La Danse Corps et Graphies - Rencontre avec Francesco Carbone

Francesco Carbone est né à Rome en 1945. Photographe professionnel depuis 1972, il a travaillé en tant que reporter et photographe indépendant jusqu'en 1975. Il a alors collaboré avec le cinéma, et a commencé à s'intéresser au monde du théâtre, avant de se tourner vers l'univers de la danse contemporaine. En 1982, son chemin croise celui de Pina Bausch…

Il nous parle ici de son art et de la chorégraphe, avec des mots simples, une réelle émotion que notre traduction de l'italien tente de rendre au plus près.

Aurélie Dauvin : Comment êtes-vous venu à la photographie, et en particulier à la photographie artistique ?

Francesco Carbone : Je suis venu à la photographie en prenant un jour la photo d'un enfant qui tombait… on m'a remis un prix, mais moi je voulais comprendre et apprendre comment on développe et comment on photographie. C'est ainsi que j'ai commencé à photographier sur une place de Rome des femmes âgées et des enfants, et les statues de la place Navone.

Il y avait en moi une grande curiosité pour le cadrage, le changement des objectifs adéquats selon ce que je prenais.

Le rêve artistique est venu en photographiant le théâtre, le soir, et je me suis passionné en photographiant Asia Argento, Jane Fonda et le film de Pasolini Othello avec Totò Franco, Franchi et Ciccio Ingrassia.

Ma formation s'est développée en photographiant, de jour, les manifestations politiques des années 73, 75, 78, en photographiant les femmes, les actrices, le soir au théâtre.

A.D. : Pourquoi avoir suivi le chemin de la danse ?

F. C. : Le parcours vers la danse a été une de mes recherches après le théâtre. Malheureusement les photos de théâtre devaient être toujours adaptées à la photogénie des actrices et aussi assez posées, et après de nombreuses années, j'ai senti l'exigence de changer pour trouver quelque chose d'autre libéré des clichés surtout dans la danse moderne et dans le théâtre dansé.

Cela a été une exigence d'ouverture, la recherche d'autres mondes, et la chose la plus importante a été celle de parcourir le monde et connaitre énormément d'artistes dans le vrai sens du mot. Cela m'a donné une grande ouverture d'esprit.

1980
1980 - Ein Stück von Pina Bausch 1988 (Photographie : Francesco Carbone)

A.D. : Comment avez-vous rencontré Pina Bausch et sa compagnie ?

F. C. : j'ai rencontré Pina Bausch dans les années 82 en appelant la compagnie. Son manager me dit d'attendre une semaine : j'aurais reçu une réponse.

La réponse fut un coup de téléphone à la maison : Je pouvais aller à Wuppertal pour faire un service photographique. Je partis pour Wuppertal et rencontrai Madame Pina Bausch avec le manager et son assistante costumière, Marion Cito.

Nous avons parlé pendant une heure et demie, et après cette longue conversation, elle me dit que je pouvais me permettre de la photographier et de photographier sa compagnie.

A.D. : Pourquoi pensez-vous que la chorégraphe vous a choisi ? Quelles furent vos relations avec elle et ses danseurs ?

F. C. : Pina m'a choisi pour la grande éducation et le respect que j'avais envers elle et pour le silence photographique quand je la photographiais, et le grand respect que j'avais pour sa compagnie et aussi parce qu'elle a vu pendant toutes ces années les photos publiées et les expositions que j'ai faites dans presque toute l'Italie et à l'étranger.

Für die Kinder von gestern, Heute und Morgen
Für die Kinder von Gestern, Heute Und Morgen
- Ein Stück von Pina Bausch, Wuppertal 2002 (Photographie : Francesco Carbone)

A.D. : Quelles sont les difficultés à fixer le mouvement ? Comment le faire sans gêner les artistes ?

F. C. : Il n'y a pas eu de difficulté à fixer le mouvement, dans le sens où moi, je bouge avec l'appareil photo en suivant les danseuses et les danseurs aussi bien à gauche qu'à droite en cherchant à anticiper leur mouvement.

Tanzabend Rough Cut
Tanzabend Rough Cut
- Ein Stück von Pina Bausch, Wuppertal 2005 (Photographie : Francesco Carbone)

A.D. : Dans quel cadre interveniez-vous, lors des créations de Pina Bausch : répétitions, spectacle ?

F. C. : Je suivais l'évolution des créations avec Pina. Elle intervenait pendant les répétitions, avant les répétitions générales, et le jour suivant la première il y avait la critique du spectacle ; pour moi elle était l'œil qui regardait les répétitions et la critique, l'important était de suivre le sens de ses répétitions et de photographier en conséquence.

Bamboo Blues
Bamboo Blues, juillet 2009 (Photographie : Francesco Carbone)

Bamboo Blues
Bamboo Blues, juillet 2009 (Photographie : Francesco Carbone)

A.D. : La disparition de cette grande chorégraphe est une perte immense pour l'art de la danse et sans nul doute pour vous qui l'avez accompagnée pendant vingt-sept ans. En quoi consiste à présent votre travail ?

F. C. : La disparition de Pina est, pour moi et pour le monde, une perte très importante. Maintenant il me reste à suivre la compagnie et à continuer à la photographier et à organiser des expositions dignes de son nom et des événements autour d'elle.

Ces années m'ont donné affection, amour, passion, douceur, l'apprentissage d'autres langues et l'argent, qui ne fait pas de mal, mais la chose la plus importante : j'ai trouvé mon amour lors d'un diner après un spectacle de ma muse adorée.

Je retourne photographier la compagnie à Barcelone ce 3 septembre 2010…

Merci à Francesco Carbone d'avoir partagé ses souvenirs et quelques unes de ses photographies.

Nous vous invitons à visiter le site de M. Carbone ; vous y trouverez d'autres articles intéressants, ainsi que de nombreuses photographies :
http://www.francescocarbone.com

Aurélie Dauvin © Corps et Graphies

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