La Danse Corps et Graphies - Rencontre avec Barbara De Blasio

Barbara De Blasio travaille avec Massimiliano Perrotta depuis 2003. Avec la collaboration du musicien Emanuele Senzacqua, ils ont créé les spectacles Parole parole en 2003, Gli specchi en 2006, Hammamet en 2008 et la performance Dove sono i miei poeti ? en 2006. Leur dernier spectacle, Filosofi da bar : deux actes uniques qui se déroulent dans une taverne avec la participation des acteurs Roberto Pensa, Stefano Benassi, Benedetto Cantarella et Marco Castelli.

Pour Corps et Graphies, la danseuse évoque son travail de créatrice…

Scène de théâtre dansé…
Barbara De Blasio, la serveuse dansante, sous le sourire de Stefano Benassi
- dans la taverne de Filosofi da bar, le 6 décembre 2010, au Teatro Tordinona de Rome
(photographie : Mauro Cervoni)

Aurélie Dauvin : Voulez-vous nous raconter vos premiers pas dans les cours, puis sur scène dans le monde de la danse ?

Barbara De Blasio : J'ai commencé à six ans en entrant à l’Académie Nationale de Danse. À cet âge, on fait seulement de l’éveil à la danse, c'est-à-dire une sorte de préparation pour les petits corps en croissance. Cette première approche et ce type de parcours ont fait que j'ai acquis une connaissance approfondie de mon corps, ce qui m'a toujours permis d'en avoir une grande maîtrise et un grand contrôle. Les premiers engagements étaient seulement des essais, mais à l’Académie cela signifiait danser dans de réels spectacles.

Le parcours a duré dix ans et pendant longtemps il ne m'était consenti que de travailler sur demi-pointes, puis le niveau des engagements et les compétences en jeu sont devenus peu à peu plus élevés.

J'ai toujours fait de la danse classique, puis une fois sortie de l’Académie, j'avais les capacités pour me rapprocher de la danse moderne et ensuite du théâtre dansé, la discipline classique étant celle qui embrasse toutes les autres.

A. D. : La danse contemporaine est-elle pour vous une "ouverture" de la discipline classique ?

B. D. B. : Non, pour moi la danse classique est une discipline dans laquelle il faut étudier pour reproduire des mouvements qui n'ont rien de naturel. Ce sont des mouvements qui imposent au corps de se dénaturer afin de reproduire la sublimation du mouvement. C'est un travail qui exige un effort énorme. Mais, ceci fait, on a la possibilité de pratiquer toutes les autres disciplines parce que les bases que fournit le classique, aucun autre type de danse ne les fournit. Donc à mon avis la danse contemporaine n'est pas une ouverture par rapport à la danse classique mais une de ses évolutions.

A. D. : Comment êtes-vous venue à la chorégraphie ?

Parole…
Barbara De Blasio dans Parole parole, musique et poésies… 2003 (photographie : Vincenzo Perrotta)

B. D. B. : J'aime le théâtre et le cinéma, donc la possibilité d’interpréter quelque chose à travers le langage qui m'est le plus familier, c'est-à-dire celui du corps, a été une très belle opportunité que m'a offerte Massimiliano Perrotta pour un grand nombre de ses travaux, depuis Parole parole.

Il m'a toujours permis de me sentir très libre dans l'expression.

A. D. : Le Danseur français Nicolas Le Riche trouve difficile d’être à la fois le chorégraphe et l’interprète. Qu’en pensez-vous ?

B. D. B. : Cela implique deux temps ; deux phases substantiellement : celle de la création avec la base musicale sur laquelle imaginer les mouvements, avec le corps qui peut aussi ne pas être super entrainé, et puis la phase de la réalisation dans laquelle c'est aussi à l’athlète d’entrer en jeu et à sa propre sensibilité de donner l'expression au travail entier.

A. D. : Comment faites-vous travailler des danseurs ?

B. D. B. : Pour ma part j'ai composé la chorégraphie de choses que j'ai ensuite exécutées moi-même. J’ai eu peu d’occasions de diriger un groupe de danseurs, cependant, grâce à ma petite expérience, je peux dire que c'est certainement très stimulant et gratifiant.

A. D. : Est-il plus difficile de créer pour soi-même ?

B. D. B. : Oui, certainement, parce que cela exige une autodiscipline.

Tourment…
Barbara De Blasio, le tourment de Bettino Craxi dans son lieu d’exil à Hammamet, ville qui donne son titre au spectacle initié en novembre 2008 (photographie : Sara Nussberger)

A. D. : Pourriez-vous nous parler de Massimiliano Perrotta ?

B. D. B. : Nous sommes liés par l'amitié en plus du rapport professionnel.

Lui est un sicilien qui ressemble à sa Sicile conjuguant en lui authenticité, poésie et une profonde culture. Nous nous sommes rencontrés grâce à un ami commun, au temps où pour quelques sous en plus je faisais la serveuse comme tout le monde.

Massimiliano écrit des textes pour le théâtre qui deviennent aussi des livres et il a également tourné des vidéos.

Dans la taverne…
Barbara De Blasio dans Filosofi da bar, le 6 décembre 2010, au Teatro Tordinona de Rome (photographie : Mauro Cervoni)

A. D. : Comment travaillez-vous avec Massimiliano ?

B. D. B. : Avec la plus grande liberté et ceci est possible parce qu'il respecte et estime mon travail et moi, je reçois ses directives, en m’y fiant totalement.

Gli specchi…
Barbara De Blasio dans Gli specchi, à Rome, en octobre 2006 (photographie : Marco Ventimiglia)

A. D. : Créez-vous à partir des textes ? De la musique ?

B. D. B. : La création est la partie la plus mystérieuse et encore merveilleuse pour moi. On ne sait jamais d'où peut nous arriver l'inspiration ou l'intuition, cela peut être de la musique comme du texte, mais aussi de quelque chose qui n'a rien à voir avec le spectacle en soi.

Créer et glisser…
Barbara De Blasio dansant avec le ruban dans Gli specchi, à Rome en octobre 2006 (photographie : Marco Ventimiglia)

La musique pour moi est un drap qui m'enveloppe, me protège parce que cette musique-là : elle ne peut me trahir, je l'étudie et je dois bien la connaître et puis c'est le même drap qui me fait glisser et me transporte dans des suggestions endormies, à explorer précisément grâce à la musique et à travers la musique.

A. D. : Que vous apporte le théâtre dansé ? Que pensez-vous lui apporter ?

B. D. B. : Il a des règles moins rigides par rapport à la danse classique, donc je le vis comme quelque chose qui m’accorde une liberté majeure. Je ne pense rien apporter de nouveau mais seulement ce que je suis, mon unicité, chacun de nous étant unique et irremplaçable.

Danseuse du théâtre…
Barbara De Blasio… Décembre 2010 (photographie : Mauro Cervoni)

Merci à Barbara De Blasio pour la découverte vers laquelle elle nous a emportés, ainsi qu’à l’attaché de presse de la compagnie Color Teatro pour le matériel photographique.

Merci également à Sara Nussberger, qui a largement participé à la traduction française des propos recueillis.

Pour faire connaissance avec Massimiliano Perrotta, n'hésitez pas à visiter son site :
http://www.massimilianoperrotta.it

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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