des graines d’étoiles.

Nous étions de cette génération où les petits rats traversaient les couloirs de L’Opéra à Garnier. On croisait les grandes danseuses étoiles, comme Ghislaine Thesmar et bien d’autres, qui nous faisaient rêver tout en nous impressionnant : révérences pour elles obligatoires.

L'École était une discipline de vie et d’endurance, mais offrait des opportunités qu’aucun enfant ne peut vivre habituellement : voyages au Japon à l’âge de onze ans, défilé avec le corps de ballet en tutu sur cette scène qui m’a fait rêver, cours de mime, de musique, de danse de caractère et folklorique.

Je peux dire que cette enfance a été différente de celle des autres enfants : un parcours atypique, une intensité de cours. Tous les dimanches, et de nombreux soirs, j’avais des cours privés en plus de l’Opéra, pour rester la première, à la demande de mon père qui souhaitait que je fasse des études classiques.

J’ai évolué ainsi durant cinq ans ; chaque division nécessite un concours en fin d’année pour passer dans la classe supérieure.

A. D. : Quels professeurs ont été pour vous les plus marquant - En bien, en mal -, pourquoi ?

V. K. : J’ai évolué dans mes classes avec des professeurs que j’ai beaucoup aimés : j’ai eu le privilège de travailler avec Claire Motte en troisième division, une femme exceptionnelle.

J’ai de grands souvenirs avec Mademoiselle Gary lors de mon année en cinquième division, j’étais admirative, je la trouvais belle, malgré ses ongles longs qu’elle pointait sur nos fesses pour nous les faire rentrer ; j’aimais son charisme.

Mademoiselle Vlassy, en première division, était une femme dynamique, qui ne provoquait pas d’attachement.

J’étais très proche de Max Bozzoni qui était mon professeur à l’extérieur et nous dispensait les cours d’adage en seconde division.

Lucien Duthoit a été également un professeur que j’ai beaucoup aimé par sa douceur et sa finesse dans l’élégance.

Bien sûr il y avait les cours de danse de caractère avec ce professeur Russe Irina Gregbina, si dynamique ! Avec elle nous étions passionnés.

Visage de danse…
Virginie Kempf touche d'avant-scène… (collection privée)

A. D. : Gardez-vous le souvenir de quelques camarades ?

V. K. : Oui j’avais quelques amies et amis, mais lorsque l’on est la première, l’amitié est limitée. Je suscitais des jalousies que je ne voyais pas. J’ai eu de très bonnes amies, Hélène, Carole, Emma, un ami aussi qui a beaucoup compté pour moi, Pierre-Yves, qui n’est plus de ce monde…

A. D. : Y a-t-il un moment qui vous a particulièrement marqué à l'École ?

V. K. : Mon plus beau souvenir de voyage à l’école a été le Japon à onze ans, découverte d’une culture fascinante, des réceptions, un privilège que peu d’enfants ont, avec un public si incroyable, proche du fanatisme, qui vous offre des cadeaux, des invitations à venir chez lui….

A. D. : Quels souvenirs gardez-vous de vos années dans la compagnie ? Quel fut le meilleur ? Le pire ?

V. K. : Ma plus belle sensation a été lorsque j’ai dansé le rôle d’Henriette dans Raymonda, je me souviens de cette impression d’immensité sur la scène de l’Opéra où mes mouvements prenaient tout l’espace de cette scène de Garnier magnifique, j’étais seule à me mouvoir par un geste qui prenait une dimension comme si je palpais l’espace dans une douceur fascinante.

Mon plus beau combat a été dans une confrontation avec Roland Petit qui ne me souhaitait pas dans Carmen, dans le rôle de la cigarière principale. Finalement, après quelques heurts, il a compris que ma présence était importante et m’a remerciée pour mon talent : j’ai eu de magnifiques critiques dans la presse.

Ma plus belle complicité a été avec Rudolph Noureev qui a su m’élever en m’offrant de très beaux rôles depuis mon entrée dans le corps de ballet à l’âge de 15 ans, me proposer le concours de Varna, qui m’a valu la médaille d’or… La présence d’un maître que l’on garde dans son cœur, un génie pour moi qui me manque encore.

