La Danse Corps et Graphies - Rencontre avec Florencia Gonzalez

Née en 1981 à Buenos Aires, Florencia Gonzalez a une solide formation classique, acquise dans plusieurs écoles, dans son Argentine natale, puis en Europe. Cependant, elle s'épanouit bientôt dans la danse contemporaine et se découvre une passion pour la chorégraphie… Le 2 avril 2010, elle crée, pour le Ballet d'Europe, son Petit Prince, inspiré du célèbre ouvrage de Saint-Exupéry.

Elle a aimablement accepté de nous parler de son parcours et de nous offrir de précieux éclaircissements quant à la création de son premier ballet.

Aurélie Dauvin : Tout d'abord, comment êtes-vous venue à la danse ? Pourriez-vous nous dire quelques mots de votre formation ?

Florencia Gonzalez : J’ai débuté la danse à Salta dans le nord de l’Argentine à l’âge de 7 ans. C'était d'abord un jeu… Pourtant, je me rappelle qu’à l’âge de douze ans ce fut très clair pour moi, je voulais devenir danseuse.

Mon objectif professionnel décidé, j’intègre, en 1995, l'Instituto Superior de Arte del Teatro Colon à Buenos Aires.

En 1999 je participe au Prix de Lausanne où, arrivée en demi-finale je suis remarquée par une enseignante de l’école Rosella Hightower de Cannes que l’on me propose de rejoindre.

J’arrive donc en Europe en septembre 1999.

A la suite de cette année, j’intègre sur audition la John Crancko Schule de Stuttgart où je resterai également une année.

Cette dernière année d’étude me permettra de renforcer ma technique classique et de faire mes premiers pas sur la scène professionnelle lors de quelques représentations du Staadttheater de Stuttgart. Je me rappelle avoir dansé Roméo et Juliette.

En 2002, je suis engagée dans la Compania de Dança de Lisbonne.

Cette première année professionnelle me permet de découvrir la danse contemporaine et de travailler avec des chorégraphes comme Cesar Moniz et Benvido Fonseca.

A. D. : Comment avez-vous rencontré la compagnie du Ballet d'Europe ?

F. G. : Après Lisbonne, pour des raisons personnelles, j’avais décidé de m’installer en France, j’ai donc cherché parmi toutes les compagnies. Le ballet d’Europe étant sur le point de se créer, cela m’a paru être une belle opportunité.

En 2003 je participe donc à la première audition de création du Ballet d’Europe par le danseur étoile Jean-Charles Gil à Marseille.

Je suis engagé avec 17 autres danseurs de différentes nationalités.

Dés la première année, le rôle principal féminin m’est confié, je danse la poupée de Petrouchka de Jean-Charles Gil.

Petrouchka
Florencia Gonzalez, la poupée dans le Petrouchka de Jean-Charles Gil en 2003

Mon parcours au Ballet d’Europe est parsemé de rencontres avec d’autres chorégraphes invités. Ainsi je danse le célèbre duo Cor Perdut de Nacho Duato, Un Rêve de Jorma Uatinen, Flamingo Mix de Lionel Hoche, une création de Luca Vegetti Glyphes, Pour Eux de Georges Appaix etc.

Cor perdut
Florencia Gonzalez dans Cor Perdut de Nacho Duato en 2004

J'évolue alors dans un univers qui me convient particulièrement :
Pour moi tous les types de danse sont intéressants et enrichissants, la polyvalence c’est une des plus grandes qualités chez un danseur.

Le répertoire de la compagnie du Ballet d'Europe est étoffé de plusieurs créations de Jean-Charles Gil que je danserai : Mozart-Requiem, Schubert in love, Folavi entre autres.

Il me confie également le rôle de Mireille d’après le poème de Fréderic Mistral que je danse notamment à l’opéra de Damas et au théâtre du Chatelet à Paris avec l'orchestre de chambre Pelleas, c'était fantastique !

Mireille
Florencia Gonzalez dans le rôle titre de Mireille de Jean-Charles Gil en 2005.

Mozart Requiem
Florencia Gonzalez dans Mozart-Requiem de Jean-Charles Gil en 2006

A. D. : Vous faites aujourd'hui vos premiers pas de chorégraphe. Est-ce là un beau hasard ou une ambition réalisée ?

F. G. : Dans le cadre du projet du Ballet d’Europe, des workshops m’ont permis de toucher du doigt la création chorégraphique.

En effet, depuis 2004, j’ai créé cinq pièces : tout d’abord un solo, puis trois chorégraphies pour cinq à six danseurs et enfin une pièce de 20 minutes pour 9 danseurs.

Je ne pourrais pas dire qu’être chorégraphe a toujours été mon rêve.

J’ai osé chercher en moi-même et, sans m’en rendre compte, cet exercice me plut énormément.

Je trouve dans la chorégraphie une certaine liberté physique et intellectuelle.

C’est devenu maintenant une véritable passion.

A. D. : Pourquoi avoir choisi de chorégraphier le Petit Prince ?

F. G. : Il y a environ un an, Jean-Charles me propose de faire une pièce pour le ballet, cette fois non pas pour être présentée dans le cadre des workshops, mais pour faire partie du répertoire du ballet.

Suite à quelques jours de réflexion je lui propose de faire une pièce sur le Petit Prince de Saint-Exupéry.