Un de mes plus mauvais souvenirs a été la jalousie et la malveillance de la part de quelques personnes qui profitaient de leur pouvoir pour me déstabiliser, entre autres un maître de ballet, qui n’a cessé de me rabaisser, de me pénaliser dans une vengeance personnelle gratuite. Autre souvenir, mon accident où j’ai eu le pied coincé par une trappe, avec pour conséquence de devoir quitter l’Opéra et arrêter la danse durant 4 ans.

A. D. : L'évolution dans le corps de Ballet se fait par le concours de promotion interne qui a lieu chaque année. Voudriez-vous évoquer ce "passage obligé" ?

V. K. : Les concours sont des moments très éprouvants, une préparation très intense, je garde ce très beau souvenir de ma variation du cygne noir : cela a été incroyable avec Noëlla Pontoit qui était en coulisse et m’élevait grâce à son énergie. Ma plus grande déception a été de m'être mise hors concours pour monter première danseuse, et de la médisance qui en découla à mon égard.

A. D. : Quels sont les rôles qui vous ont marqués ?

V. K. : Le Canon de Pachelbel pour une soirée Tudor à 15 ans avec Sylvie Guilhem et Isabelle Guérin, Henriette dans Raymonda. Mais j’ai dansé beaucoup de rôles à l’extérieur en gala.

A. D. : Qu'auriez-vous aimé danser ?

V. K. : Mon plus grand regret est de n’avoir jamais dansé Roméo et Juliette, mon œuvre préférée.

Eclat de danse
Virginie Kempf en scène… (collection privée)

A. D. : Comment prépariez-vous vos rôles ? Les variations ?

V. K. : Mes préparations étaient très mentales, je travaillais en imaginant chacun des mouvements dans l’espace et je les visualisais, j’enregistrais mentalement ce que je trouvais parfait puis mon corps exécutait ce que j’avais validé dans mon esprit. J’avais aussi pris l'habitude, pour l’équilibre, d’effectuer mes variations les yeux fermés sur la mezzanine, chez mes parents.

A. D. : Vous avez quitté l'Opéra à la suite d'un malheureux accident… Qu'êtes-vous devenue ?

V. K. : J’ai en effet quitté l’Opéra suite à un accident pendant lequel mon pied a été pris dans une trappe. Après cet accident, j’ai continué durant six mois, mais mon pied répondait de moins en moins : j’avais créé une calcification, ce qui a sans doute évité la rupture ligamentaire du pied.

Après deux ans d’arrêt, j’ai pris ma préretraite à l’âge de vingt-deux ans et me suis dirigée vers les cosmétiques.

J’ai été formée par ma mère, qui était directrice d’un institut, puis j’ai été engagée par des marques de cosmétiques de luxe.

Pour moi la danse était finie suite à mon accident. Après quatre ans d’arrêt, j'ai tenté de danser de nouveau : je suis allée aux ballets de Bordeaux, puis à Monaco. À vingt-huit ans, j’ai mis un terme définitif à ma carrière pour élever ma première fille et revenir vers cette évolution dans le monde de la beauté, en qualité de manager et formatrice.

Cette année, j’ai décidé de créer ma société où j’exerce la fonction de Directrice de formation, pour des marques de cosmétiques de luxe et je suis thérapeute, réflexologue et énergéticienne.

J’envisage de reprendre mes études pour évoluer vers la sophrologie.

J’ai arrêté la danse depuis treize ans maintenant, je garde toujours l’amour du corps en mouvement, je fais à présent du yoga, de la méditation ainsi que des exercices pour me maintenir en forme.

Merci à Virginie Kempf pour cette rencontre en toute simplicité, très enrichissante et pleine d'émotion… Ainsi que pour les photographies qu’elle nous permet de partager.

Pour découvrir, grâce à elle, les secrets de la beauté, rendez-vous sur son site :
http://virginiekempf.blogspot.com

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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