Le choix de cette œuvre est dû à plusieurs raisons. Premièrement, comme beaucoup de gens j’ai toujours aimé le Petit Prince. D’une façon si particulière, cette pièce nous parle de l’absurdité du monde qui nous entoure.

Ce thème fut, dans tous mes essais chorégraphiques, la source de mon inspiration.

Cette pièce me permettait donc d’exprimer une pensée présente depuis longtemps à travers l’histoire d’amour entre le Petit Prince et sa rose.

Une autre raison fut la ressemblance entre l’image du Petit Prince dans mon imaginaire et le danseur qui interprète le rôle.

le Petit Prince et sa Rose
Cosima Munoz et Ludovick Le Floc’h dans le Petit Prince de Florencia Gonzalez

A. D. : Comment la scénographie s'est-elle dessinée ? Pourquoi avoir par exemple travaillé aussi avec la vidéo ?

F. G. : Avant de choisir la musique j’avais déjà dans la tête les images des vidéo-projections.

J’ai fait appel à Annie Yazbeck qui avait travaillé avec moi lors des workshops.

Annie a un univers qui correspond très bien avec l’ambiance que je recherchais pour cette pièce.

Les danseur sur fond de vidéo
Les danseurs du Ballet d’Europe dans le Petit Prince de Florencia Gonzalez

A. D. : Comment avez-vous choisi la musique ?

F. G. : La musique de René Aubry me fait tout simplement rêver. J’ai cherché dans toute sa discographie et choisi les morceaux qui correspondent aux émotions recherchées.

A. D. : Paradoxalement, vous transformez en ensemble des moments qu'on attendrait davantage en duo (Le businessman, le Vaniteux, l'allumeur de réverbère) pouvez-vous nous expliquer ces choix ?

F. G. : Cette pièce est mon interprétation chorégraphique personnelle d’une partie de l’œuvre de Saint-Exupéry.

J’ai choisi de multiplier certains personnages comme le Vaniteux et de créer ainsi un monde de gens vaniteux où les personnes sont enfermées comme dans une bulle où l’indifférence et l’égocentrisme règnent.

Pour le businessman j’ai utilisé, pour la partie sonore, une partie du texte. Il n’y a pas de musique, seules les voix de danseurs enregistrées et quelques bruitages suffisent pour exprimer un monde machinal composé de gens à l’esprit mécanique où chacun ne représente qu’une pièce ou qu’un chiffre pouvant faire fonctionner cet énorme mécanisme. Cette structure semble elle aussi s’éloigner de toute raison mais continue à fonctionner sans savoir vraiment pourquoi.

L’allumeur de réverbère n’est pas vraiment représenté. J’ai voulu représenter seulement le phénomène des jours qui passent de plus en plus vite comme des cycles ininterrompus et inachevés.

Salut
Florencia au centre saluant avec ses danseurs lors de la première du Petit Prince à la Friche de la Belle de Mai - Marseille

le Petit Prince, synopsis

Par Florencia Gonzalez

Cette pièce est mon interprétation chorégraphique personnelle d’une partie de l’œuvre de Saint-Exupéry.

Le Petit Prince nous raconte son histoire, une histoire d’amour avec une rose qu’il ne sait pas encore comment aimer. Il devra passer par de drôles de mondes pour s’en rendre compte.

Le contraste entre la simplicité du personnage et l’absurdité de ces univers nous dévoile des réalités différentes.

Dans le premier tableau, le Petit Prince essaye de tout faire pour se rapprocher de sa rose, de lui montrer qu’il l’aime. Il voudrait seulement la rendre heureuse, mais la rose n’est pas un personnage simple, elle est très prétentieuse et exigeante. Elle le refuse tout en attendant beaucoup de lui. Elle se montre forte, mais elle sait aussi faire paraître sa fragilité pour se rendre intéressante à ses yeux.

Ce personnage si complexe contraste avec la simplicité du Petit Prince.

Lors de son voyage, le Petit Prince rencontrera tout d’abord un monde où l’on donne des ordres, où l’on se manipule les uns les autres. Puis, il voyagera vers une terre où les gens sont enfermés comme dans une bulle, où l’indifférence et l’égocentrisme règnent.

Il rencontrera également un personnage triste, buveur qui ne se rappelle plus la raison de son malheur.

Il sera confronté au monde machinal composé de gens à l’esprit mécanique où chacun ne représente qu’une pièce ou qu’un chiffre pouvant faire fonctionner cet énorme mécanisme. Cette structure semble elle aussi s’éloigner de toute raison mais continue à fonctionner sans savoir vraiment pourquoi.

Le Petit Prince traversera un monde où les jours passe tellement vite que l’on n’aura même pas le temps de…

Puis la terre, un serpent, un écho pour le déconcerter et surtout une rose identique à la sienne qui le fera sombrer dans le désespoir car il considère sa rose unique en son genre.

Un dernier personnage lui apprendra qu’ on ne voit bien qu’avec le cœur : sa rose restera unique.

Dans le dernier tableau, le Petit Prince retrouve sa rose et cette fois ils sauront s’aimer.

Dédicace
Chaussons dédicacés par Florencia et avec lesquels elle dansa Mireille

Merci à Florencia Gonzalez pour cet échange si riche et pour les photographies qu'elle a aimablement confiées à Corps Et Graphies.

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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